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10 octobre 2011

Maroc : des élections à la sauce référendaire


Sabrina Bourgeois
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Le 25 novembre 2011, le Maroc tiendra des élections législatives suivant le référendum constitutionnel du 1er juillet 2011, approuvé à plus de 98%. Ce référendum, le sixième depuis 1962 (1), permettrait, selon le roi Mohammed VI, « la consolidation de l'État de droit (...), l'élargissement du champ des libertés individuelles et collectives (...) ainsi que le renforcement du système des droits de l'homme dans toutes leurs dimensions » (2).

Une élection pour contrer le « printemps africain »

Depuis les années soixante, les différents référendums constitutionnels n'ont pas entamé les pouvoirs du roi, ce qui a placé le Maroc au 116e rang de l'indice de démocratie en 2010 par The Economist, avec les régimes autoritaires (3). Le dernier « référendum expresse », sur lequel les Marocains ont voté le 1er juillet, poursuit la tradition. En effet, si le premier ministre acquiert plus de pouvoirs, dont celui de dissoudre le Parlement, le monarque reste la figure politique dominante. La journaliste marocaine Zinel El-Rhazoui, qui appelait au boycott du référendum, explique que le roi « a la mainmise directe sur le législatif et possède tous les pouvoirs de l'Exécutif. Le texte parle bel et bien de l'indépendance de la justice, [mais] c'est le roi qui préside le Conseil supérieur de la magistrature, c'est lui qui nomme les juges et c'est lui qui possède tous les pouvoirs de l'Exécutif » (4).

La passivité de la classe politique et la situation économique précaire ont engendré une ferveur populaire, au sein de la jeunesse marocaine, contre le roi, à la suite des premiers bouleversements du printemps arabe en Tunisie (5). Se faisant appeler le « Mouvement du 20 février » - date de sa première manifestation - , l'opposition citoyenne comporterait des milliers d'adhérents de positions politiques hétéroclites (6).

Comptant des islamistes, mais aussi des militants d'extrême gauche, ils se regroupent en utilisant différents réseaux sociaux tels que Facebook. Ils sont très actifs sur internet et sont représentés par quelques médias, dont le site internet « Demain Online ». Ce site a jusqu'à présent réussi à déjouer la censure royale. Il persiste à caricaturer le monarque et souligne les rumeurs de corruption. Ses auteurs ne se gênent pas pour répliquer également à la presse internationale et critiquer la France qui appuie le roi Mohammed VI dans ses changements constitutionnels. À l'instar des manifestants, ils revendiquent une monarchie parlementaire et une plus grande justice sociale.

Il apparaît peu probable, à court terme, que le Maroc connaisse la turbulence des autres pays arabes, car la population reste partagée et des manifestants pro-Mohammed VI sont régulièrement présents dans les rues. Si le référendum, puis l'élection des deux chambres le 25 novembre, répondent à une tension populaire, plusieurs chefs d'État regarderont Rabat pendant les mois qui suivent. Le Maroc réussira peut-être à garder sa stabilité politique. Il serait ainsi le premier État à faire une transition pacifique vers la démocratie dans le cadre du « printemps arabe ».

Réduire la tension sociale : le vote «manifestant»

Plus de 15 partis politiques s'activent dans les 52 jours alloués avant le scrutin. Ils auront fort à faire, car le clivage entre la classe politique et la population se creuse. Selon le journaliste Nizar Baraka : « dans les grandes villes, moins d'un électeur sur trois a voté aux élections législatives de 2002 et le nombre des nouveaux inscrits en 2007 dépasse à peine la moitié du nombre potentiel. De plus, les électeurs continuent à personnaliser les choses et ont tendance à voter pour la tête de liste plutôt que pour le parti » (7).

Quelques partis ont annoncé qu'ils allaient « boycotter » l'élection du 25 novembre, mais la majorité tente de s'accaparer du plus grand électorat (8). La création de la coalition « Alliance pour la démocratie », formée de 8 partis politiques, compte rejoindre les manifestants. Formée de partis conservateurs, néolibéraux, gauchistes et islamistes, la coalition est à l'image des membres du « Mouvement du 20 février ».

