Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 décembre 2018

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23 November 2011

La criminalité : un enjeu majeur pour l'avenir du Brésil


Charles Bélanger Bertand
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

October
2018
Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

April
2018
Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

August
2016
Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

August
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro

October
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

June
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

October
2010
Élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

July
2007
Présentation de la journée Live Earth

October
2006
Réélection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

May
2006
Rébellion simultanée dans les prisons de Sao Paulo, au Brésil

October
2002
Élection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

January
2001
Ouverture du premier Forum social mondial à Porto Alegre

April
1993
Tenue d’un référendum sur le régime et le système politique au Brésil

December
1992
Démission du président brésilien Fernando Collor

October
1992
Émeute dans la prison Carandriu de Sao Paulo, au Brésil

June
1992
Ouverture du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro

March
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

January
1985
Élection de Tancredo Neves à la présidence du Brésil

January
1984
Création du Mouvement des Sans terre au Brésil

Le Brésil sera l'hôte, lors des prochaines années, de deux des plus grands rendez-vous sportifs de la planète. En effet, la Coupe du Monde de soccer de 2014 et les Olympiques d'été de 2016 se dérouleront dans ce pays d'Amérique du Sud. Avec ces grands événements qui seront présentés en sol brésilien, la criminalité demeure un sujet d'inquiétude pour les instances politiques.

En effet, à la fin du 20e siècle, le Brésil se retrouvait parmi les 10 pays les plus dangereux de la planète. Par exemple, Rio de Janeiro, avec son agglomération de 11,3 millions d'habitants et ses 752 favelas (bidonvilles), est considéré comme l'une des villes les plus violentes d'Amérique du Sud (1). Les régions pauvres du Brésil ont longtemps été laissées à elles-mêmes et une instabilité politique s'y est installée. La population de ces favelas est dominée par des cartels qui ont profité de l'inaction gouvernementale pour prendre le contrôle de ces zones à risque.

Avec les importantes rencontres sportives qui seront présentées lors des prochaines années, le Brésil a décidé de remédier à ces problèmes et de diminuer le niveau de criminalité du pays pour assurer la sécurité des millions de touristes qui fouleront le sol brésilien. Ce problème est préoccupant et c'est pourquoi il est important de saisir l'ampleur que représente la criminalité dans ce pays d'Amérique du Sud.

Tout d'abord, pour bien comprendre ce phénomène, il est important de connaitre l'histoire politique qui a fait du Brésil l'un des pays les plus dangereux de la planète. Ensuite, les principales raisons qui ont causé cette augmentation drastique de la criminalité dans les régions pauvres du Brésil seront abordées. Pour terminer, nous traiterons des différents moyens utilisés par le gouvernement brésilien pour améliorer et stabiliser la criminalité dans les favelas.

L'histoire brésilienne et le clivage sociétal

Le Brésil, depuis son indépendance du Portugal en 1822, a connu différentes formes de gouvernement. De 1964 à 1985, des gouvernements militaires ont dirigé ce pays d'Amérique du Sud, laissant de nombreuses séquelles dans le paysage politique du pays (2). En effet, lors de cette période, un immense clivage entre les diverses classes sociales vit le jour, entrainant la création à travers le Brésil de zones extrêmement pauvres et dangereuses appelées favelas (3).

Ce n'est qu'en 1989 que Fernando Collor de Mello est devenu le premier président brésilien élu par suffrage universel direct. Cette première dans l'histoire brésilienne démontre la jeunesse de la démocratie et illustre la fragilité de celle-ci. Cette élection n'aidera pas la situation économique du Brésil qui se vit confronté à une crise économique sans précédent. Cette récession poussa le gouvernement à se tourner vers des mesures d'austérité qui augmentèrent davantage le clivage des classes au Brésil, diminuant du même coup les efforts déployés pour améliorer la situation difficile des favelas (4).

Néanmoins, le Brésil retrouve son souffle économiquement en 1994 et parvient à se stabiliser en joignant le Mercosur. Cela permet de réaliser de nombreux échanges commerciaux qui redoreront l'image du Brésil sur la scène internationale. Cette amélioration au niveau économique permettra au gouvernement brésilien de s'attaquer à certains problèmes, dont celui de l'importante criminalité qui règne dans les favelas (5).

La criminalité fait la loi dans les favelas

Malgré la stabilisation de l'économie brésilienne, de nombreux groupes criminels ont profité de la situation difficile qui régnait au Brésil durant les années de misère pour s'établir comme dirigeants de certaines favelas. Plusieurs profitent de l'inaction gouvernementale dans les régions pauvres pour prendre le contrôle de ces zones à risque et y implanter des réseaux de trafic d'armes et de drogues (6).

La puissance de ces cartels inquiète le gouvernement brésilien et apeure la population des favelas. Les cartels sont de mieux en mieux structurés dans leurs zones d'action et ils utilisent la violence à outrance pour augmenter la crainte chez les habitants. De plus, la situation géographique du Brésil favorise le trafic de drogues et d'armes entre les pays d'Amérique du Sud. Ainsi, la frontière commune de 1 600 kilomètres avec la Colombie, mais aussi celles avec le Venezuela et la Bolivie, facilitent les échanges avec les trafiquants de ces pays (7).

