Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 janvier 2019

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

9 novembre 2010

Islande : la quintessence des crises économiques


Alexandre Milette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2016
Dévoilement des « Panama Papers »

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

septembre
1961
Début des travaux de l'Organisation de coopération et de développement économiques

juillet
1960
Élection d'une femme au poste de premier ministre du Ceylan (Sri Lanka)

avril
1949
Création de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord

En juillet 2007, l'éclatement des bulles spéculatives, c'est-à-dire la surévaluation de la valeur réelle d'une action, provoque un choc important dans le milieu économique. C'est le début de la crise économique actuelle. Celle-ci s'intensifie en 2008 avec la chute des bourses et la faillite de plusieurs banques. La crise économique, que certains surnomment la Grande Dépression du XXIe siècle, prend alors des proportions mondiales(1).

Un des pays les plus durement touchés par la crise économique depuis 2008 est l'Islande. Ce pays insulaire du Nord de l'Arctique est gravement touché par la chute des bourses. L'Islande a une population relativement faible, c'est-à-dire un peu plus de 300 000 habitants pour un territoire de 100 000km2. Cette île nordique se classait première dans le rapport de l'ONU en 2008 pour ce qui est de l'Indice de développement humain (IDH), la méthode pour mesurer le développement par l'ONU. Aujourd'hui, en 2010, l'Islande a dégringolé au 17e rang de ce classement(2).

L'État rachète les banques privées en faillite

La principale source de revenus de l'Islande est son marché financier. Les trois plus grandes banques de l'Islande gèrent l'équivalent de dix fois le PIB de l'île, soit près de 170 milliards de dollars. En 2008, ces mêmes trois banques importantes font faillite, soit : la banque Kaupthing, la banque Glitnir ainsi que la banque Landsbanki et sa filière Icesave. Parce que la banque centrale d'Islande ne possède pas assez d'argent pour répondre au besoin criant des banques qui font faillite, le gouvernement décide alors de les nationaliser(3).

En devenant propriétaire des banques, l'État islandais évite à tous les investisseurs des banques islandaises en faillite de perdre leur argent. De plus, pour éviter un désastre qui semble de plus en plus inévitable, la banque centrale de l'Islande met en place un taux de change fixe(4). Cela a pour objectif de faire cesser la chute de la valeur de la couronne islandaise. Toutefois, cette procédure mise en place pour tenter de contrer l'inflation monstre, équivalant à près de 15%, échoue au bout de quelques jours.

La couronne islandaise maltraitée sur les marchés

La monnaie islandaise perd alors presque 85% de sa valeur par rapport à l'euro. Cet écroulement titanesque s'explique par le fait qu'il y a 40% plus d'argent en circulation, pour un taux de croissance de 5%. Il y a donc un écart de 35% qui s'ajoute à la politique de taux de change fixe de la banque centrale. Voilà donc les principales raisons de la chute de la couronne islandaise(5).

Bref, la situation économique en Islande est délicate. Avec une dette nationalisée de 170 milliards de dollars, les Islandais se retrouvent tous endettés de 570 000$. Qu'adviendra-t-il de l'Islande et de la dette de l'État?

Intervention du FMI : l'Islande sur le bord du gouffre?

En 2008, le FMI accorde 2,1 milliards de dollars à l'Islande afin de l'aider à se relever après avoir nationalisé les dettes des grandes banques. Le FMI fait certaines recommandations à l'Islande pour régler le plus rapidement son problème. Voici ses suggestions : « couper dans les dépenses publiques, en particulier dans la santé et l'éducation, augmenter les impôts sur le travail et les taxes indirectes, et appliquer une politique monétaire restrictive (augmentation très forte des taux d'intérêts) »(6). Ces mesures sont peut-être efficaces à court terme, mais à long terme elles sont questionnables. Ces mesures sont utilisées par les pays du tiers monde depuis plusieurs années sans véritable succès. De plus, l'Islande aurait besoin de prêts de 4 milliards de dollars provenant d'autres pays, en plus des 2,1 milliards que le FMI lui prête(7).

