Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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27 septembre 2011

La naissance de la démocratie égyptienne


Francis Boutin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

Le 11 février 2011 marquait la chute du président égyptien Hosni Moubarak. Sous son règne, qui a débuté en 1981, on ne peut affirmer que les Égyptiens votaient totalement librement. Après 30 ans de dictature maquillée en démocratie, la population égyptienne a décidé que c'en était assez(1). Après des jours de révolte marqués par la violence et la volonté de changement, Moubarak n'a eu d'autre choix que d'abdiquer et d'abandonner ses fonctions de président. Il a donc remis ses pouvoirs entre les mains du conseil suprême des forces armées et de son dirigeant, le maréchal Mohammed Hussein Tantawi. Sept mois plus tard, l'armée occupe toujours la tête du pays, mais l'Égypte cogne enfin à la porte de la démocratie(2).

Vers une démocratie

Les élections qui devaient initialement se dérouler en septembre 2011 pour l'Assemblée du peuple (Chambre basse) et à la Choura (Chambre haute) ont été reportées, notamment à cause de l'instabilité présente dans le pays selon les dires des responsables militaires(3). Si tout se passe comme prévu, le premier tour des élections législatives devrait se dérouler le 21 novembre et, si nécessaire, les 2e et 3e tours se dérouleront entre cette date et le 3 janvier 2012. Les élections sénatoriales débuteront quant à elles le 22 janvier 2012 et se termineront le 4 mars 2012(4). Ces dates tardives inquiètent. Certaines organisations, comme les Frères musulmans, «réclament des législatives au plus vite, soupçonnant les militaires de jouer avec la montre pour rester le plus longtemps possible aux commandes»(5).

Les Frères musulmans entrent en scène

Même si elle a fait son entrée en politique active en 2011 seulement, l'organisation des Frères musulmans n'est pas née d'hier. En effet, c'est en 1928 que l'égyptien Hassan el-Banna fonda ce qui deviendra le plus important mouvement islamiste du monde arabe(6). Les Frères musulmans ont pour devise «Dieu est notre objectif. Le prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi»(7). Après avoir été interdits par l'ancien président Moubarak, ils ont décidé de créer leur propre parti politique. On assiste donc à la naissance du Parti de la liberté et de la justice (PLJ). La création de ce parti a été confirmée à la presse par le secrétaire général de la confrérie, M. Mohammed Hussein. Il sera dirigé par Mohammed al-Morsi, figure importante du bureau politique des Frères musulmans.

Morsi certifie que le parti sera civil et aucunement théocratique, la Constitution d'Égypte bannissant les partis fondés sur la religion(8). C'est à l'issu de la première rencontre non clandestine de son histoire que Mohammed Morsy affirma que le PLJ sera «un parti civil aux fondements musulmans, puisque les partis religieux appartiennent au Moyen Âge»(9). Au même moment, «il a également été annoncé que le vice-président du parti serait Rafiq Habib, un intellectuel chrétien»(10).

Le jeune parti est en pleine croissance. Créé depuis moins de 4 mois, le Parti de la liberté et de la justice comprenait déjà près de 9000 membres dont plus de 10% était des femmes. Certains ont cependant peur que la distinction entre le politique et la religion ne soit pas faite au sein du parti, puisque 80% des 8000 membres fondateurs du PLJ sont des membres de la confrérie des Frères musulmans(11).

Sur le chemin de la victoire

Si pendant la période où Hosni Moubarak était au pouvoir il n'y avait qu'environ 10% de la population égyptienne qui se rendait aux urnes, on s'attend à ce qu'environ 40% de la population exerce son droit de vote lors des prochaines élections(12). Selon son chef, le PLJ peut espérer rafler près de la moitié des sièges lors des prochaines élections législatives(13). Par contre, le PLJ ne sera pas en mesure d'obtenir la majorité des sièges à l'Assemblée du peuple, lui qui ne présente des candidats que dans la moitié des circonscriptions. Ses dirigeants ont d'ailleurs décidé de ne pas présenter de candidat à la présidence(14).

Alors qu'il est en tête des sondages et semble former le parti le mieux organisé, le PLJ a décidé de présenter si peu de candidats dans un seul objectif : celui «de ne pas chercher à remporter la majorité pour laisser la place à une coopération avec les autres formations politiques»(15). Une stratégie qui semble porter fruits, car «selon un sondage réalisé par le Pew Research Center entre le 24 mars et le 7 avril, 75% des Égyptiens ont une opinion favorable ou très favorable des Frères»(16).

Est-ce que 2011 sera la bonne année en ce qui concerne l'émergence de la démocratie en Égypte? Rappelons que les Frères musulmans «ont décidé de boycotter le deuxième tour des élections de décembre 2010, dénonçant des fraudes massives et des violences au profit du puissant parti au pouvoir»(17). Il sera intéressant de voir si la révolution qui a mené à la dissolution du parti de Moubarak sera le tournant dans l'histoire politique de l'Égypte. Et si les Frères musulmans ne briguent pas encore la présidence, plusieurs voient un des leurs occuper cette position dans 5 ans.




Références:

1. BONIFACE Pascal, algerie-focus.com, Retour d'Égypte par Pascal Boniface, [en ligne], 16 juillet 2011, http://www.algerie-focus.com/2011/07/16/retour-deg... (page consultée le 24 septembre 2011).

2. allafrica.com, Egypte: Moubarak demission et remet le pouvoir à l'armée, [en ligne], 11 février 2011, http://fr.allafrica.com/stories/201102111070.html, (page consultée le 24 septembre 2011).

3. france24.com, Les élections législatives de septembre reportées, [en ligne], 13 juillet 2011http://www.france24.com/fr/20110713-elections-... (page consultée le 24 septembre 2011)

4. allafrica.com, Egypte: Premières élections législatives après le départ de Moubarak, [en ligne], 24 septembre 2011 http://fr.allafrica.com/stories/201109240224.html, (page consultée le 24 septembre 2011).

5. AFP Infos Mondiales, Égypte : une transition qui traîne en longueur. 20 septembre 2011

6. L'Est Républicain IG - France-Monde, L'ascension des Frères musulmans, vendredi, 15 juillet 2011, p. IG36

7. loc.cit.

8. jeuneafrique.com, Égypte : Les Frères musulmans annoncent la création d'un parti politique, [en ligne], 30 mai 2011, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20110430... (page consultée le 24 septembre 2011).

9. jeuneafrique.com, Égypte : Les Frères musulmans entrent en politique, [en ligne], 21 juin 2011, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2627p04... (page consultée le 25 septembre).

10. loc.cit.

11. loc.cit.

12. BONIFACE Pascal, op.cit.

13. jeuneafrique.com, Égypte : Les Frères musulmans annoncent la création d'un parti politique, [en ligne], 30 mai 2011, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20110430... (page consultée le 24 septembre 2011).

14. BONIFACE Pascal, op.cit.

15. rfi.fr, En Égypte, les Frères musulmans créent leur parti politique, [en ligne], 30 avril 2011, http://www.rfi.fr/moyen-orient/20110430-egypte-fre... (page consultée le 25 septembre 2011).

16. jeuneafrique.com, Égypte : Les Frères musulmans entrent en politique, [en ligne], 21 juin 2011, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2627p04... (page consultée le 25 septembre).

17. jeuneafrique.com, Égypte : Les Frères musulmans annoncent la création d'un parti politique, [en ligne], 30 mai 2011, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20110430... (page consultée le 24 septembre 2011).

Dernière modification: 2011-10-03 13:25:37

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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