Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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9 novembre 2010

Trois décennies de planning familial coercitif en Chine


Louis-Philippe Morneau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Le 25 septembre 2010, la Chine soulignait ses 30 ans de politique de l'enfant unique(1). Si ce n'était de cette politique nataliste, la Chine compterait 400 millions de personnes de plus aujourd'hui. Politique souvent contestée, elle doit faire face, encore après 30 ans, à de nombreux détracteurs.

Mise en place en raison des peurs d'un surpeuplement, elle s'inspirait des craintes formulées, deux siècles plus tôt, par Malthus dans son ouvrage « Essai sur le principe de population »(2). La pensée malthusienne demeure présente sur la scène internationale et la politique de l'enfant unique chinoise se veut une illustration d'un modèle à suivre de politique de contrôle démographique. Par contre, cette politique coercitive a aussi des répercussions néfastes sur la population chinoise.

Après 30 ans : les foyers chinois 4-2-1

Politique sans équivalent historique, instaurée en 1980, à contre-courant des quatre modernisations chinoises sous le nouveau régime de Deng Xiaoping, la politique de l'enfant unique chinoise est la seule au monde qui peut rendre illégale la naissance d'un enfant (3). Son objectif est de faire baisser le taux de fécondité.

Le communisme est profondément anti-malthusien en raison de la nature bourgeoise des idées de Malthus. Alors, au lendemain de la victoire, en 1949, le Parti communiste ne croit pas que la Chine peut être confrontée à un problème de surpopulation (4). Par contre, dès 1953, les grandes famines font réaliser aux autorités qu'une population aussi importante peut être problématique. Toutefois, la volonté chinoise de réduire les naissances est interrompue par les idées de grandeur de Mao Zedong, lors du « Grand bond en avant » et de la « Révolution culturelle ». La planification des naissances va revenir dans le discours politique avec le premier ministre Zhou Enlai en 1971. Dès la fin de 1974, des dispositifs coercitifs sont confiés aux unités de travail. Ils consistent en des dispositifs intra-utérins afin d'espacer les naissances, des stérilisations après un premier enfant et diverses pénalités administratives et financières.

La Chine tient pour responsable de son retard économique sa trop grande croissance démographique en 1979. En septembre 1980, la politique de l'enfant unique est publiée officiellement dans une lettre ouverte du Comité central (5). En février 1980, les objectifs chinois sont fixés à 1,2 milliard de personnes pour l'an 2000. Avec une population en 2010 de 1,3 milliard, les attentes du gouvernement sont comblées (6). La croissance démographique s'est fortement réduite et le taux de natalité est désormais comparable à celui des pays occidentaux.

À partir de 1984, les mesures d'exceptions sont mises en place afin de desserrer les mesures coercitives, de répondre aux déséquilibres et d'améliorer l'opinion favorable face à la politique nataliste (7). Selon certains critères, des familles sont autorisées à avoir deux enfants et, dans le cas des minorités ethniques, cela peut aller jusqu'à trois enfants.

Finalement, en 2002, émerge la loi sur le planning familial qui donne un cadre légal pour la première fois à la politique de l'enfant unique (8). Cette loi consiste surtout à justifier à la population le contrôle des naissances et à contrôler les dérives que certaines mesures coercitives ont pu engendrer.

L'application de la politique en milieu rural est plus complexe, car il y a une plus grande proximité avec les inspecteurs du Parti communiste. Il n'est pas rare que des familles se fassent stériliser deux fois, étant donné que la première stérilisation n'était réelle que sur papier (9). Désormais, les foyers chinois sont composés de manière 4-2-1, c'est-à-dire un enfant avec ses deux parents et ses quatre grands-parents (10). Le politique nataliste a aussi généré un enjeu de taille pour les années à venir, c'est-à-dire un vieillissement accéléré de sa population.

Société masculine dont les femmes paient cher le fait d'enfanter

Les femmes sont les plus grandes victimes de cette politique. Elles sont les premières visées lors d'une grossesse non planifiée et ce sont elles qui en font souvent les frais. Lors d'une grossesse non planifiée, et surtout lors d'une grossesse d'un deuxième enfant, les avortements sont souvent forcés sans quoi la naissance de l'enfant doit être cachée. Ces enfants sont contraints à devenir des individus fantômes ou leurs parents doivent payer des amendes importantes quand leur existence est découverte (11).

Durant les périodes où le gouvernement mène des campagnes afin d'atteindre des quotas de naissance, la santé des femmes devient secondaire (12). Des avortements sont faits de manière tardive, mettant la vie de ces femmes en danger et tuant des foetus pratiquement arrivés à terme. Des réseaux d'informateurs sont même mis en place par les cliniques médicales afin de dénoncer les grossesses illégales.

