22 août 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

16 novembre 2009

La Palestine sous le poids des divisions


Éric-Alexandre Verret
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

août
2014
Annonce d'un cessez-le-feu mettant fin à un conflit dans la bande de Gaza

novembre
2012
Annonce d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas

janvier
2005
Élection de Mahmoud Abbas à la présidence de l'Autorité palestinienne

novembre
2004
Décès de Yasser Arafat

septembre
2000
Début d'un deuxième soulèvement (intifada) en Palestine

octobre
1998
Signature des accords de Wye Plantation entre Israël et l'Autorité nationale palestinienne

janvier
1996
Élection de Yasser Arafat à la présidence de l'Autorité palestinienne

septembre
1993
Signature d'un accord de paix israélo-palestinien à Washington

novembre
1988
Proclamation de la création d'un État palestinien

décembre
1987
Début d'un soulèvement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie

juin
1982
Déclenchement de l'offensive israélienne « Paix en Galilée » au Liban

avril
1975
Déclenchement d'une guerre civile au Liban

novembre
1974
Premier discours de Yasser Arafat devant l'Assemblée générale des Nations unies

mai
1964
Création de l'Organisation de libération de la Palestine

avril
1950
Annexion de la Cisjordanie et proclamation du Royaume hachémite de Jordanie

L'annonce de la tenue d'élections en janvier 2010 par l'actuel chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a grandement ravivé les tensions entre le Hamas et le Fatah, les deux principaux partis des territoires palestiniens. Le décret présidentiel prévoyant un renouvellement de la législature et de la présidence a été dénoncé par le Hamas comme étant « inconstitutionnel et illégal » (1).

Le processus de réconciliation nationale sous médiation égyptienne, inauguré en février 2009, a pour but de rétablir le dialogue entre les deux formations politiques, fortement divisées depuis l'éviction du Fatah de la bande de Gaza en 2007. Après plusieurs mois de négociations, un accord sur la formation d'un gouvernement d'union nationale demeurait encore fortement improbable, les antagonismes étant profonds et de natures diverses. Ceux-ci pourraient fortement nuire à la stabilité d'un futur État palestinien indépendant, l'Autorité palestinienne ayant d'ailleurs envisagé d'en élaborer les fondements au cours des prochains mois (2).

Une rivalité d'abord idéologique

Mis à part les divergences concernant la tenue éventuelle d'élections, le Fatah et le Hamas s'opposent sur des points cruciaux concernant la problématique israélo-palestinienne. La charte du mouvement islamique Hamas, rédigée en 1988, souhaite l'établissement d'un État islamique en Palestine, incluant les territoires constituant actuellement l'État d'Israël (3). En l'occurrence, le Hamas ne reconnait pas un droit d'existence à l'État hébreu et préconise ainsi sa destruction (4). La résistance armée s'avère donc fondamentale parmi les préceptes du mouvement. Depuis sa prise de contrôle de la bande de Gaza en 2007, cette branche des Frères musulmans a d'ailleurs effectué constamment des tirs de roquettes en direction d'Israël (5).

Malgré l'obtention d'une légitimité démocratique aux élections de 2006, le mouvement n'a pas renoncé à la violence, comme plusieurs observateurs l'espéraient (6). D'emblée, le Hamas est donc considéré comme un groupe terroriste par plusieurs pays, dont les États-Unis. Cette situation a contribué à la diminution drastique des fonds d'aide alloués aux territoires palestiniens (7). Même s'il n'a pas renoncé à la violence, le Hamas ne peut cependant être étiqueté comme un simple groupe terroriste. D'ailleurs, une grande partie de son budget est dédié à un réseau de services sociaux, à des écoles et des cliniques médicales entre autres (8).

En plus, dans les faits, la charte du Hamas n'est pas toujours appliquée intégralement. Le parti accepterait ainsi une « coexistence de facto » entre les territoires palestiniens et l'État hébreu, si ce dernier se retirait des territoires occupés depuis la guerre de 1967 (9). Également, en dépit de son statut de mouvement islamique, le Hamas « s'est toujours défendu de vouloir imposer à la société un cadre de vie islamique », comme le souligne Jean-François Legrain, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (10).

