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11 octobre 2010

Tentative de coup d'État en Équateur


Edwin Moreno
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2016
Tremblement de terre en Équateur

novembre
1986
Fondation de la Confédération des nations indigènes de l'Équateur

mai
1981
Décès du président de l’Équateur, Jaime Roldos Aguilera

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

avril
1979
Élection de Jaime Roldos Aguilera à la présidence de l'Équateur

février
1972
Renversement du gouvernement de Jose Maria Velasco Ibarra en Équateur

mai
1969
Création du Pacte andin

juin
1968
Élections en Équateur

novembre
1961
Chute du gouvernement de José Maria Velasco Ibarra en Équateur

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

juin
1948
Élection de Galo Plaza Lasso à la présidence de l'Équateur

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

Le 30 septembre 2010, des centaines de policiers équatoriens se sont rebellés contre le gouvernement du président Rafael Correa. Les policiers ont fait des manifestations dans les principales rues de Quito, ainsi que dans les villes de Guayaquil (sud-ouest) et Cuenca (sud). Dans le cas de Quito, les policiers ont occupé le Congrès, et dans les autres villes les policiers ont occupé les commissariats. Les policiers et militaires rebelles protestaient contre l'approbation d'une loi supprimant certaines de leurs primes à l'ancienneté(1).

Forte réaction du président Correa

À 10 heures, le président Rafael Correa s'est présenté à la caserne du 1er Régiment de la police de Quito dans le but d'expliquer aux mutins le contenu exact de la loi. Le président Correa a assuré qu'il ne cédera pas dans un discours enflammé devant des dizaines de policiers ayant pris possession de la principale caserne de Quito : «Si vous voulez tuer le président, il est là, tuez-le si vous en avez envie (2)!» Après avoir été fortement bousculé à l'intérieur de la caserne, le président Correa n'a pu en ressortir. Il a été encerclé et blessé. Il a dû être hospitalisé à l'Hôpital métropolitain, situé juste à côté de la caserne de police. Des centaines de personnes se sont regroupées devant l'hôpital avec affiches et slogans anti-Correa, invitant les policiers soulevés à ne pas laisser sortir le président.

Au même moment, l'Assemblée nationale a été prise sous le contrôle de la Police nationale. Les policiers ont délogé les députés du Parti Alliance pays (Alianza Pais), le parti politique du président Correa, en autorisant la présence des députés de l'opposition. Aussi, la police a pris le contrôle des aéroports de Quito et Guyaquil, les seuls du pays d'où partent et arrivent les vols internationaux, empêchant ainsi le transit d'avions jusqu'au soir (3).

Quelques minutes après l'entrée du président Correa à l'hôpital, celui-ci a fait des déclarations à la radio publique. Il a dit se sentir séquestré et a dénoncé les actions de la police. Ces déclarations ont été renforcées par le président du Venezuela, Hugo Chavez, qui a affirmé que le président Correa l'a informé de sa séquestration lors d'une conversation téléphonique. Instantanément, les appels à se mobiliser en faveur du président ont circulé par SMS sur tous les téléphones mobiles de l'Équateur, invitant le peuple à converger vers le Palais Carondelet. Plusieurs milliers de personnes, militants ou non de l'Allianza Pais, ont commencé à se rassembler (4).

Sur le balcon principal du Palais Carondelet, plusieurs ministres du gouvernement ont invité les Équatoriens à appuyer le régime et défendre la démocratie et l'état de droit. Le ministre des Affaires étrangères Ricardo Patiño, principal dirigeant du parti gouvernemental, a appelé à libérer le président de l'Hôpital Métropolitain. Des milliers de sympathisants appuyant le président Correa se sont battus avec la police devant l'Hôpital métropolitain en demandant sa libération. Les sympathisants ont dû faire face à une nuée de gaz lacrymogène lancé par les policiers et ont répliqué à coups de jets de pierres.

