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30 November 2009

Costa Rica : L'oasis démocratique par excellence


Ariane Yengayenge
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

February
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

November
1949
Adoption d'une nouvelle Constitution au Costa Rica

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Le Costa Rica, un petit pays d'Amérique centrale, n'en finit pas d'étonner plusieurs. Légèrement plus grand que la République Dominicaine, il est considéré comme la démocratie la plus vieille et la plus stable de toute l'Amérique latine. Ayant pour voisins limitrophes le Nicaragua et le Panama, le Costa Rica se distingue de l'ensemble des autres pays de la région qui sont secoués par de sérieux problèmes structurels et d'importantes inégalités sociales.

Genèse d'une démocratie originale

Une ère de démocratie pacifique au Costa Rica a commencé avec les élections de 1899, jugées comme les premières vraiment libres et honnêtes de toute l'histoire du pays. La tendance s'est maintenue depuis sauf pour quelques périodes venues assombrir le paysage : la période de 1917-1919 durant laquelle Federico Tinoco gouverna en dictateur, et en 1948 alors que José Figueres Ferrer mena un soulèvement armé dans la foulée d'une élection présidentielle contestée (1). Une guerre civile éclata alors, faisant plus de deux mille morts (2). On retiendra cette guerre comme ayant été l'événement le plus sanglant de l'histoire du XXe siècle au Costa Rica, bien qu'elle n'ait duré que six semaines. La junte victorieuse a rédigé en 1949 une nouvelle Constitution garantissant des élections libres au suffrage universel et l'abolition de l'armée. José Figueres Ferrer, leader du Parti de la libération nationale (PLN), devint un héros national et remporta en 1953 la première élection en vertu de la nouvelle Constitution (3).

Le changement de 1949 distingue ainsi le Costa Rica de ses voisins : il est le premier pays à avoir constitutionnellement supprimé son armée et à opter pour une politique sociale forte. Le niveau de démocratie élevé qu'on y retrouve résulte en grande partie de cet important virage constitutionnel.

Un véritable contraste avec ses voisins

Le Costa Rica est une république démocratique avec un système très solide de freins et de contrepoids constitutionnels (4). Le pouvoir exécutif est confié à un président élu pour un mandat renouvelable de quatre ans. Ce mandat coïncide avec celui du Parlement. La structure de ce dernier est de type monocaméral, l'unique chambre portant le nom d'Assemblée législative.

Les terres du Costa Rica sont très fertiles et les précipitations y sont fréquentes. Ce pays est aussi réputé pour sa production de bananes, de café et d'ananas. Le Costa Rica est perçu comme étant une exception régionale. Son économie, en forte croissance jusqu'en 2006, reste l'une des plus dynamiques et diversifiées de l'Amérique latine. L'agriculture occupe moins de 10% de la population active et les services plus de 60%. L'alphabétisation est quasi universelle et le pays compte de nombreuses universités publiques et privées (5). La stabilité politique, économique et sociale du Costa Rica, son environnement et sa biodiversité, son ouverture au monde, son absence d'armée, et jusqu'à son président, Oscar Arias Sanchez, un pacifiste philanthrope, philosophe et prix Nobel de la paix, sont remarquables (6).

Le Costa Rica se démarque également sur le plan du tourisme et de la conservation de l'environnement. D'ailleurs, le pays a exprimé sa volonté de produire un niveau zéro d'émissions de gaz à effet de serre en 2021, année du bicentenaire de son indépendance (7).

Avec une telle description, pas étonnant que ce pays soit la destination de rêve de milliers de touristes : une nature tropicale exubérante bien protégée, un pays sûr, pacifique, démocratique qui contraste avec ses voisins immédiats et même avec l'ensemble de l'Amérique latine.

Un guide nord-américain résume cette image dominante de paix et de démocratie au Costa Rica en ces termes : « Connu aujourd'hui comme une nation raisonnable, démocratique et pacifique qui valorise la réussite culturelle plus que militaire, qui préfère les enseignants aux généraux, Costa Rica est l'un de ces pays chanceux dont l'histoire est globalement dépourvue d'incidents » (8).

Selon une étude menée par la Banque interaméricaine de développement publiée en novembre 2008, les Costaricains sont les plus satisfaits de leur vie en Amérique latine et dans les Caraïbes. Le pays connaît un fort taux de croissance économique et est la principale destination touristique d'Amérique centrale avec près de 2 millions de touristes en 2007 (9). Selon une autre étude de la New Economics Foundation, un institut britannique qui dresse un classement de 143 pays selon leur indice de félicité, c'est au Costa Rica qu'il faut poser ses bagages. En effet, il possède le Happy Planet Index (HPI) le plus élevé du monde. La Fondation calcule cet indice en pondérant l'espérance de vie, la satisfaction de la population et les mesures environnementales (10).