Jusqu'à la victoire du Hamas aux législatives en 2006, le Fatah était la faction politique la plus importante en Palestine (11). Fondée par Yasser Arafat dans les années 1950, la formation issue de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) prône également la résistance armée et la libération de la Palestine face à l'occupant israélien. Avec les accords d'Oslo signés en 1993, il reconnut cependant un droit d'existence à l'État d'Israël et, par le fait même, acceptait une solution à deux États (12). L'actuel président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, d'ailleurs membre du Fatah, est vivement opposé à toute action armée contre l'État hébreu. Le parti n'a néanmoins jamais éradiqué l'option de la lutte armée contre ce dernier (13). En ce qui concerne la question de l'islam, le Fatah est considéré comme un parti laïc, à l'inverse de son principal rival. Legrain nuance cependant cette réalité, en affirmant que « dans les deux cas, il y a la reconnaissance du rôle central de l'islam » (14).

Un consensus possible malgré les divergences

En dépit de l'existence de certains points de vue difficilement conciliables, notamment sur la question de la reconnaissance de l'État d'Israël, il n'en demeure pas moins que le Fatah et le Hamas possèdent certaines affinités sur des sujets cruciaux. Un retour aux frontières d'avant 1967, un arrêt de la colonisation juive ainsi que l'établissement de Jérusalem-Est comme capitale d'un futur État palestinien constituent, pour Rashid I. Khalidi, spécialiste des affaires palestiniennes, des éléments qui pourraient faire consensus entre les deux partis (15). Khalidi soutient également qu'il est impératif que les Palestiniens, apparaissant aujourd'hui divisés, adoptent ensemble une position unifiée et consensuelle (16).

Les antagonismes sont cependant bien ancrés entre les factions rivales et la possibilité d'une entente qui permettrait de rétablir l'unité entre la Cisjordanie, sous l'influence du Fatah, et la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, demeurent incertaines. En fait, depuis les élections de 2006 remportées par le mouvement islamique, la rivalité n'a cessé de s'accentuer, le Fatah n'ayant d'ailleurs jamais réellement accepté la victoire de son principal opposant (17). Les divisions furent ensuite transposées à la rue, où les supporteurs de chacun des partis se sont affrontés souvent violemment.

Un éphémère gouvernement d'union nationale fut mis en place en mars 2007, grâce à la médiation effectuée par l'Arabie saoudite. Cette tentative de réconciliation échoua lorsque le Hamas évinça le Fatah de la bande de Gaza trois mois plus tard (18). Le dialogue a cependant redémarré en février 2009, cette fois-ci sous l'égide de la médiation de l'Égypte. Jusqu'à ce jour, l'accord interpalestinien n'avait été signé que par le Fatah, nonobstant les volontés clairement affichées par chaque camp de paver la voie à la réconciliation nationale (19).

Les perspectives d'avenir

La récente déclaration faite par Saëb Erakat, principal négociateur de l'Autorité palestinienne, pourrait cependant favoriser une éventuelle réconciliation entre les factions politiques. Ce dernier a affirmé : « Nous avons décidé de nous adresser au Conseil de sécurité pour essayer d'obtenir son soutien à la création d'un État palestinien indépendant ayant Jérusalem-Est pour capitale et dont les frontières seraient celles de juin 1967 » (20). Or, ces trois derniers points, comme le soulignait Rashid I. Khalidi, sont des éléments pouvant faire consensus entre les partis.

L'Autorité palestinienne, dont la présidence est contrôlée par le Fatah, souhaite en outre faire avancer la cause palestinienne en faisant fi des négociations avec Israël (21). Dans ce contexte, il serait possible que le Hamas et le Fatah s'entendent sur une position commune. En fait, Khaled Méchaal, chef du bureau politique du Hamas, a rappelé au président Mahmoud Abbas que « la recherche d'un compromis avec Israël, à partir des accords intérimaires d'Oslo en 1993, n'avait pas empêché l'expansion des colonies juives ni fait avancer la cause d'un État palestinien indépendant » (22).

