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9 novembre 2010

L'Algérie : le déclin de l'or noir


Olivier Paquette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2007
Attentats terroristes en Algérie

avril
2001
Début du « printemps noir » en Algérie

septembre
1999
Tenue d'un référendum sur la politique d'amnistie en Algérie

septembre
1998
Création du Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat en Algérie

novembre
1995
Élection de Liamine Zéroual à la présidence de l'Algérie

février
1995
Émeute dans la prison de Serkadji, en Algérie

février
1992
Proclamation de l'état d'urgence en Algérie

janvier
1992
Démission du président algérien Chadli Bendjedid

octobre
1988
Émeutes en Algérie

novembre
1982
Manifestation islamiste d'envergure en Algérie

avril
1980
Début du «printemps berbère» en Algérie

février
1979
Élection de Chadli Bendjedid à la présidence de l'Algérie

avril
1975
Visite en Algérie du président français Valéry Giscard d’Estaing

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

septembre
1973
Tenue d'une conférence des pays non-alignés à Alger

janvier
1971
Implantation d'une réforme agraire en Algérie

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1965
Renversement du président Ahmed Ben Bella en Algérie

octobre
1963
Déclenchement de la guerre des sables entre le Maroc et l'Algérie

En 1956, l'Algérie découvre l'existance du supergisement pétrolifère d'Hassi Messaoud, dans le Sahara, qui changea le cours de son histoire. Au lendemain de son indépendance vis-à-vis la France, en 1962, l'Algérie entreprend la construction d'un État moderne grâce à cette manne pétrolière. L'industrie reliée aux hydrocarbures prend alors une importance capitale au fil des ans alors que, de nos jours, l'exportation de cette ressource représente entre 97 % et 98% de toutes les exportations du pays, selon les différentes sources (1).

Cependant, les récentes études sont alarmantes puisque les réserves pétrolières sont en déclin. Elles vont même jusqu'à prédire l'épuisement total de la ressource d'ici environ 15 ans. L'Algérie doit alors faire face à ces prévisions et trouver différentes solutions qui vont permettre à son économie de minimiser un possible choc futur.

De la découverte à la nationalisation

Peu de temps après la découverte du pétrole, suivit l'indépendance algérienne en 1962. En 1965, l'Algérie est bouleversée par un coup d'État orchestré par Houari Boumédiène. À l'époque, ce dernier occupait le poste de vice-président et de ministre de la Défense du Conseil de la République. Autrefois chef d'état-major, M. Boumédiène obtient la fermeture de la dernière base militaire française en sol algérien en 1968. En 1971, il nationalise les hydrocarbures algériens au détriment des compagnies françaises(2). Le 24 février de la même année, le président prononce un discours annonçant la nationalisation des hydrocarbures et il affirme : « le moment est venu de prendre nos responsabilités ainsi avons-nous décidé de porter la révolution dans le secteur du pétrole (...) » (3). Les propos de Houari Boumédinène font probablement allusion à l'emprise des entreprises françaises qui sont encore très présentes en Algérie, à cette époque, lorsqu'il parle de prendre des responsabilités.

L'Algérie a joint l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, aussi connu sous l'acronyme OPEP, en 1969, soit neuf ans après la création de l'organisme. L'OPEP regroupe les plus gros exportateurs de pétrole comme l'Algérie. Bien que ce pays semble petit face à l'Arabie saoudite ou l'Irak, il n'en reste pas moins un important joueur sur la scène internationale. Le cartel de l'OPEP a pour but de prendre le contrôle du marché qui, dans les années 50, est contrôlé par les grandes compagnies pétrolifères mondiales. L'Algérie adhère donc au mouvement qui permet d'augmenter et de contrôler les prix, avec l'OPEP, du pétrole produit.

La Sonatrach a vu le jour en 1963. Elle est maintenant la plus grande compagnie algérienne, ainsi que le premier groupe d'Afrique et le 12e sur la scène internationale (4). Les exportations d'hydrocarbures étant aussi énormes, il va de soi que cette compagnie nationale soit d'une importance capitale. En occupant 98 % des exportations algériennes et en employant environ 50 000 personnes, il est possible de comprendre pourquoi certains la qualifient d'État dans l'État (5).

Bien qu'il soit difficile de chiffrer le nombre d'années de réserve de pétrole que l'Algérie possède, il est clair que ce combustible fossile n'est pas inépuisable. L'Algérie et la Sonatrach en sont conscientes et se doivent de trouver des solutions pour l'avenir à long terme de la compagnie, mais aussi de l'Algérie tout entier. Le pétrole étant une ressource stratégique pour différentes raisons, la fin de l'ère pétrolière en l'Algérie est un problème qui doit avoir une solution, et cette solution se trouve peut-être dans la découverte de grands gisements de gaz naturel.

Du pétrole au gaz : une éventuelle solution

Le prix du baril de pétrole connait des variations importantes depuis les dernières décennies. C'est cependant les crises pétrolières de 1973 et de 1979 qui ont fait grimper ce de façon significative, à un niveau jamais égalé à l'époque. Aujourd'hui, les cours du pétrole ont atteint des nouveaux sommets attribuables à l'augmentation fulgurante de la demande chinoise et indienne (6). Les économies mondiales ne nient en rien l'épuisement des ressources pétrolifères, sans oublier les mouvements de pression écologiques qui demandent des énergies plus propres. Le gaz naturel représente alors une alternative pour les différents pays qui en possèdent, et l'Algérie en fait partie.

