Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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23 November 2011

Pipeline Keystone XL : plus qu'une question énergétique


Catherine Salvail
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Les relations canado-américaines sont particulières, étant donné la situation géographique qui caractérise ces deux territoires. Par exemple, leurs liens économiques «sont de loin les plus importants qui unissent deux pays» (1). Outre les milliards qui traversent quotidiennement la frontière, le Canada est le premier fournisseur d'énergie pour ses voisins du Sud (2).

Les enjeux du Pipeline Keystone XL concernent principalement les ressources énergétiques des sables bitumineux du Canada. En effet, cette ressource substantielle provient majoritairement de la province de l'Alberta, dans l'Ouest canadien (3). Selon l'Office national de l'Énergie du Canada, plusieurs facteurs favorisent la croissance de sa mise en valeur. Il y aurait, entre autres, les prix élevés du pétrole brut, les inquiétudes au sujet de l'offre mondiale de pétrole, le potentiel commercial aux États-Unis et en Asie; ainsi que des «modalités fiscales génériques stables pour les producteurs (4)».

Toutefois, c'est une source d'énergie controversée. Aussi, le projet du Pipeline Keystone XL, qui devait permettre d'acheminer le pétrole des sables bitumineux albertains jusqu'au golfe du Mexique, a été laissé de côté par l'administration de Barack Obama, le 11 novembre 2011(5).

Appuis et manifestations à l'ordre du jour

Jusqu'au mois de novembre, les négociations entre les deux gouvernements, au sujet du pipeline, sont demeurées à plat. Le 12 novembre, la première ministre de l'Alberta, Mme. Alison Redford, s'est rendue aux États-Unis. «L'annonce de la présence de Mme Redford à Washington survient quelques jours après que le département d'État américain eut choisi de repousser la prise de décision dans ce dossier au lendemain de l'élection présidentielle (6).»

Elle croise actuellement le fer avec un gouvernement en période pré-électorale. Le président de la Chambre des représentants et leader républicain, John Boehner, dans un communiqué émis le 14 novembre, a même accusé le président américain Barack Obama d'être opportuniste et de faire ses choix en faveur de sa campagne présidentielle, et ce «aux dépens d'emplois américains» (7). M. Boehner et Mme. Redford se sont entretenus à Washington au sujet du dossier Keystone, en compagnie des responsables du département d'État.

Comme le pipeline franchit une frontière internationale, c'est le département d'État américain qui est responsable de la décision. Obama avait indiqué que la décision finale «refléterait son point de vue et avait laissé entendre qu'il ne se laisserait pas influencer outre-mesure par l'argument voulant que le projet donnera lieu à la création d'emplois (8).» Obama a expliqué sa décision en spécifiant qu'étant donné que «ce permis pourrait affecter la santé et la sécurité des Américains, de même que l'environnement, et parce que des inquiétudes ont été soulevées par le public, nous devons prendre le temps d'étudier le projet et d'en comprendre l'ensemble des impacts» (9). Les craintes sont principalement liées aux impacts envisagés sur la sécurité énergétique, la politique étrangère et sur l'environnement.

TransCanada est la compagnie canadienne responsable de la construction de l'oléoduc d'une longueur de 2 730 km. Cette corporation albertaine a pour objectif de devenir la plus importante compagnie en infrastructure énergétique en Amérique du Nord (10). Elle emploie 4000 personnes dans trois différents pays, dans sept provinces canadiennes et 31 États américains, et elle possède près de 250 bureaux à travers le continent (11). Le projet Keystone est évalué à 7 milliards de dollars.

Les opposants et les supporteurs

En réaction à Keystone, plusieurs manifestations étaient en branle. La plus récente a eu lieu le 6 novembre devant la Maison-Blanche, à Washington. Son objectif était de convaincre le président de bloquer le projet. L'acteur américain Mark Ruffalo et la récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1997, Jody Williams, se sont alliés aux manifestants. L'actrice canadienne Margot Kidder était de retour, malgré son arrestation au cours de l'été, lors d'une manifestation semblable. M. Ruffalo a prononcé un discours pour encourager le président à faire le changement pour lequel il a été élu. Les autorités estiment à 5000 le nombre de manifestants, alors que «les organisateurs [avancent] le chiffre de 12 000 personnes au plus fort de la protestation (12).»

Une importante campagne avait été mise en place en août 2011, devant la Maison-Blanche, pour faire pression sur l'administration américaine. Les autorités ont mis fin à ces rassemblements le 3 septembre, après avoir fait environ 1000 arrestations. Le coordonnateur de cette campagne, l'écologiste Bill McKibben, croit que ces événements ont permis d'augmenter la prise de conscience sur les impacts d'un projet comme Keystone. Selon M. McKibben, l'État canadien et les compagnies pétrolières exercent une forte pression en faveur du projet, mais il est confiant que les actions populaires donneront avantage aux écologistes (13). D'autres groupes, tel que l'ONG Friends of the Earth, lors d'une manifestation en octobre, ont demandé au président américain de rejeter le projet (14). Ce même groupe aurait accusé de collusion le département d'État et TransCanada, à la suite d'une lecture de courriels obtenus grâce à une loi sur la liberté de l'information (15).

Il n'y a pas que des opposants au projet Keystone. En effet, la sénatrice républicaine de l'Alaska, Lisa Murkowski, l'a défendu avec fougue. Elle s'est dite «estomaquée» par l'opposition, étant donné que «l'oléoduc transporterait une source d'énergie essentielle aux États-Unis, en provenance d'un partenaire commercial et ami fiable (16).»