Ce n'est qu'en 2002, après l'élection du Parti travailliste et de son chef Luiz Inácio Lula da Silva, que la situation sera enfin prise en main par les instances gouvernementales. En effet, avant de poser sa candidature comme pays hôte de la Coupe du monde de 2014 et des Olympiques de 2016, le gouvernement brésilien se devait de diminuer la criminalité dans les zones à risques. La sécurité des millions de spectateurs qui sont présents lors de ces événements sportif internationaux est une priorité pour les comités de sélection et elle a une influence sur l'attribution de la ville hôtesse (8).

Lula et l'ambition brésilienne

En 2003, une campagne officielle gouvernementale de désarmement a été instaurée pour retirer de la circulation un nombre impressionnant d'armes à feu de petit calibre. En effet, selon le ministère de la Justice brésilienne, un nombre aberrant de 55 312 homicides aurait été répertorié au Brésil seulement pour l'année 2005 (9). La principale raison du nombre élevé d'homicides commis dans les favelas est la violence qui s'est installée comme principal moyen de résolution des conflits. En l'absence de toute autorité étatique dans ces zones à risque, la population n'a d'autre option que de se faire justice elle-même.

En 2007, le président Lula annonce la mise en place du Programme national de sécurité publique et citoyenne (PRONASCI). Selon lui : « L'objectif du Programme national de sécurité est d'enrayer la violence dans les grandes villes, car nous ne pouvons plus combattre certains types de comportements avec plus de coups ou en peuplant encore davantage les cellules de nos prisons » (10). Les 2,4 milliards d'euros injectés dans ce programme serviront essentiellement à deux choses. Tout d'abord, des programmes sociaux seront implantés pour favoriser l'éducation de jeunes contrevenants en leur offrant des formations qui aideront leur réinsertion sociale après leur libération. Ensuite, avec le PRONASCI, le gouvernement augmentera le nombre de policiers et de militaires dans les favelas, tout en améliorant leurs conditions de travail, ainsi que leurs salaires, pour mettre un terme à la corruption qui règne à travers le pays depuis de nombreuses années (11).

Comme le soulignait le président Lula lors de la divulgation du programme national de sécurité : «ce plan ne suffira pas à compenser des siècles d'inégalité qui ont servi de terreau à cette violence» (12). Néanmoins, les améliorations sont notables. Par exemple, une 19e favela a été reprise aux mains des narcotrafiquants le 13 novembre 2011 (13). Avec les grands rendez-vous sportifs qui seront présentés prochainement, la sécurité est sans contredit la priorité numéro un du Brésil. L'image du pays est en jeu et un événement regrettable pourrait nuire à l'économie brésilienne qui est une destination touristique très prisée à travers le monde.




Références:

1. URBAN, Maria. Contre le crime, les militaires, RFI, [En ligne], 18 avril 2007, http://www.rfi.fr/actufr/articles/088/article_51117.asp, (page consultée le 14 novembre 2011).

2. BRESIL.com. Histoire du Brésil, [En ligne], 2011, http://www.bresil.com/histoire/presentation.html, ( page consultée le 17 novembre 2011)

3. AMNESTY INTERNATIONAL, Violence maximum, protection minimum de la part des pouvoirs publics, [En ligne], 2 décembre 2005, http://www.amnestyinternational.be/doc/s-informer/... ( page consultée le 14 novembre 2011).

4. AMERICAS. Histoire du Brésil, Americas-fr, [En ligne], 2003, http://www.americas-fr.com/histoire/bresil.html, ( page consultée le 18 novembre 2011).

5. Loc. Cit

6. URBAN, Op. Cit.

7. RODIER, Alain, Brésil : situation sécuritaire 2008, CF2R, [En ligne], 20 septembre 2008, http://www.cf2r.org/fr/notes-actualite/bresil-situ... ( page consultée le 17 novembre 2011).

8. FRANCE2.fr. Rio : La police a reconquis la plus grande favela, [En ligne], 13 novembre 2011, http://info.france2.fr/monde/rio--la-police-a-reco... ( page consultée le 16 novembre 2011)

9. BINET, Lisa. Où en est la criminalité au Brésil ?, Le petit Journal, [En ligne], 27 novembre 2006, http://www.lepetitjournal.com/content/view/10051/1189/, ( page consultée le 14 novembre 2011).

10. FRAYSINET, Fabiana. 2,4 milliards d'euros pour lutter contre la criminalité, IPS, [En ligne], http://www.ipsnouvelles.be/news.php?idnews=9420, (page consultée le 17 novembre 2011).

11. Loc. Cit.

12. FARIS, Bouhafs, Lula lutte contre la criminalité de ses grandes métropoles, La Grande Époque, [En ligne], 23 septembre 2007, http://www.lagrandeepoque.com/LGE/Humanitaire/Lula... ( page consultée le 14 novembre 2011).

13. FRANCE2. Op. Cit.

Dernière modification: 2011-11-28 08:38:01

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