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24 January 2012

Élections législatives gabonaises : farce ou démocratie?


Yannick Gaulin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

August
2016
Réélection d'Ali Bongo Ondimba à la présidence du Gabon

June
2009
Décès du président gabonais Omar Bongo

May
1990
Adoption du multipartisme au Gabon

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

December
1967
Accession d'Albert-Bernard Bongo à la présidence du Gabon

May
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

September
1961
Création de l'Union africaine et malgache

Le Gabon a obtenu son indépendance en 1960 [1]. Depuis, il est dirigé par le Bloc démocratique gabonais (BDG), appelé le Parti démocratique gabonais (PDG), depuis 1968. Sous le règne d'Omar Bongo, le PDG devient dès lors le seul parti autorisé, et ce, jusqu'en 1990 [2]. Après la mort de ce dernier, en 2009, son fils Ali Bongo, jusque-là ministre de la Défense, est élu président [3].

En 1960, avec l'indépendance du Gabon, la France lui imposa une Constitution, et ce, malgré l'opposition du premier ministre et du chef d'État gabonais. Par conséquent, cette Constitution fut largement ignorée par le pouvoir en place. En 1961, le gouvernement d'Union nationale, dirigé par le BDG, adopta une nouvelle Constitution mettant en place un régime semi-présidentiel. Ce système, qui est d'ailleurs toujours en vigueur, se caractérise par la présence d'un président et d'un Parlement, de même qu'une prépondérance des pouvoirs du président [4].

Victoire écrasante du PDG

Le 17 décembre 2011, 746 000 Gabonais ont été appelés aux urnes pour élire les 120 députés de l'Assemblée nationale. C'est sans grande surprise que le Parti démocratique gabonais (PDG) l'a emporté. Cependant, personne ne s'attendait à une victoire aussi écrasante ! En effet, avec 114 des 120 sièges, le PDG a fait son meilleur score depuis le retour du multipartisme en 1991 [5]. Les sièges restants ont été partagés entre le Rassemblement pour le Gabon (3), le Centre des libéraux réformateurs (1), le Parti social démocrate (1) et l'Union pour la Nouvelle République (1) [6].

Cette victoire du PDG s'explique, entre autres, par sa plateforme électorale simple et efficace. Le mot d'ordre? Supporter les réformes qu'a entreprises le président gabonais, soit la modernisation du Gabon qui prévoit la refonte de l'administration publique et la lutte contre la corruption, l'impunité et la mauvaise gouvernance. De plus, celui-ci promet une plus grande répartition de la richesse. Dans cette optique, il annonce un investissement de 40% du budget gabonais pour stimuler le développement socioéconomique du pays, un accès à l'éducation pour tous, la promotion de la femme, la gratuité des accouchements dans les hôpitaux publics et une augmentation du salaire interprofessionnel garanti (SMIG) à 150 000 francs CFA [7].

Ces réformes, avançant à vive allure, de même que la division au sein de l'opposition ont favorisé le parti au pouvoir. En effet, le boycott électoral prôné par certains partis et l'absence de plateforme électorale, de la part de tous les partis, à l'exception du PDG, ont permis à ce dernier de rafler la vaste majorité des sièges [8].

Une participation électorale acceptable, malgré le boycott

Après avoir appelé le peuple au boycott électoral, sur la base de l'absence de contrôle biométrique dans les bureaux de scrutin [9], l'opposition a remis en cause la légitimité des élections en décriant le faible taux de participation, soit 34,28% (38,9% en 2006) [10]. Cependant, il faut rappeler qu'un faible taux de participation électoral est habituel au Gabon, où l'on constate régulièrement des taux d'abstention supérieurs à 70%, et ce, depuis plus de dix ans [11].

Malgré un long historique de fraudes et d'irrégularités électorales au Gabon, la vaste majorité des observateurs étrangers - 10 sur 11, dont l'Union africaine - ont entériné ces élections, malgré quelques imperfections. Le dernier observateur a décidé de ne pas remettre son rapport parce que le président a refusé de commenter l'élection [12].

Enfin, soulignons le calme dans lequel s'est déroulée l'élection et les quelques recommandations des observateurs étrangers pour les prochaines élections [13]. Celles-ci portent essentiellement sur l'amélioration du système de distribution de cartes d'électeurs, une répartition équilibrée des électeurs dans les différents centres et une synchronisation des heures d'ouverture des bureaux de vote [14].




Références:

[1] METEGUE N'NAH, Nicolas. « GABON », Encyclopædia Universalis, [En ligne], http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/gabon/ (Page consultée le 12 janvier 2012).

[2] EKOGA, Siméon J Francis. Afrique Centrale: Net recul démocratique et retour au monopartisme de fait au Gabon, Continental News, [En ligne], 2 août 2008, http://www.continentalnews.fr/actualite/afrique-ce... (Page consultée le 17 janvier 2012).

[3] Loc. cit.

[4] CEAN/IEP. Gabon : Situation institutionnelle, [En ligne], [s.d.], http://diamena.sciencespobordeaux.fr/pages/institu... (Page consultée le 12 janvier 2012). ; Supra note 1.

[5] LE FIGARO (AFP). Gabon: victoire écrasante de Bongo, [En ligne], 22 décembre 2011, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/12/22/97001... (Page consultée le 15 janvier 2012).

[6] NDONGOU, Jean-François. LÉGISLATIVES GABON: La Cénap confirme la vic-toire du PDG, Koaci.com, [En ligne], date 23 décembre 2011, http://koaci.com/articles-72181 (Page consultée 17 janvier 2011).

[7] GABONECO. Gabon : Les promesses phares d'Ali Bongo, [En ligne], 17 octobre 2009, http://gaboneco.com/show_article.php?IDActu=15380 (Page consultée le 15 jan-vier 2012).

[8] INFOS GABON. Gabon : 114 députés élus pour le PDG et élections validées par les observateurs, [En ligne], 20 décembre 2011, http://infosgabon.com/?p=14490 (Page consultée le15 janvier 2012).

[9] RFI. Gabon : participation en demi-teinte aux élections législatives, [En ligne], 17 décembre 2011, http://www.rfi.fr/afrique/20111217-gabon-participa... (Page consultée le 17 janvier 2012).

[10] NDONGOU, Jean-François. Op. cit.

[11] METEGUE N'NAH, Nicolas. Op. cit.

[12] GABONNEWS. Le quitus des observateurs sur le déroulement du scrutin, [En li-gne], 20 décembre 2011, http://www.gabonews.ga/index.php/actualite/politiq... (Page consul-tée le 12 janvier 2012).

[13] GABONNEWS. Les élections législatives de 2011 : Premier bilan d'analyse, [En ligne], 17 décembre 2011, http://www.gabonews.ga/index.php/actualite/politiq... (Page consultée le 12 janvier 2012).

[14] Loc. cit.

Dernière modification: 2012-02-06 10:13:02

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