Parti important depuis 1965, alors qu'il luttait pour l'indépendance, l'Istiqlal reste également dans la course électorale. Fort de l'appui de sa jeunesse militante, son programme comprend plusieurs promesses électorales quant au renforcement des entreprises marocaines,l'amélioration du niveau de vie et la justice sociale. Selon Nizar Baraka, l'Istiqlal est l'un des seuls partis ayant un programme cohérent proposant des changements majeurs et réalistes (9).




Références:

(1) CUBERTAFOND, Bernard. « Un régime atypique », La vie politique au Maroc, Montréal, L'Harmattan, 2001, p. 3-84.

(2)ANONYME. « Le Roi du Maroc vote pour la première fois au référendum constitutionnel », Eureka.cc, 1992-, no 20110701?XC?CnbbffF000056, Xinhua, 1er juillet 2011.

(3)THE ECONOMIST, DEMOCRACY INDEX 2010. Democracy in retreat, [EN LIGNE], 2010, http://graphics.eiu.com/PDF/Democracy_Index_2010_web.pdf (page consultée le 9 octobre 2011).

(4) BELKADI, Mehdia, « Mohammed VI a raté un rendez-vous avec l'histoire », Courriel international, [EN LIGNE],http://www.courrierinternational.com/articl... - avec-l-histoire, 22 juin 2011 (page consultée le 10 octobre 2011).

(5) COURTIN, Christophe, « Printemps arabe : à quand le printemps africain? », Humanitaire, no 28, juillet 2011, Tribune.

(6) ANONYME, Maroc : des milliers de manifestants, [EN LIGNE], http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/07/17/97001... (page consultée le 10 octobre 2011).

(7) BARAKA, Nizar, « Notre projet de société est solide et cohérent », L'économiste, no 2549, 15 juin 2007.

(8) MANDRAUD, Isabelle, « À deux mois des législatives, le Maroc se pose en modèle pour le monde arabe », Le Monde, [EN LIGNE], http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?o... 20 septembre 2011 (page consultée le 10 octobre 2011).

(9) BARAKA,Nizar, op.cit.

Autres références

ANONYME, Maroc : appel à manifester le 20 février, [EN LIGNE], http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/02/03/97001... consultée le 10 octobre 2011).

Demain Online, [EN LIGNE], 10 octobre 2011, http://www.demainonline.com (page consultée le 10 octobre 2011).

HERRADI, Jamal Eddine, « L'Istiqlal favorable à une alliance avec le PJD, supprimer les cirsconscriptions à deux sièges », L'économiste, no 3599, 19 juillet 2011.

LACHICHI, Mohamed-Cherif, Naissance au Maroc d'une « Alliance pour la démocratie » : Une coalition pour Fouad Himma?, [EN LIGNE], http://biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca/Web... /FullScreen.aspx (page consultée le 10 octobre 2011).

RADI, Omar. « 20 février: Le week-end contestation », L'actu Maroc, [EN LIGNE], 14 octobre 2011, http: //edm.etatdumonde.com.ezproxy.usherbrooke.ca/EDMWe... (page consultée le 10 octobre 2011).

SOARES, Ursula, Maroc : les élections législatives anticipées fixées au 25 novembre, [EN LIGNE], http://www.rfi.fr/afrique/20110815-maroc-incertitu... (page consultée le 9 octobre 2011).

WHITE, Gregory, « The Advent of Electoral Democracy in Morocco? The Referendum of 1996 », Middle East Journal, vol. 51, no. 3, 1997, p. 388-404.

ZAKI, Lamia. «2010-2011: Montée des protestations sociales et politiques», Encyclopédie de l'État du monde, http://edm.etatdumonde.com.ezproxy.usherbrooke.ca/... AFRMAGHRMAR.html (page consultée le 10 octobre 2011).

Dernière modification: 2011-10-17 12:50:47

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

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