Beaucoup de familles chinoises privilégient la naissance d'un garçon à celle d'une fille. Cette tendance est moins prononcée en ville, car la tradition des ancêtres commence à s'estomper et l'avantage des parents à avoir un garçon plutôt qu'une fille n'est plus autant marqué (13). La pensée chinoise patrilinéaire, patriarcale et confucéenne considère l'homme supérieur à la femme. Ce culte de l'homme a engendré un important déséquilibre des genres (14). En 2005, il y avait 120 hommes pour 100 femmes, engendrant ainsi une forte population d'hommes célibataires. Cette situation fait de la Chine l'État le plus masculin du monde. Sur les 7 millions d'avortements pratiqués chaque année, plus de 70% sont des foetus féminins, malgré l'interdiction médicale de révéler le sexe de l'enfant depuis 1994 (15).

Discrimination positive chez les minorités ethniques

Les groupes ethniques en Chine sont nombreux : 56 sont dénombrés en comptant l'ethnie Han qui comprend la très grande majorité des Chinois. Les 55 autres minorités représentent 9% de la population totale, mais occupent 60% du territoire (16). L'unité nationale étant prioritaire, et comme les minorités ne représentent pas une large part du péril démographique, le gouvernement a mis en place des dispositions de discriminations positives à leur égard.

La résistance face à la politique nataliste a principalement lieu chez les populations rurales Hans, Mandchous et Zhuangs (17). Les Mandchous (9,8 millions) et les Zhuangs (15,8 millions) (18) sont les seules minorités qui ne bénéficient pas des exceptions sur le contrôle des naissances. Étant des minorités considérées comme assimilées à la majorité han, étant plus nombreuses et concentrées géographiquement, elles sont considérées au même titre que les Hans. N'ayant pas les mêmes droits, leur résistance face à la politique de l'enfant unique s'explique.

Par contre, d'autres minorités tels les Tibétains ont largement profité des dérogations, sur le contrôle des natalités, appliquées aux minorités. Avec plus de 21,08 % de la population tibétaine qui avait plus de 5 enfants en 1989, les mesures coercitives ont été moins largement utilisées (19). Cette ouverture a engendré une croissance rapide de la population tibétaine, mais les revendications nationalistes des tibétains ont engendré, en réaction, un resserrement des mesures coercitives. Bien des femmes tibétaines ont été stérilisées, ont subi des avortements forcés et paient des amendes salées, devenant à leur tour des victimes de la politique nataliste chinoise.

Le gouvernement chinois a lancé un recensement cette année dont les résultats devraient être annoncés à la fin 2011 (20). Ce recensement devrait pouvoir tracer un portrait de la proportion des enfants non enregistrés, du déséquilibre des genres, du vieillissement de la population et de la croissance démographique des minorités.




Références:

(1) AFP, « Trente ans de politique de l'enfant unique en Chine », Le Point, 23 septembre 2010, [En ligne], http://www.lepoint.fr/monde/trente-ans-de-politiqu... page consultée le 31 octobre 2010.

(2) MALTHUS, Robert (1798). « Essai sur le principe de population », Paris, Éditions Gonthier, 1963, 236 p.

(3) ROCHA DA SILVA, Pascal. La politique de l'enfant unique en République Populaire de Chine, Genève, Université de Genève, août 2006, 160 p.

(4) Loc. Cit.

(5) Loc. Cit.

(6) PopulationData.net. Chine, 28 mai 2010, [En ligne], http://www.populationdata.net/index2.php?option=pa... page consultée le 9 novembre 2010.

(7) SHAOU-WHEA DODGE, Patrick et SUTER, Elizabeth A.. « «It's Okay to Have a Girl»: Patronymy and China's One Child Policy », Women and Language, vol. 31, no. 1, 1er mars 2008, p. 13-22

(8) Loc. Cit.

(9) ROCHA DA SILVA, Pascal. Op. cit.

(10) AFP. Op. cit.

(11) ROCHA DA SILVA, Pascal. Op. cit.

(12) Loc. Cit.

(13) Loc. Cit.

(14) ATTANÉ, Isabelle. « Naître femme en Chine : une perspective démographique », Travail, genre et société, janvier 2010, no. 23, p. 35-59

(15) SHAOU-WHEA DODGE, Patrick et SUTER, Elizabeth A.. Op. cit.

(16) ROCHA DA SILVA, Pascal. Op. cit.

(17) Loc. Cit.

(18) YAN Hao. « Tibetan Population in China: Myth and Facts Re-examined », Asian Ethnicity, Vol. 1, No. 1, Mars 2000, p. 11- 36

(19) Loc. Cit.

(20) SAIGET, Robert. La Chine lance un recensement géant, La Presse, 31 octobre 2010, [En ligne], http://www.cyberpresse.ca/international/asie-ocean... page consultée le 2 novembre 2010.

Dernière modification: 2010-11-15 08:55:31

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