La situation économique actuelle en Islande a de nombreuses conséquences. Il y a de nombreux licenciements dans plusieurs secteurs de l'économie, notamment dans les compagnies de transport aérien et les journaux. Le chômage s'élève à plus de 9%, les salaires sont coupés de 20%. Le FMI prévoit également une chute du PIB de l'ordre de 10% pour l'Islande en 2010(8).

Endetter une génération pour les erreurs du privé

Le 20 février dernier, les Islandais se sont prononcés sur un référendum qui a pour but de tâter le pouls de la population sur l'acquittement de la dette d'Icesave.

Icesave est une filiale de la banque Landsbanki qui opère au Royaume-Uni. Les avoirs d'Icesave sont maintenant gelés et les contribuables ne peuvent plus retirer leur argent. Considérant que Landsbanki a fait faillite, l'argent a été gelé. Toutefois, malgré le rachat de cette banque par le gouvernement islandais, la somme de 3,5 milliards de dollars reste toujours dormante. Le Royaume-Uni fait pression sur le gouvernement islandais pour que celui-ci rembourse les gens qui ont cotisé à cette banque. La Grande-Bretagne va même jusqu'à menacer d'imposer des sanctions économiques contre l'Islande(9).

Avec cette dette contractée du privé, le gouvernement n'est pas au bout de ses peines. En effet, le référendum du 20 février 2010 est rejeté à plus de 90% par la population. Le plan gouvernemental de remboursement prévoyait que chaque habitant, peu importe son âge, verse 100 euros par mois pendant huit ans pour s'acquitter de la dette d'Icesave. Une manifestation monstre a d'ailleurs eu lieu pour démontrer le désaccord populaire à devoir payer une dette qui est héritée des banques en faillite(10).

Bref, la situation économique de l'Islande est précaire. La dette publique Islandaise atteint de hauts sommets et la présence du FMI n'aide en rien à rassurer la population. Cette dernière est de plus en plus indignée de devoir payer pour les erreurs et le manque de jugement des compagnies privées. Hannes Gissurarson, ex-administrateur de la banque centrale islandaise, a écrit dans la tribune du Wall Street Journal sur la situation économique de l'Islande. Gissurarson y compare la dette d'Icesave à celle imposée à l'Allemagne après la Première Guerre mondiale. À titre de comparaison, cette dette imposée au peuple islandais est l'équivalent d'une dette de 4 000 milliards d'euros pour les États-Unis, toute proportion gardée(11).




Références:

(1) CHOSSUDOVSKY Michel, MARSHALL Andrew Gavin, The Global Economic Crisis. The Great Depression of the XXI Century, [en ligne], http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=20425 (Page consultée le 8 novembre 2010)

(2) Nations Unies, Indicateurs internationnaux de développement humain, [en ligne], http://hdrstats.undp.org/fr/pays/profiles/ISL.html (Page consultée le 8 novembre 2010)

(3) AFP, Crise ? L'Islande nationalise ses banques à marche forcée, [en ligne], http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom... (Page consultée le 8 novembre 2010)

(4) La Tribune, La banque centrale islandaise abandonne le taux de change fixe de sa monnaie, [en ligne], http://www.latribune.fr/actualites/economie/intern... (Page consultée le 8 novembre 2010)

(5) Idem.

(6) CHAVIGNÉ Jean-Jacques, le peuple islandais refuse de payer les frais de la crise financière, [en ligne], http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article2098 (Page consultée le 8 novembre 2010)

(7) Idem.

(8) Idem. <... Reuters, Islande ? Référendum le 20 février sur la faillite bancaire, [en ligne], http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom... (Page consultée le 8 novembre 2010)

(10) Idem.

(11) CHAVIGNÉ Jean-Jacques, Op. Cit.

Dernière modification: 2010-11-15 09:11:01

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

L'Islande : un leader en énergie renouvelable
>avril 2018


L'Islande : un modèle de parité des sexes
>janvier 2017


Législatives en Islande : des pirates entrent au Parlement!
>septembre 2013


Référendum constitutionnel en Islande : un mouvement de changement
>janvier 2013


Islande : la quintessence des crises économiques
>novembre 2010


L'Islande à l'Union européenne : les Islandais ne sont pas convaincus
>février 2009


Ólafur Ragnar Grímsson demeure président de l'Islande
>septembre 2008


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016