Abbas a d'ailleurs annoncé qu'il ne se présenterait pas à la prochaine élection présidentielle prévue pour 2010 et ce, entre autres, parce que la colonisation juive se poursuit dans les territoires occupés, empêchant ainsi la reprise des pourparlers de paix avec l'État hébreu (23). La négociation apparaissant désormais comme un moyen de plus en plus inefficace pour régler la problématique israélo-palestinienne, la division persistante entre le Hamas et le Fatah pourrait graduellement tirer à sa fin.




Références:

1) LE MONDE, « L'annonce d'élections en janvier accroît les tensions entre le Fatah et le Hamas », publié le 26.10.09, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/1... (page consultée le 15 novembre 2009)

2) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Les Palestiniens en appellent à l'ONU pour reconnaître leur indépendance », publié le 15.11.09, http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM... (page consultée le 15 novembre 2009)

3) BBC NEWS, « Palestinian rivals: Fatah & Hamas », publié le 17.06.07, http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/5016012.stm (page consultée le 15 novembre 2009)

4) Loc.cit.

5) COUNCIL ON FOREIGN RELATIONS, « Hamas », publié le 27.08.09, http://www.cfr.org/publication/8968/ (page consultée le 15 novembre 2009)

6) Loc.cit

7)Loc.cit. ... MONDE, « Fatah-Hamas, vers une guerre interpalestinienne ? », publié le 14.12.06, http://www.lemonde.fr/proche-orient/chat/2006/12/1... (page consultée le 15 novembre 2009)

10) Loc.cit.

11) BBC NEWS, op.cit.

10) Loc.cit.

11) BBC NEWS, op.cit.

12) Loc.cit.

13) LE FIGARO, « L'impasse de la lutte armée palestinienne », publié le 10.08.09 http://www.lefigaro.fr/debats/2009/08/10/01005-200... (page consultée le 15 novembre 2009)

14) LE MONDE, Op.cit.

15) COUNCIL ON FOREIGN RELATIONS, « The Tragedy of Palestinian Divisions », publié le 29.10.09, http://www.cfr.org/publication/20561/consequences_... (page consultée le 15 novembre 2009)

16) Loc.cit.

17) BÔLE-RICHARD, Michel, « Reprise du dialogue entre le Fatah et le Hamas au Caire », Le Monde, publié le 26.02.09, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/0... (page consultée le 15 novembre 2009)

18) Loc.cit.

19) Loc.cit.

20) AGENCE FRANCE-PRESSE, op.cit.

21) Loc.cit.

22) REUTERS, « Le chef du Hamas invite Abbas à cesser de chercher un compromis », publié le 07.11.09, http://www.lexpress.fr/actualites/2/le-chef-du-ham... (page consultée le 15 novembre 2009)

23) LE MONDE, « A Ramallah, Mahmoud Abbas dit ne pas souhaiter se représenter à la présidentielle », publié le 06.11.09, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/1... (page consultée le 15 novembre 2009)

Dernière modification: 2009-11-23 15:24:26

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Le conflit israélo-palestinien, toujours d'actualité en 2016
>février 2016


La gouverne de Mahmoud Abbas à bout de souffle ?
>janvier 2015


Autorité palestinienne : Hamdallah est-il l'homme de la situation ?
>octobre 2013


La Palestine membre des Nations unies?
>octobre 2011


Proche-Orient : des négociations de paix encombrées d'obstacles
>février 2010


La Palestine sous le poids des divisions
>novembre 2009


Conflit armé entre Palestiniens
>février 2008


« Bon anniversaire Arafat » : une triste tournure en Palestine
>novembre 2007


La Conférence d'Annapolis : un nouvel essai pour la paix au Proche-Orient
>novembre 2007


Union nationale en Palestine : Un gouvernement bien fragile
>mars 2007


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019