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Un 38e congrès très serré en Espagne
Benjamin Poirier Roy, analyste en formation, École de politique appliquée
Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est un parti politique social-démocrate. Il gouverna l'Espagne pendant plus de treize ans, soit de 1982 à 1996, avant de subir un déclin de popularité entre 1996 et de 2000. Il perdit alors au profit du Parti populaire espagnol (PP). Quatre ans plus tard, lors des élections générales, le PSOE regagna en popularité avec à sa tête José Luis Rodriguez Zapatero.
Le parti resta au pouvoir pendant 7 ans avant de subir un nouveau déclin aux élections générales de 2011. Il perdit alors toutes les régions et territoires fidèles au parti. En réaction, Zapatero ne se représenta pas à titre de secrétaire général du PSOE lors des élections qui vont suivre, ce qui explique pourquoi il annonça une convocation du congrès fédéral. Un nouveau secrétaire général y serait alors élu(1).
La droite se réjouit, les socialistes mangent leurs émotions !
La grande défaite du PSOE engendra un questionnement concernant son avenir et sa place au sein de la politique espagnole. Lors des élections générales de 2011, Mariano Rajoy du PP fut élu chef du gouvernement avec 186 sièges contre 110 pour le PSOE (2). Ce fut une dure défaite pour les socialistes puisqu'ils « [perdent] 59 sièges et 4,5 millions des 11,3 millions de votants qui s'étaient portés sur ses listes en 2008 (3) ». Cela représentait pour eux leur plus faible résultat depuis les élections de 1982.
Dans le quotidien de droite ABC, il est écrit que « [l]e parti socialiste va devoir penser sa rénovation en profondeur (4) ». Il devra travailler d'arrache-pied sur la défense des services publics, l'égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la défense des libertés et des droits civils espagnols (5), et ce, en tant que parti d'opposition.
Une lutte fratricide
Le retrait de Zapatero comme secrétaire général du PSOE généra une course entre plusieurs candidats. Parmi ceux-ci, deux s'imposent : soit d'une part, Alfredo Perez Rubalcaba et, d'autre part, Carme Chacon. Même s'ils appartiennent au même parti politique, ils ne tardent pas à lutter politiquement en défendant leurs propres idées.
Pour Rubalcaba, l'Espagne doit « construire une politique d'opposition autour de l'emploi, l'Europe, [et] l'équité (6) ». Elle doit surtout travailler à régler le problème du chômage, qui est un des plus élevés d'Europe. En effet, il y a plus de 5,3 millions de chômeurs en Espagne (7), sur une population de 46 081 574 d'habitants (8). Pour le journaliste Tom Burridge, il est urgent de régler cet enjeu. Selon lui, le PSOE doit « redevenir le défenseur des classes populaires, tout en soutenant les classes moyennes (9) », et ce, dans le but de réduire le taux de chômage au pays.
Pour Chacon, il est plus question ici de « donner un nouvel élan au socialisme, de le moderniser et le rendre plus démocratique (10) ». Enfin, le congrès fédéral qui s'est tenu du 3 au 5 février 2012 se solda par un vote très serré, puisque Rubalcaba dénicha 487 voix contre 465 pour Chacon, ce qui en fit le nouveau secrétaire général du PSOE.
Un homme d'expérience
Rubalcaba débuta sa carrière politique en 1974 lorsqu'il adhéra au PSOE. En 1986, il devint secrétaire général à l'Éducation du ministère de l'Éducation et de la Science, puis ministre de l'Éducation et de la Science à partir du 24 juin 1992 (11). Il quitta son poste en 1993 puisqu'il se fit élire député de la province de Tolède aux élections générales anticipées pour une courte durée. Il fut choisi le mois suivant pour être ministre de la présidence et porte-parole du gouvernement en place, poste qu'il occupera de 1993 à 1996 (12).
La victoire électorale du PSOE en 2004 fit de Rubalcaba le nouveau porte-parole du groupe parlementaire du PSOE au Congrès des députés (13). Il occupa ce poste jusqu'en 2006, année où il fut nommé ministre de l'Intérieur. Pendant cette période, il s'occupa du dossier de l'Euskadi Ta Askatasuna (ETA), un groupe terroriste basque, contre qui il lutta de 2006 à 2011. Il fut promu, en même temps que son poste de ministre de l'Intérieur, vice-président du gouvernement de Zapatero ainsi que porte-parole au mois d'octobre 2010 (14).
En 2011, Rubalcaba se présenta comme candidat à la chefferie de son parti politique contre Chacon à la suite du retrait de l'ex-président Zapatero (15). Sa victoire marque une étape importante pour ce parti qui aura une pente à remonter afin de regagner la confiance des Espagnols.
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