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30 novembre 2009

Le pétrole kazakh : source d'une importante croissance économique


Andréanne Laliberté
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
1991
Proclamation d'indépendance officielle du Kazakhstan

décembre
1991
Création de la Communauté des États indépendants

Depuis son indépendance le 16 décembre 1991, le Kazakhstan a connu maintes transformations. Riches en ressources naturelles, ses terres fertiles, ainsi que son pétrole et son gaz naturel, attirent les grandes puissances mondiales depuis que son économie s'est libéralisée. Forte de sa croissance économique, l'ancienne République du Kazakhstan a l'intention de persister à croître économiquement et à se démarquer géopolitiquement.

Un peu d'histoire...

Durant son appartenance à l'Union soviétique (URSS), le Kazakhstan a été colonisé par des milliers de Russes qui venaient exploiter ses ressources naturelles. En 1939, à la suite de cette arrivée massive de travailleurs russes, cette communauté atteint les deux cinquièmes de la population du Kazakhstan. Le flux migratoire est maintenu jusque durant les années 1960, à la suite de la campagne d'exploitation des terres vierges lancée en 1954.

Les Kazakhs forment la majorité relative de la population du pays seulement vers les années 1970 et la majorité absolue vers la fin du XXe siècle. En 1989, les Kazakhs formaient « moins d'un tiers de sa population urbaine et moins d'un cinquième de sa main-d'oeuvre industrielle(1) ».

Le territoire kazakh est composé de steppes fertiles et de grands fleuves comme le Syr Daria, et d'immenses mers intérieures, comme la mer Aral. Ces terres ont toutefois été exploitées comme terres d'élevage jusqu'aux années 1950 et la campagne d'exploitation des terres vierges. Avant cette révolution agraire, « la superficie emblavée était encore inférieure à 10 millions d'hectares ; elle est aujourd'hui de 35 millions d'hectares (2) ». On constate donc une nette augmentation de l'utilisation des terres kazakhs.

Le sous-sol du Kazakhstan est également doté de plusieurs richesses naturelles telles : pétrole, gaz naturel, charbon, cuivre, fer, etc. (3) Comme le souligne Roland Lomme, lorsque ce pays était sous l'égide de l'Union soviétique, la République du Kazakhstan était le grenier des matières premières des autres Républiques. Vers la fin des années 1980, elle « assurait un tiers de la production de cuivre de l'Union soviétique, les deux cinquièmes de sa production d'uranium, la moitié de sa production de zinc et près des trois quarts de sa production de plomb » (4).

Vers la fin des années 1990, à la suite de la dislocation de l'URSS, le Kazakhstan continuait d'exporter ses ressources naturelles, telles le pétrole et le charbon, vers la Russie ou la Sibérie occidentale. Toutefois, il importait l'énergie produite par ses acheteurs faute d'infrastructures suffisantes. Les dirigeants kazakhs ont par la suite entrepris de diversifier leur accès aux marchés internationaux « à travers l'Iran par la mer Caspienne, à travers la Chine vers l'océan Pacifique et l'océan Indien ou vers l'Europe à travers la Turquie » (5).

Émergence économique : une question pétrolière

Le Kazakhstan entreprend un virage vers l'économie de marché vers 1991 en débutant une vague de privatisations et en créant une monnaie nationale. En 1995, il devient l'ex-République soviétique à recevoir le plus d'investissements étrangers. Il signe notamment un contrat d'exploitation pétrolière avec la multinationale américaine Chevron. En 1998, à la suite de la crise pétrolière qui a foudroyé la Russie, principal importateur du pétrole kazakh, le Kazakhstan commence à se tourner économiquement vers la Chine (6).

En juillet 2000, à la suite de la découverte de la réserve pétrolière Kashagan dans la mer Caspienne, le Kazakhstan devient l'un des pays possédant les réserves pétrolières les plus importantes de la région. On prévoit que « Kashagan produise de 1,2 à 1,5 million de barils par jour, soit l'équivalent de ce qu'exporte actuellement le Kazakhstan » (7). Le pays doit toutefois résoudre les problèmes d'acheminement de ses ressources (pétrole, gaz naturel).

Plusieurs projets de constructions d'oléoducs se mettent alors en branle. En 2001, on entreprend la construction d'un l'oléoduc qui reliera le champ pétrolier de Tenguiz au port russe de Novorossiisk, sur la mer Noire. En 2005, les Présidents du Kazakhstan, de l'Azerbaïdjan, de la Géorgie et de la Turquie inaugurent l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Celui-ci permettra de transporter le pétrole de la mer Caspienne sur 1 765 kilomètres vers la Méditerranée, en contournant la Russie. Se rapprochant davantage de la Chine, le Kazakhstan prévoit aussi mener à terme la construction d'un oléoduc passant par la province chinoise Xinjiang d'ici 2011 (8).

