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Northern Gateway : un projet loin de faire l'unanimité
Jasmin Roy-Rouleau, analyste en formation, École de politique appliquée
En 2006, la compagnie Enbridge annonce le projet de construction d'un nouveau pipeline en sol canadien, le Northern Gateway. Ce projet permettrait de transporter le pétrole, issu des sables bitumineux, de l'Alberta vers l'océan Pacifique, où il pourrait être acheminé vers les pays émergents d'Asie, comme la Chine.
De l'Alberta à l'océan Pacifique
Le Northern Gateway consiste en deux pipelines qui partiraient de la petite ville de Bruderheim (47 km au nord-est d'Edmonton), en Alberta ,et qui traverseraient les montagnes Rocheuses pour atteindre la ville de Kitimiat en Colombie-Britannique. Dans cette dernière, un port pétrolier serait aménagé pour transporter le pétrole vers l'Asie(1). Le trajet total de ces deux pipelines serait de 1170 km chacun. Le premier oléoduc transporterait près de 520 000 barils de pétrole brut par jour. Alors que le deuxième transporterait 193 000 barils de pétrole léger qui servirait à liquéfier le pétrole brut pour le faire circuler tout au long du parcours(2).
Le projet serait construit par la compagnie albertaine Enbridge, en partenariat avec la société Petrochina. Cette dernière possède plusieurs actifs dans l'exploitation des sables bitumineux et souhaite exporter le pétrole canadien vers le marché chinois(3).
Les retombées économiques de ce projet sont énormes. Selon Enbridge, son coût est évalué à 5,5 milliards de dollars. Le nouveau pipeline de Northern Gateway augmenterait le produit intérieur brut du Canada de près de 250 milliards de dollars. De plus, il créerait 1150 emplois à temps plein dans les deux provinces que traverse le pipeline, et ce, sans compter les milliers d'emplois créés durant la construction et l'aménagement de cette nouvelle infrastructure(4).
Les autochtones et les écologistes s'opposent au pipeline
Le projet de la compagnie Enbridge est fortement contesté par les groupes écologiques et les nations autochtones, car l'oléoduc passe dans des régions sauvages de la Colombie-Britannique et de l'Alberta. Ce sont des régions reconnues partout dans le monde pour leur importance et la beauté de leur nature, comme la Great Bear Rainforest. La majorité de ces territoires appartient à diverses communautés des Premières Nations(5). Ils sont d'ailleurs plus de 130 tribus amérindiennes de la Colombie-Britannique, de l'Alberta, des Territoires du Nord-Ouest, du Yukon et de l'Alaska à s'opposer au projet de Northen Gateway(6).
Avec quelque 4000 personnes inscrites aux audiences publiques sur le projet Northern Gateway, le gouvernement fédéral a peur que le processus de consultation devienne trop lourd et trop long(7). À ce sujet, le 10 janvier 2012, le ministre des Ressources naturelles du Canada, Joe Oliver, écrit dans une lettre au National Post : « Malheureusement, certains groupes environnementaux et d'autres groupes radicaux cherchent à gâcher cette occasion de diversifier notre économie. Leur objectif consiste à bloquer tous les projets d'importance, peu importent les conséquences pour les familles canadiennes, que ce soit en pertes d'emploi ou sur le plan de la croissance économique(8).»
Un enjeu international
Le 18 janvier 2011, le gouvernement américain de Barack Obama rejette le projet Keystone XL, qui devait transporter du pétrole jusqu'au golfe du Mexique. Depuis ce revers, les gouvernements du Canada et de l'Alberta misent beaucoup sur la construction de Northern Gateway pour l'exportation du pétrole canadien(9).
D'ailleurs, au mois de février 2012, lors d'un voyage en Chine, le premier ministre canadien Stephen Harper a rencontré les autorités chinoises, dont le président Hu Jintao, pour discuter principalement d'économie. Avant le départ de Harper, Wen Jiabao, le premier ministre chinois, a fait la promotion de l'énergie et des ressources naturelles du Canada, notamment du pétrole(10).
Les gouvernements et Enbridge devront travailler fort pour convaincre la population du bien-fondé du pipeline Northern Gateway. En effet, il y a encore beaucoup d'experts qui sont sceptiques sur les avantages économiques du projet. C'est le cas d'une étude rédigée par l'ancien directeur général de la Société d'assurance automobile de la Colombie-Britannique (ICBC), Robyn Allan. L'auteur estime que les prix à la pompe augmenteraient inévitablement en raison de l'accès du pétrole canadien au marché mondial. Selon lui :
«[T]he project[Northern Gateway] is needed to secure a higher price for bitumen due to overproduction and a supply glut in US markets (11).»
Cette inflation du pétrole provoquerait une baisse de la consommation des ménages et une réduction de la productivité des entreprises. Le Canada pourrait alors être menacé par une augmentation du taux de chômage, une hausse des taux d'intérêt, une dévaluation de la monnaie et des revenus moins importants dans les caisses de l'État(12).
Accès à l'article complet, références comprises. Vous y trouverez également une chronologie du pays concerné.
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