Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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16 November 2009

Du communisme au capitalisme : la longue marche du Vietnam


Jonathan Allard
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

November
1997
Ouverture du septième Sommet de la Francophonie

May
1993
Tenue d'élections législatives au Cambodge

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

May
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

July
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

January
1979
Début de l'occupation vietnamienne au Cambodge

July
1976
Réunification du Viêt Nam en un seul État

January
1973
Signature des accords de Paris sur la guerre au Viêt Nam

September
1969
Décès du président de la République démocratique du Viêt Nam, Ho Chi Minh

January
1968
Offensive du Têt au Viêt Nam

August
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

November
1966
Session constituante du tribunal Russell sur les crimes de guerre au Viêt Nam

August
1964
Incident naval entre Nord-Vietnamiens et Américains dans le golfe du Tonkin

November
1963
Renversement du gouvernement de Ngô Dinh Diêm au Viêt Nam du Sud

December
1960
Création du Front national de libération du Viêt Nam

April
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

July
1954
Signature des accords de Genève sur l'Indochine

On connait surtout le Vietnam parce qu'il a été le théâtre d'une guerre longue de plus de trente ans entre les camps communiste et capitaliste. Les États-Unis, qui s'y sont impliqués à divers niveaux, supportent le régime anticommuniste et nationaliste du Sud-Vietnam. Ils se désengagent néanmoins progressivement à partir de 1969, plus particulièrement avec le traité de Paris de 1973, laissant éventuellement la marge de manoeuvre nécessaire à une offensive décisive de la part des communistes du Nord-Vietnam. Ces derniers s'emparent finalement du reste du pays en 1975 et procèdent à sa réunification sous le régime du Parti communiste vietnamien (PCV) en juillet 1976 (1).

L'émoi causé par la victoire est toutefois de courte durée pour les communistes vietnamiens, puisque les années suivantes (1976-1980) sont pour le moins lamentables. Le PCV établit son Plan quinquennal d'après-guerre autour d'objectifs très ambitieux. En réalité, ils sont probablement trop ambitieux pour un pays ravagé par vingt années de guerre totale contre la première puissance militaire du monde. Entre 1976 et 1980, la croissance annuelle moyenne n'est que de 0,4 %, alors que le Plan visait plutôt 13 % à 14 %. L'inflation annuelle frôle quant à elle les 450 % et la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté (2). Durant la même période, 1,3 millions de Vietnamiens quittent ce pays exsangue et frappé de surcroît par une catastrophe alimentaire en 1979-1980 (3).

Devant l'ampleur de la situation, le Vietnam entreprend quelques réformes économiques dès 1979 (4). Cependant, elles ne sont systématisées et annoncées officiellement que sept ans plus tard, lors du VIème congrès du PCV en décembre 1986. Devant l'échec de l'économie planifiée des années précédentes, un important processus de transition économique, baptisé le « Doi moi » (« renouveau »), est mis en branle. Ce nouveau plan a pour objectifs « la libéralisation et la décentralisation économiques », « la restructuration de l'appareil productif » et « l'insertion internationale » (5). Notre texte s'intéresse aux changements que cette transition a apportés afin de paver la voie au Vietnam d'aujourd'hui.

Libéralisation progressive de l'économie

En premier lieu, soulignons que l'orientation prise par le Doi moi laisse croire que le Vietnam ne s'est pas appuyé uniquement sur ses propres échecs pour concevoir son plan de transition économique. Le Vietnam lorgnait certainement du coin de l'oeil les succès remportés par son imposant voisin, la Chine, qui avait entrepris des réformes vers une économie de marché depuis 1978. De fait, la nouvelle stratégie économique adoptée par le Vietnam est sensiblement la même que celle déjà déployée par la Chine, soit une stratégie de croissance économique axée sur l'augmentation des exportations et caractérisée par une libéralisation progressive de l'économie (6).

Le Vietnam libéralise d'abord le secteur agricole en rétablissant la possibilité d'une exploitation des terres sur une base familiale et privée (7). Du même coup, le gouvernement vietnamien retire graduellement les mesures de rationnement et les subventions qui avaient été introduites lors des pénuries alimentaires des années précédentes. Ces nouveaux incitatifs amènent le secteur agricole à se diversifier et à augmenter rapidement sa production, propulsant le Vietnam rapidement à un état d'autosuffisance, voire même à un rôle d'exportateur important en matière d'alimentation (8).

Aussi, un an après le lancement du Doi moi, en décembre 1987, le Vietnam met en place un pilier important de son cadre légal menant à une économie de marché. Il adopte la Loi sur l'investissement direct étranger (Foreign Direct Investment Law, ou FDI Law), laquelle lui sert pendant plusieurs années à attirer des investisseurs en sol vietnamien et l'aide à se forger une place dans le commerce international (9).

Croissance et restructuration économiques

Les années 1990 sont également marquées par l'implantation progressive de réformes visant la libéralisation de l'économie (10). Il s'agit d'une décennie déterminante pour la transition vietnamienne. Elle est caractérisée par un développement économique accéléré et par des mutations structurelles importantes.

