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25 novembre 1965

Coup d'État portant Joseph Mobutu au pouvoir en République démocratique du Congo

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Joseph Mobutu

Alors que des divisions politiques minent la République démocratique du Congo (RDC), les militaires orchestrent un coup d'État qui porte au pouvoir Joseph Mobutu, un général de 35 ans qui restera à la tête du pays jusqu'en 1997.

Depuis son accession à l'indépendance, en 1960, la République démocratique du Congo vit une situation chaotique, dont une série de conflits qui font des centaines de milliers de morts. En 1965, un bras de fer oppose le président Joseph Kasavubu au premier ministre Moïse Tshombe. Ce dernier est démis de ses fonctions, mais le choix de son successeur crée une situation d'instabilité qui arrive à terme le 25 novembre, avec un coup d'État organisé par l'Armée nationale congolaise. La prise du pouvoir se fait sans effusion de sang. L'arrivée à la tête du pays du général Joseph Mobutu est d'abord perçue, tant à l'intérieur de la RDC que dans certains pays occidentaux favorables à Mobutu, comme une occasion de stabiliser la situation congolaise. Le nouveau président fait amender la Constitution de 1964, interdit les partis politiques pour une période de cinq ans et concentre le pouvoir entre ses mains et celles des militaires. Une sévère répression s'abat sur les opposants au régime, comme l'ex-premier ministre Evariste Kimba et trois autres ex-ministres qui sont exécutés à l'été 1966, après avoir été accusés de fomenter un coup d'État. La dictature de Mobutu sur le Congo, qui deviendra le Zaïre entre 1971 et 1997, durera plus de 30 ans.

Dans les médias...


Jean Fresnois, « Le gagne-pain des mercenaires »

«...Coup d'État au Congo. Le président de la République, M. Joseph Kasavubu, doit laisser la place. Le chef de son armée, le général Joseph-Désiré Mobutu, le renvoie aux études qu'il n'a d'ailleurs pas poursuivies bien loin. Jeudi dernier, à 35 ans, il se fait élire « par acclamations » Président de la République pour cinq ans. Son adjoint, le colonel Mulamba, n'est pas oublié : il sera Premier ministre. Un putsch pour rien ? Ce n'est pas sûr. L'imbroglio politique qui opposait M. Kasavubu à M. Tschombé tournait à l'anarchie. Et l'armée s'affirme décidée à ramener un semblant d'ordre. Mais à quel prix ? Le premier geste du nouveau Président fut de proclamer l'état d'exception. Et l'on peut craindre que, dans les provinces lointaines, il ne laisse le soin du maintien (si l'on peut dire) de l'ordre à des militaires peu scrupuleux et à des mercenaires qui le sont encore moins. »

L'Express (France), 29 novembre au 5 décembre 1965, p. 38.

Augustin Drufosse, « Le Congo à l'heure des généraux »

«...Si les difficultés ne manquent pas dans le traitement des tâches urgentes, le régime Mobutu dispose cependant de quelques éléments favorables. Les uns sont d'ordre interne, les autres sont d'ordre international. En nous cantonnant aujourd'hui aux premiers, il faut noter que les autorités actuelles bénéficient de l'hostilité générale à l'égard des politiciens. La suspension du Parlement, l'éloignement du personnel politique, la neutralisation des partis pendant cinq ans, la lutte contre la corruption ont été accueillis avec satisfaction. Toutefois le préjugé favorable que ces mesures valent au gouvernement n'est durable que si des améliorations plus substantielles se font sentir. Il faudra cependant patienter un bon moment et le général Mobutu ne manque pas de le répéter. C'est dans le travail et l'austérité - mais travail et austérité pour tous, comme l'exprime le symbole des « manches retroussées », du « champ cultivé par chaque chef » - que le redressement se réalisera. L'imagination un peu bohème du chef de l'État, son sens du geste populaire et aussi son prestige d'homme qui a réussi ont acquis au régime la sympathie des jeunes. »

La Revue nouvelle (Belgique), février 1966, p.175.

J.-M. L., « Coup d'État au Congo Léopoldville »

«...On pouvait s'attendre à des difficultés dès le moment ou Tschombé était pratiquement « déposé » par le président Kasavubu. Quels que soient les reproches que l'on puisse faire à l'ancien chef du gouvernement congolais après l'avoir été du gouvernement sécessionniste du Katanga, on peut difficilement contester son habileté et l'alliance chez lui de la souplesse et de la fermeté. Il avait en quelque sorte fait entrer le Congo dans la période de convalescence. Son limogeage a ranimé l'inquiétude; le successeur désigné Kimba ne put obtenir la confiance du Parlement. Kasavubu s'obstina dans son choix et pria Kimba de solliciter de nouveau l'investiture du Parlement, après avoir modifié son cabinet initial. Ce vide politique devait favoriser dans le pays les rumeurs les plus diverses, donner naissance à des accusations de complots, vrais ou faux. Ils foisonnent en Afrique. Inquiéter l'étranger et peser, même sur les relations belgo congolaises normalisées par Tschombé. C'est dans ces circonstances, et pour éviter le pire prétend-il, que le général Mobutu a été amené à s'emparer du pouvoir. »

Le Devoir (Québec, Canada), 26 novembre 1965, p. 4.

S.A., « The Congo : a New Five-Year (?) government »

«...Ever since May, when Moise Tshombe emerged from nationwide parliamentary elections as the most dazzling politician in the Congo, he and President Joseph Kasavubu had been locked in battle for the presidency. All the while, there was a third man in the ring - Major General Joseph Mobutu, 35, who as army commander was the only Congolese powerful enough to referee. Last week referee Mobutu abruptly ended the match and proclaimed himself winner and new President. While he was about it, Mobutu deposed Kasavubu, cancelled the upcoming presidential election and decreed for himself a five-year term as head of a "regime of exception". It was a bloodless coup. No tanks rumbled through the streets, nobody was arrested or shot, no special patrols were dispatched to maintain the peace. Mobutu simply ordered the government radio station in Leopoldville to broadcast his proclamation, then sent a delegation of staff officers over to the presidential palace to ask Kasavubu to start packing, followed that up with a formal letter offering him a permanent seat in the Congolese Senate. "The race for the top is finished," Mobutu declared. »

Time (édition canadienne), 3 décembre 1965, p. 30.

Gouvernance et gouvernement [ 25 novembre 1965 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Congo (rep. dem.)
FaibleMobutu Sese SekoLéonard Mulumba

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1960 - 1970



juin
1960
Proclamation de l'indépendance du Congo

septembre
1960
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

janvier
1961
Assassinat de l’ex-premier ministre congolais Patrice Lumumba

septembre
1961
Décès du secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Dag Hammarskjöld

août
1964
Rébellion à Stanleyville, au Congo

novembre
1965
Coup d'État portant Joseph Mobutu au pouvoir en République démocratique du Congo

décembre
1967
Fondation du Parti révolutionnaire du peuple au Congo


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