« Croissance économique » ne rime pas avec « sécurité alimentaire »

Le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaev, prévoit hisser son pays parmi les dix plus gros producteurs de pétrole brut d'ici 2015. Mais, au détriment du développement de ce secteur économique, les autres secteurs de l'économie ne se développent que très peu. Le président avait promis de hausser le niveau de vie de sa population pour atteindre celui des États d'Europe centrale (9). D'autre part, le Kazakhstan a réussi à atteindre l'objectif numéro 1 des Objectifs du Millénaire pour le développement, qui est celui de réduire de moitié la pauvreté et la faim d'ici 2015(10).

Le pays le plus stable d'Asie centrale est cependant déstabilisé par la grogne des partis de l'opposition. Ces derniers critiquent le gouvernement dans sa gestion de la crise financière mondiale. Les principales revendications de ces opposants sont la baisse du prix élevé des produits alimentaires et de première nécessité, la stabilisation des tarifs de l'énergie, la hausse des salaires et des pensions de retraite et l'arrêt des licenciements (11).

De plus, l'opposition n'a pas digéré la passation d'environ 400 km2 de terres kazakhes à la Chine, à la suite de la loi sur la propriété privée des terres votée en 2005. Le gouvernement kazakh prévoit même permettre l'utilisation de 35 000 km2 de ses terres à des investisseurs étrangers. L'opposition souligne le fait que le pays vend ses terres, alors qu'il ne nourrit guère toute sa population. Selon le ministère de l'Agriculture kazakhe, jusqu'à 40 % du lait consommé est importé et il en est de même pour 29 % de la viande et environ 43 % des fruits et légumes (12).

L'émergence politique du Kazakhstan

Après avoir accédé à la tête du Parti communiste du Kazakhstan en juin 1989, Noursoultan Nazarbaev est élu pour la première fois au suffrage universel le 1er décembre 1991 avec plus de 90% des voix (13). Certains analystes considèrent l'approche d'intégration de son gouvernement de « multi-vectorielle ».

C'est ce que souligne Bakyt Alicheva-Himy, qualifiant ainsi la tendance du Kazakhstan à ne pas se limiter aux problèmes régionaux depuis son indépendance. « Ce pays à cheval entre l'Asie et l'Europe, l'Orient et l'Occident, l'Est et l'Ouest, a opté pour une politique étrangère « multi-vectorielle ». Sa stratégie a consisté à diversifier au maximum les partenaires, soit par des accords bilatéraux, soit en participant le plus possible aux organisations régionales et internationales » (14).

Par exemple, le Kazakhstan a été la première ex-République soviétique à adhérer à la Communauté des États indépendants (CEI) en décembre 1991. Ce geste a encouragé toutes les anciennes Républiques soviétiques à adhérer à ce rassemblement d'États désirant une intégration politico-militaire et économique dans l'espace post-soviétique (15).

On peut constater que cette stratégie « multi-vectorielle » est toujours viable en 2010. En effet, ce sera au tour du Kazakhstan d'assurer la présidence de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe. Le président Nazarbaev tentera également d'organiser un sommet réunissant tous les membres de cette organisation durant son mandat (16).




Références:

(1) LOMME, Roland. « Kazakhstan », Encyclopédie Universalis, [En ligne], 2008, http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=1... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(2) Loc.cit.

(3) Central Intelligence Agency, The World Factbook, Kazakhstan, [En ligne], https://www.cia.gov/library/publications/the-world... (Page consultée le 23 novembre 2009).

(4) LOMME, Roland. op. cit.

(5) Loc.cit.

(6) Loc.cit.

(7) [s.a.], « Kazakhstan - actualité », Encylclopédie Universalis, [En ligne], 2008, http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=9... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(8) PEYROUSE, Sébastien. « Une année témoin de la fragilité du pays », Encyclopédie État du Monde, 2007-2008, [En ligne], http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(9) PEYROUSE, Sébastien. « Des preuves de solidité financière malgré la crise », Encyclopédie État du Monde, 2008-2009, [En ligne], http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(10) Nations Unies, Conseil économique et social, Rapport national sur la mise en oeuvre des priorités stratégiques du Kazakhstan pour 2030 dans le cadre de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, E/2008/79, 12 juin 2008, p. 6.

(11) Courrierinternational.com, « L'opposition se mobilise », [En ligne], 10 octobre 2009, http://www.courrierinternational.com/breve/2009/10... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(12) Courrierinternational.com. « Nos dirigeants cèdent tout à Pékin », [En ligne], 29 octobre 2009, http://www.courrierinternational.com/article/2009/... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(13) ROY, Olivier. « Liens étroits avec Moscou après l'indépendance », Encyclopédie État du Monde 2008-2009, [En ligne], http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(14) ALICHEVA-HIMY, Bakyt. « Kazakhs indépendants mais fidèles », Outre-Terre, 2006, numéro 16, pp. 321-327.

(15) ROY, Olivier. « Liens étroits avec Moscou après l'indépendance », Encyclopédie État du Monde 2008-2009, [En ligne], http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (Page consultée le 20 novembre 2009).

(16) RIA, Novosti. « OSCE: le Kazakhstan proposera la tenue d'un sommet », Eurokaz News, [En ligne], 16 novembre 2009, http://eurokaznews.blogspot.com/2009_11_17_archive.html (Page consultée le 20 novembre 2009).

Dernière modification: 2009-12-07 08:46:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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