L'Algérie, qui est un important producteur de pétrole, est aussi un des principaux pays exportateurs de gaz naturel. Le marché du pétrole étant instable et le gaz naturel étant considéré comme plus propre, la demande tend à augmenter. En effet, la demande pour le gaz naturel augmente entre 2,5% et 3% par année, contre 1,4% à 1,5% pour le pétrole (7). De plus, les estimations comparant le pétrole au gaz naturel évaluent que le gaz naturel représente 60% contre 40% pour le pétrole en termes de réserves, mais aussi de future production (8).

En 2001, on assiste à la création d'un forum qui regroupe les pays exportateurs de gaz à Téhéran, dans le but de coopérer sur le marché du gaz naturel. L'Algérie est présente à ce forum et, depuis, elle poursuit les rencontres qui se déroulent entre les principaux pays exportateurs de gaz. Quelques années plus tard, en 2006, on assiste à l'alliance entre « deux géants du gaz », soit la compagnie russe Gazprom et la première compagnie algérienne Sonatrach (9). Pour l'Europe, les entreprises Gazprom et Sonatrach représentent 36 % du marché, en 2006, et cette alliance est perçue comme les débuts d'un éventuel cartel sur le gaz naturel semblable au modèle de l'OPEP (10). D'ailleurs, en 2007, Vladimir Poutine juge « intéressante » l'idée de la création d'un cartel sur le gaz naturel (11). Lors d'une réunion de l'OPEP en 2010, à Vienne, l'organisation s'entend sur le maintien des quotas et par le fait même de la production. Cependant, l'Algérie appelle les pays producteurs de gaz à réduire l'offre en ajoutant l'idée d'un futur cartel du gaz (12).

L'avenir de l'Algérie et de ses hydrocarbures

La dépendance de l'économie algérienne aux énergies fossiles est aujourd'hui perçue comme une faiblesse (12). Avec des réserves qui s'épuisent, plusieurs spécialistes avancent l'hypothèse que l'Algérie deviendra même un pays importateur de pétrole dans les prochaines décennies. Il ne faut pas oublier que l'Algérie est membre de l'OPEP.

Mais l'Algérie n'est pas au bord du gouffre comme certains le prévoyaient, l'augmentation du marché du gaz naturel au sein des différentes énergies constituant une solution de choix pour la Sonatrach. La compagnie nationale algérienne doit alors se diriger vers l'exportation du gaz naturel, avec l'éventualité d'un cartel du gaz qui semble encore plus attrayante.

L'avenir de l'or noir algérien est donc précaire, mais une solution semble s'être imposée d'elle-même. Il reste cependant à voir quel sera le rôle de l'Algérie dans l'éventualité de la création d'un cartel du gaz naturel.




Références:

(1) LE FINANCIER, « Pétrole : L'avenir proche des Algériens est-il hypothéqué? », City DZ magazine, 30 octobre 2010, [En ligne], http://www.city-dz.com/petrole-l%E2%80%99avenir-pr... (page consultée le 1 novembre 2010).

(2) SALAMI, Youcef, « Nationnalisation, régime de partage de production et patriotisme économique-39 ans après, Sonatrach s'impose comme une compagnie stratégique », Allafrica.com, 24 février 2010, [En ligne], http://fr.allafrica.com/stories/201002240600.html, (Page consultée le 5 novembre 2010)

(3) TUQUOI, Jean Pierre, « Les illusions perdus de l'indépendance : La bataille des hydrocarbures », Le Monde, 1 juillet 2002, p. 16.

(4) MANDRAUD, Isabelle, « Ô pétrole ennemi! », Le Monde, 7 septembre 2010, p. 17.

(5) Ibid.

(6) THE DAILY STAR (Beyrouth), « La hausse du prix du pétrole est-elle bonne pour les Arabes ? », Courrier international, 26 août 2006, p.21

(7) LE MONDE, « Energie Une "OPEP du gaz" peut-elle peser sur le marché ? Nicolas Sarkis Centre arabe d'études pétrolières OUI », Le Monde, 17 avril 2007, p.4

(8) Ibid.

(9) GADHOUM, Feryel et HEUZÉ, Richard, « L'alliance entre Gazprom et Sonatrach trouble l'Europe », Le Figaro, 7 août 2006

(10) Ibid.

(11) CORRESPONDANTE MOSCOU, « Vladimir Poutine évoque la création d'un cartel du gaz », Le Monde, 3 février 2007, p.15.

(12) LE MONDE, « L'OPEP devrait maintenir sa production inchangée », Le Monde, 18 mars 2010, p. 15.

(13) BOUGHAZI, Smaïl, « Pétrole :-Le débat sur l'épuisement des ressources énergétique toujours vivace », Allafrica.com, 24 février 2010, [En ligne], http://fr.allafrica.com/stories/201002240027.html, (page consultée le 2 novembre 2010).

Dernière modification: 2011-02-28 10:36:09

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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