Au niveau canadien, le ministre de l'Environnement fédéral, Peter Kent, espère que le département d'État prendra une décision en faveur du plan d'exportation du pétrole des sables bitumineux albertains. Le gouvernement conservateur se rallie derrière le projet, malgré le «cri d'alarme» de l'Agence américaine de protection de l'environnement. Il s'appuie sur l'importante croissance des exportations qu'engendrerait ce projet. Selon David Anderson, le secrétaire parlementaire du ministre des Ressources naturelles, pendant «que l'opposition critique le Canada ici et à l'étranger sur la façon dont on gère l'énergie, notre gouvernement va continuer à défendre l'économie canadienne, les ressources et les emplois canadiens (17).» Il réitère la position gouvernementale en mentionnant que la décision doit être prise selon des faits et la science, et non seulement selon une idéologie.

Un sondage fait à l'automne 2010 démontre que plus de 40 % des Canadiens ont une opinion favorable des sables bitumineux. Et un autre sondage, fait au printemps 2010, suggère que le deux tiers des Canadiens ont une opinion positive des compagnies exploitant les sables bitumineux. Toutefois, un sondage Léger-Marketing démontre que la population est divisée sur l'arrêt de l'exploitation des sables bitumineux en faveur de recherches pour des énergies plus vertes. On y constate également que le tiers des répondants ne fait pas «confiance aux compagnies énergétiques, aux gouvernements, aux chercheurs ou aux environnementalistes pour obtenir des informations sur les sables bitumineux (18).»

Aux États-Unis, les rares sondages disponibles en ligne affirment que la population ne veut pas que l'économie soit liée aux sables bitumineux et qu'elle souhaite un développement vers les énergies renouvelables (19).

Une décision problématique

Selon Kerri-Ann Jones, la sous-secrétaire américaine chargée du dossier, le rapport final sur les impacts écologiques de Keystone ne permet pas de pencher pour une position ou pour une autre. La décision ne devrait pas être prise seulement en considération des impacts écologiques, mais également en fonction de l'intérêt national des États-Unis, ainsi que de l'économie, de la sécurité énergétique et des relations extérieures (20).

Un changement de tracé a été demandé par l'administration Obama, car le tracé envisagé auparavant devait passer au-dessus d'une importante ressource aquifère permettant d'alimenter plusieurs millions d'Américains (21). Le débat est à suivre.




Références:

(1) Gouvernement du Canada, «Relations canado-américaines-La Canada et les Etats-Unis : les relations les plus étroites qui soient entre deux pays», modifiée le 22 mars 2011, http://www.canadainternational.gc.ca/can-am/Closer... (page consultée le 19 novembre 2011).

(2) Ibid.

(3) Office national de l'Énergie, «Les sables bitumineux du Canada ? Perspectives et défis jusqu'en 2015», 2006, http://docs.google.com/viewer?a=v&q=cache:b24pX1jK... (page consultée le 19 novembre 2011), p. 2.

(4) Ibid.

(5) Nicolas Bérubé, «Le pipeline Keystone XL laissé de côté», La Presse, modifié le 11 novembre 2011, http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/en... (page consultée le 13 novembre 2011).

(6) Lee-Anne Goodman, «Alison Redford confiante face au projet Keystone XL», La Presse Affaires, modifié le 14 novembre 2011, http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/en... (page consultée le 19 novembre 2011).

(7) Ibid.

(8) Lee-Anne Goodman, «Pipeline Keystone XL : des milliers de manifestants à Washington», La Presse canadienne, La Presse, modifié le 6 novembre 2011, http://www.cyberpresse.ca/environnement/201111/06/... (page consultée le 13 novembre 2011).

(9) Nicolas Bérubé, «Le pipeline Keystone XL laissé de côté», op.cit.

(10) TransCanada, «About Us», 2011, http://www.transcanada.com/aboutus.html (page consultée le 19 novembre 2011).

(11) TransCanada, «Our Employees», 2011, http://www.transcanada.com/94.html (page consultée le 19 novembre 2011).

(12) Lee-Anne Goodman, «Pipeline Keystone XL : des milliers...», op.cit.

(13) La Presse Canadienne, «Oléoduc Keystone : fin des manifestations à Washington», modifié le 3 septembre 2011, http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis... (page consultée le 19 novembre 2011).

(14) AFP, «Oléoduc Keystone XL :Friends of the Earth demande à Obama de rejeter le projet», Cyberpresse, modifié le 7 octobre 2011, http://www.cyberpresse.ca/environnement/economie/2... (page consultée le 19 novembre 2011).

(15) AFP, «Oléoduc Keystone XL :le département d'État accusé de partialité (bis)», Cyberpresse, modifié le 17 novembre 2011, http://www.cyberpresse.ca/environnement/economie/2... (page consultée le 19 novembre 2011).

(16) Lee-Anne Goodman, «Une sénatrice républicaine défend le projet Keystone XL», Cyberpresse, modifié le 19 octobre 2011, http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis... (page consultée le 19 novembre 2011).

(17) Malorie Beauchemin, «Pipeline : Ottawa appuie le projet sans réserve», La Presse, modifié le 9 juin 2011, http://www.cyberpresse.ca/environnement/dossiers/l... (page consultée le 19 novembre 2011).

(18) Bob Weber, «Les sables bitumineux au c?ur d'une bataille médiatique», La Presse, modifié le 23 décembre 2010, http://www.cyberpresse.ca/environnement/dossiers/l... (page consultée le 19 novembre 2011).

(19) Bob Weber, «Les sables bitumineux au coeur...», op.cit.

(20) AFP, «Oléoduc Keystone : pas d'impact majeur sur l'environnement», Cyberpresse, modifié le 26 août 2011, http://www.cyberpresse.ca/environnement/pollution/... (page consultée le 19 novembre 2011).

(21) Lee-Anne Goodman, «Alison Redford confiante face...», op.cit.

Dernière modification: 2011-11-28 08:13:54

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