L'armée équatorienne a manifesté son soutien au régime. Le gouvernement a annoncé l'état d'urgence pour que les militaires assurent le maintien de l'ordre. Malgré cela, les policiers mutinés ont poursuivi leurs actions de manière de plus en plus violente.

Libération du président

À 21 h, une opération militaire de sauvetage du président Correa a été mise sur pied afin de l'extraire de l'hôpital pour le ramener au Palais Carondelet. Des centaines de militaires ont été mobilisés dans les rues près de l'hôpital. Les manifestants appuyant le président Correaont ont reçu les militaires avec des applaudissements. Les policiers ont répondu à cette visite avec du gaz lacrymogène et des coups de feu. Les soldats ont répliqué en ouvrant le feu. La révolte et les échanges de tirs ont duré 45 minutes avant que les Groupes des Opérations spéciales (GOE) parviennent à libérer le président Correa.

La tentative de coup d'État en Équateur a laissé un panorama dévastateur dans les rues de la capitale équatorienne : des voitures incendiées et des millions de dollars perdus à cause des destructions commises par les manifestants anti-Correa. Cette situation a aussi laissé deux morts et 37 blessés, selon la Croix-Rouge qui avait annoncé auparavant 50 autres blessés lors de heurts entre policiers mutins et partisans du président. Cinquante-huit personnes ont été capturées et accusées de participer à la tentative du coup d'État (6). Selon le président Correa, cette journée a été la plus triste de sa vie (7).

Un large appui international

Les États-Unis ont exprimé leur « soutien total » au président équatorien, tandis que l'Union européenne apportait son appui aux « institutions démocratiquement élues »(5). Le président Hugo Chavez du Venezuela a donné son appui au président Correa. Le ministre des Affaires étrangères du Brésil, Celso Amorim, a communiqué avec son homologue équatorien, Ricardo Patiño, pour lui donner un appui total en ce moment de crise. D'autre part, l'Argentine, le Pérou, le Chili et l'Espagne ont aussi donné leur appui au gouvernement du président Rafael Correa. De plus, l'Organisation des États américains (OEA) a donné un appui total au président Correa.

Cet appui a été suivi par celui de l'Union des nations sud-américaines (Unasur). Les pays membres de l'Unasur ont signé une lettre en réfutant la tentative de coup d'État en Équateur. Cet accord a aussi stipulé que, dans le cas où le président Correa devrait quitter la présidence par la voie d'un coup d'État, les pays membres d'Unasur vont retirer tout appui au nouveau gouvernement en mettant fin à toute relation, soit commerciale, économique, diplomatique ou politique. Les pays limitrophes vont également fermer leurs frontières avec l'Équateur (8).




Références:

1. L'EXPRESS, fr, Le président équatorien se dit victime d'une "tentative de coup d'Etat", Mis à jour le 01 octobre 2010, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/le... (page consultée le 10 octobre 2010)

2. Ibid.

3. La Tribune, fr, Tentative avortée de coup d'État en Équateur, Mis à jour le 01 octobre2010,http://www.latribune.fr/actualites/eco... (page consultée le 10 octobre 2010)

4. LEMONDE, FR, Tentative de coup d'Etat en Equateur, Mis à jour le 01 octobre 2010, http://www.lemonde.fr/ameriques/portfolio/2010/10/... (page consultée le 10 octobre 2010)

5. Ibid.

6. Cyberpresse, «Coup d'État» en Équateur: 46 policiers interpellés, Mis à jour le 06 octobre 2010, http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-l... (page consultée le 10 octobre 2010)

7. Ibid.

8. Caracol Radio, Gobiernos del mundo manifiestan su respaldo al presidente Rafael Correa, Mis à jour le 30 septembre 2010, http://www.caracol.com.co/nota.aspx?id=1365367 (page consultée le 10 octobre 2010)

Dernière modification: 2010-10-19 08:01:48

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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