19 juillet 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

24 janvier 2012

Présidentielle au Turkménistan : huit candidats, une seule voix


Cédrick Guillet
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
1991
Création de la Communauté des États indépendants

octobre
1991
Proclamation d'indépendance du Turkménistan

Le Turkménistan, un petit pays de près de 5 millions d'habitants, est situé aux abords de la mer Caspienne, entouré du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan, de l'Afghanistan et de l'Iran. Un peu plus de 50% de la population vit en région urbaine. Pour bien comprendre la situation du pays, il faut noter qu'il souffre d'un taux de chômage très élevé. En 2004, 60% de la population était sans emploi (1). À un autre niveau, le secteur pétrolier et gazier compte pour une grande part de l'économie. En 2012, le Turkménistan est le quatrième producteur mondial de pétrole (2).

Auparavant sous le joug de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), le Turkménistan obtient son indépendance le 27 octobre 1991 et se définit aujourd'hui comme une « secular democracy and presidential republic (3) ». Il faut par contre attendre jusqu'au 26 septembre 2008 pour voir l'État se doter d'une Constitution (4).

Huit choix, une même option

La présidentielle qui eut lieu en 2007 était particulièrement spéciale pour le pays : ce fut la première à impliquer une pluralité de candidats(5). Depuis, les prétendants au poste doivent se soumettre à une élection où tous les citoyens âgés de plus de 18 ans peuvent voter, et ce, à tous les 5 ans. Si cela paraît démocratique, la pratique révèle une réalité très différente. En effet, même si l'élection de 2007 impliquait plusieurs candidats, ceux-ci devaient tous être issus du même parti.

Huit candidats sont officiellement inscrits pour la présidentielle du 12 février 2012(6). Le candidat favori de l'élection est l'actuel président, Gurbanguly Berdimuhamedov. Les 7 autres candidats sont toutefois largement considérés comme des figurants(7). Parmi eux, on compte les ministres de l'Énergie, Iarmoukhammet Orazgoulyev, et de l'Eau, Annagueldi Iazmyradov. Deux représentants de la compagnie nationale du gaz et du pétrole, Kakagueldi Abdyllaïev et Gourbanmammet Mollanyazov, le directeur d'une usine textile, Saparmyrat Batyrov, en plus d'un gouverneur régional, Redjep Bazarov, et du dirigeant d'une société de construction, Essendoury Gaïypov, sont les autres candidats (8).

Bien qu'une loi permettant le multipartisme a été signée le 13 janvier 2012 (9), il n'existe qu'un seul parti politique en raison de certaines dispositions de la loi. Il s'agit de celui de M. Berdimuhamedov, le Parti démocratique du Turkménistan (10). Celui-ci est né des cendres de l'ancien Parti communiste soviétique après la chute du communisme. Les autres candidats sont donc enregistrés comme « indépendants » (11), puisque les autres partis sont interdits.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a d'ailleurs décidé de n'envoyer aucune mission d'observation lors du scrutin en raison du caractère peu crédible de la campagne électorale(12).

Président? Comprendre monarque

Après la chute de l'URSS, M. Saparmourat Niazov, un ex-dirigeant communiste du pays, a instauré un système autoritaire basé sur le culte de sa personnalité et s'est maintenu au pouvoir jusqu'en 2006 (13). La première élection avec une pluralité de candidats, issus du seul parti légal à cette époque, a donc eu lieu après sa mort, en 2007.

Le Turkménistan a hérité d'un système concentrant tous les pouvoirs dans les mains du président. Cela confère à ce dernier un rôle particulièrement important dans la gestion de l'État.

Le président est chef de l'État et du gouvernement. C'est aussi lui qui nomme les juges de la Cour suprême, lui conférant ainsi un ascendant sur ces derniers. De plus, c'est lui qui assume les fonctions de chef des armées (14). Le président, fort de la concentration directe ou indirecte de tous les pouvoirs en sa seule personne, contrôle ainsi chacun des aspects de la vie citoyenne.