Cette avancée notable du Costa Rica est le résultat de l'ensemble des réformes mises en oeuvre après l'adoption de la Constitution de 1949. Ainsi, ces réformes semblent être le facteur essentiel qui explique que le Costa Rica se soit érigé en constructeur de paix pour toute la région (11). La nouvelle Constitution a du même coup institutionnalisé le Tribunal électoral suprême et la séparation des pouvoirs a été mise en pratique de façon effective. C'est également grâce à cette même Constitution que l'éducation a été rendue gratuite et obligatoire. Le gouvernement a mis en place des milliers d'écoles à travers tout le pays et à tous les niveaux, du primaire à l'université. Le Costa Rica possède d'ailleurs une classe moyenne stable du fait des nombreuses opportunités d'éducation. Un système de sécurité sociale universel a aussi été mis en oeuvre. Quant au système de santé, il a été enrichi de moyens et de ressources permettant une prise en charge aussi générale que performante (12). Les infrastructures ont aussi été développées, notamment les transports publics et les moyens de communication.

L'absence d'une armée costaricaine a également empêché l'utilisation de la force pour la prise du pouvoir, ce qui a permis d'investir davantage dans des programmes sociaux. Le Costa Rica n'ayant pas de forces armées, cela lui a évité l'implication militaire dans les affaires politiques, contrairement aux autres pays de la région (13).

Le Costa Rica, un modèle de démocratie à suivre

Le Costa Rica n'a pas toujours été le paradis. Son histoire a certes connu des hauts et des bas, mais il a su convertir la justice sociale en véritable fondement de la démocratie politique, recette unique en Amérique centrale. On peut se demander si le Costa Rica serait devenu cette référence en Amérique latine s'il n'avait pas été depuis un siècle vanté pour sa tranquillité politique, pour ses choix en faveur de l'éducation ou encore pour son système démocratique - en contraste avec ses voisins - et si, au milieu des années 80, ces derniers n'avaient pas été aux prises avec des conflits internes. En tout cas, le Costa Rica illustre l'importance que peuvent avoir les facteurs politiques dans tout développement. Les institutions démocratiques y jouissent d'ailleurs d'une grande crédibilité.

Même si Jorge Rovira, sociologue à l'Institut de recherche à l'Université du Costa Rica, explique cela par le fait que « la culture costaricaine a tendance à éviter la confrontation » (14), les autres cultures des pays avoisinants, si belliqueux soient-ils, peuvent également y trouver leur compte car cet idéal de démocratie demeure un objectif atteignable.




Références:

(1) U.S. Department of State, « Background Note : Costa Rica », publié en juillet 2009, http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/2019.htm, consulté le 22.11.09.

(2) Perspective Monde, « Adoption d'une nouvelle Constitution au Costa Rica », http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... consulté le 23.11.09.

(3) U.S. Department of State, op.cit.

(4) Loc.cit.

(5) Michel Faure, « Au Costa Rica, l'exception démocratique », Panamericana, article publié le 28.07.09, http://www.rue89.com/panamericana/2009/07/28/au-co... consulté le 14.11.09.

(6) Loc.cit.

(7) Obrist, Nicolas, « Costa Rica, l'Eldorado latino? », publié le 28.12.08, http://onlyyoucansilenceyourself.blogspot.com/2008... consulté le 22.11.09.

(8) The New World Guides to the Latin American Republics. Volume One. Duell, Sloan and Pearce. New York. 1943.

(9) Obrist, Nicolas, op. cit.

(10) Lamia Oualalou, « Le Costa Rica, le pays le plus heureux du monde », Le Journal Mediapart, publié le 08.07.09, http://www.mediapart.fr/club/blog/lamia-oualalou/0... consulté le 22.11.09.

(11) Dickerson, Lauren, « Costa Rica : la démocratie et la justice sociale comme facteurs efficaces de construction de la paix », Irenees.net, publié en janvier 2005, http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-ana... consulté le 14.11.09.

(12) Raymond, Nathalie, « Costa Rica : du petit pays « démocratique, sain et pacifique », au leader de l'écotourisme et de la protection de l'environnement », Études caribéennes, 6/2007, L'écotourisme dans la Caraïbe, http://etudescaribeennes.revues.org/document432.html, consulté le 16.11.09.

(13) U.S. Department of State, op.cit.

(14) Dugas, Sylvie, « Le libre-échange au cœur des résultats serrés des élections costaricaines », Observatoire des Amériques, publié en février 2006, http://www.ieim.uqam.ca/IMG/pdf/chro_dugas_06_07.pdf, consulté le 23.11.09.

Dernière modification: 2009-11-30 08:13:44

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