De fait, entre 1992 et 2002, la croissance annuelle moyenne est de 7,4 % pour le PIB et 5,8 % pour le PIB par habitant (11). Par ailleurs, la répartition des fruits de cette croissance soutenue s'est faite de sorte que le pourcentage de personnes sous le seuil de la pauvreté est passé de 51 % durant les années 1976 à 1980 à moins de 20 % en 2006 (12).

Puis, toujours entre 1992 et 2002, la dépendance envers le secteur agricole s'est amoindrie au profit d'une expansion des secteurs de l'industrie et des services. Le poids moyen du secteur agricole dans le PIB passe de 41 % entre 1986 et 1991, à 23 % en 2002. Quant aux secteurs de l'industrie et des services, leur poids moyen passe respectivement de 25,1 % et 33,9 % entre 1986 et 1991, à 38,5 % chacun en 2002 (13).

Insistons sur le fait que toutes les mesures de transition ont été introduites avec parcimonie. L'économie vietnamienne est encore à ce jour considérée comme étant en transition, plus de vingt ans après l'introduction du Doi moi. L'État joue encore un rôle dans l'économie, mais ce rôle va en diminuant.

D'ailleurs, le nombre d'entreprises détenues par l'État a grandement et graduellement diminué avec les années. Il est d'abord passé de 12 000 en 1993 à 5 800 en 2001, puis à environ 3 000 en 2005. Néanmoins, malgré la dénationalisation d'un bon nombre d'entreprises, l'État demeure un détenteur imposant de parts dans l'économie vietnamienne. Désormais il y a en quelque sorte coexistence entre grandes entreprises industrielles d'État et petites unités de production privées. Les firmes privées ont tout de même vu leur nombre croître rapidement jusqu'à atteindre environ 200 000 en 2006. Cette croissance accélérée a été rendue possible notamment par l'adoption en 2 000 de la Loi sur l'entreprise (Enterprise Law), qui offrait un cadre légal rassurant pour le secteur privé (14).

Insertion dans l'économie internationale

Parallèlement aux réformes intérieures, le Doi moi met de l'avant un projet d'insertion dans l'économie mondiale, d'abord par l'ouverture aux capitaux étrangers, dont les capitaux occidentaux, puis par l'adhésion à des organisations internationales, notamment à vocation économique.

Ainsi, d'une part, la libéralisation du commerce et la promotion des investissements directs étrangers permet à la valeur des exportations vietnamiennes de croître de 21.6 % annuellement sur près de vingt ans, passant de 0.9 milliard de dollars US en 1986 à 36.5 milliards de dollars US en 2005 (en dollars US constants de 2005) (15).

D'autre part, en janvier 1995, le Vietnam dépose une candidature d'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il y adhère finalement en janvier 2007. Durant le processus d'admission, des oppositions sont exprimées à l'effet que le pays s'expose ainsi à une « concurrence internationale exacerbée », particulièrement après l'entrée de la Chine à l'OMC en 2001. D'autres intervenants, partisans de l'adhésion du Vietnam ceux-là, y voient plutôt un « moyen d'accélérer la restructuration économique en cours et, par les multiples opportunités d'échanges qu'elle offrira, de permettre une meilleure contribution du commerce au développement du pays » (16).

En bout de ligne, la prudence, la patience et l'audace qui caractérisent la transition économique du Vietnam ont placé ce pays dans une position qui semble vouloir donner raison aux seconds sur les premiers.




Références:

(1) HÉMERY, Daniel, « Le Vietnam au XXe siècle », Encyclopédie de l'état du monde, [en ligne], http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... page consultée le 7 novembre 2009.

(2) CAO, Xuan Dung et TRAN, Thi Anh-Dao, « Transition et ouverture économique au Vietnam : une différenciation sectorielle », Économie internationale, no. 104, 2005, p. 28.

(3) HÉMERY, Daniel, op. cit.

(4) Loc. cit.

(5) CAO, Xuan Dung et TRAN, Thi Anh-Dao, op. cit., pp. 29-30.

(6) CHU THI TRUNG HAU et DICKIE, Paul M., « Economic Transition in Viet Nam: Doi Moi to WTO », Public Policy Training Program, PPTP Studies Series 1, 2006, p. 7, [en ligne], http://www.adb.org/documents/reports/consultant/ec... page consultée le 7 novembre 2009.

(7) HÉMERY, Daniel, op. cit.

(8) CHU THI TRUNG HAU et DICKIE, Paul M., op. cit., p. 7.

(9) Loc. cit.

(10) Loc. cit.

(11) CAO, Xuan Dung et TRAN, Thi Anh-Dao, op. cit., p. 30.

(12) CHU THI TRUNG HAU et DICKIE, Paul M., op. cit., p. 8.

(13) CAO, Xuan Dung et TRAN, Thi Anh-Dao, op. cit., p. 30.

(14) CHU THI TRUNG HAU et DICKIE, Paul M., op. cit., p. 11.

(15) Loc. cit.

(16) CAO, Xuan Dung et TRAN, Thi Anh-Dao, op. cit., p. 28.

Dernière modification: 2009-11-23 08:39:33

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