Une situation critique pour la démocratie et les droits de l'Homme

Selon l'organisme Human Rights Watch, le Turkménistan possède l'un des gouvernements les plus répressifs du monde. Celui-ci contrôle tous les aspects de la vie publique et fait usage de pratiques - vestige de l'ère soviétique - irrespectueuses des droits humains (15).

En plus de recourir à des pratiques allant à l'encontre des droits de l'Homme, l'État possède tous les médias du pays (16). Cela correspond donc à une situation particulièrement dangereuse pour la santé de la liberté d'expression. Ces pratiques ont d'ailleurs eu un grand impact sur les notes du pays dans les indices de démocratie de The Economist et de Freedom House.

L'indice de démocratie de la revue The Economist classait en 2010 le pays au 165e rang sur un total de 167 avec une note générale de 1,72/10 (17). Plus précisément, ce magazine lui a attribué une note de 0 pour le processus électoral, de 0,79 pour le fonctionnement du gouvernement, de 2,22 pour la participation politique, de 5 pour la culture politique et de 3,24 pour les libertés civiles. Ces résultats classent donc le Turkménistan parmi les régimes autoritaires.

L'indice décerné par Freedom House dans son rapport Freedom in the World n'est pas plus resplendissant : sur un total de 7, 1 étant le plus démocratique et 7 le plus autoritaire, l'État turkmène obtient une note de 7 (18). La note est en deux parties, la première sur les droits politiques et la deuxième sur les libertés civiles. Le pays a donc obtenu 7 dans les deux cas, cela ayant pour résultat de le classer ex aequo avec 8 autres pays, notamment la Corée du Nord.

La présidentielle de 2012, la première permettant le multipartisme au Turkménistan (en principe, mais pas dans les faits), démontre ainsi qu'élection n'est pas toujours synonyme de démocratie.




Références:

(1)CIA World Factbook. [en ligne], https://www.cia.gov/library/publications/the-world... (page consultée le 23 janvier).

(2) Reuters. La liste des candidats à la présidentielle turkmène dévoilée, 18 janvier 2012

(3) CIA World Factbook.Op. cit.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

(6) Times of Asia (The). Central commission for election and referenda holds a meeting, 19 janvier 2012.

(7) La Croix. Turkménistan : huit candidats à la présidentielle, jeudi 19 janvier 2012.

(8) AFP Infos Mondiales. Turkménistan : huits candidats à la présidentielle enregistrés, 18 janvier 2012.

(9) AFP Infos Mondiales. Turkménistan : entrée en vigueur de l'abolition du système de parti unique, 13 janvier 2012.

(10) Reuters. Op. cit.

(11) AFP Infos Mondiales. Op. cit.

(12) Reuters. Op. cit.

(13) AFP Infos Mondiales. Op. cit.

(14) Reuters. Op. cit.

(15) Human Rights Watch. Turkmenistan: Human Rights Watch Submission to the United Nations Committee against Torture, [en ligne], http://www.hrw.org/fr/news/2011/06/06/turkm-nistan... (page consultée le 23 janvier 2012)

(16) Times of Asia (The). President vows to make Turkmenistan "industrial power", 19 janvier 2012.

(17) Economist Intelligence Unit. Democracy Index 2010 : Democracy in Retreat, 2010, [en ligne], http://graphics.eiu.com/PDF/Democracy_Index_2010_web.pdf (page consultée le 23 janvier 2012)

(18) Freedom House. Freedom in the World 2012, [en ligne], http://www.freedomhouse.org/sites/default/files/in... (page consultée le 23 janvier 2012)

Dernière modification: 2012-03-06 19:38:01

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Un nouvel élan pour le projet de construction du " Trans-Caspian Gas Pipeline "
>janvier 2019


L'étoile turkmène fait face à la chute du prix du baril de pétrole
>mars 2016


Présidentielle au Turkménistan : huit candidats, une seule voix
>janvier 2012


Élections au Turkménistan : toujours loin de la démocratie
>janvier 2009


Turkménistan : La mort d'un dictateur
>janvier 2007


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019