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21 septembre 2010

Sommet du G20 à Toronto : rencontre coûteuse pour peu de résultats


Kevin Tear
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Les 26 et 27 juin 2010, au Palais des congrès du Toronto métropolitain, prenait place l'un des plus attendus et surveillés sommets politico-économiques : celui du groupe des 20. L'utilité de cette rencontre réunissant chefs d'État, ministres et personnalités influentes du monde des affaires, fut contestée et chaudement critiquée par les médias, à cause de résultats quasi absents.

L'économie d'abord, l'économie ensuite!

La rencontre du G20 à Toronto avait pour buts premiers de contrer les effets dépressionnaires de la dernière crise économique et de trouver des moyens de rétablir la croissance des marchés. Elle visait notamment à adopter des mesures qui favoriseraient la reprise économique et réduiraient les déficits publics(1). Dans un second temps, le forum visait à améliorer le dialogue entre la première puissance mondiale, les États-Unis, et l'Union européenne, qui connait actuellement un ralentissement important de sa croissance économique(2). Les pays développés ont pour leur part avancé la nécessité de réduire les déficits d'ici 2013 et les dettes publiques d'ici 2016(3).

Aucun principe nouveau n'a été discuté. On a tout de moins réaffirmé le besoin de surveiller de près les institutions financières mondiales(4). Par ailleurs, au terme des 45 heures de discussions, des accords ont été conclus relativement à une réglementation plus stricte et une supervision accrue des banques, de même qu'une évaluation internationale des risques présents dans chaque système financier national(5).

À la suite des résultats pour le moins mitigés du forum torontois de 2010, qui aurait coûté 40 fois plus que le précédent à Londres (1,2 milliard versus 30 millions), plusieurs organismes et associations de protection des droits de l'homme ont fait entendre leur mécontentement(6). En plus de protester contre le coût record de ce sommet, ces derniers ont désapprouvé le comportement des 20 000 policiers déployés sur les lieux, et réclamé une enquête indépendante pour rendre compte des évènements(7). Certains quotidiens ont aussi mentionné le manque d'intérêt pour des sujets comme l'environnement, alors que les discussions ne portaient que sur la santé de l'économie internationale(8).

Souvent critiqué, le G20 remplit-il le rôle qui lui est demandé?

En comparaison avec le G8, qui se veut un sommet entre les dirigeants des pays les plus développés, le G20 se distingue par l'inclusion en son sein de pays émergents. Cela a pour effet de mieux représenter les différents acteurs économiques sur la scène internationale et d'encourager la collaboration entre les pays riches du Nord et les pays pauvres du Sud. En effet, le G20 est aujourd'hui, selon certains, la principale tribune de la coopération économique internationale(9). Comme le souligne l'ambassadeur français Pierre Duquesne : « Certes, la légitimité économique du groupe semble aller de soi puisqu'il représente 90% du PIB mondial(10).» En revanche, malgré le fait que le G20 soit d'abord un forum politique, Duquesne croit que sa légitimité politique présente une faiblesse; celle de ne pas suffisamment représenter les pays pauvres. De plus, le caractère informel du groupe l'empêche d'être une véritable instance de régulation(11). Le fondateur du club progressiste, Terra Nova, Olivier Fernand, abonde dans la même direction : « Les chances d'assister à une refonte du système monétaire international et à une intense coopération dans le domaine des taux de change sont minimes. Du moins, tant qu'il n'y aura pas un arbitre reconnu internationalement(12).»

Le G20 fut créé en 1999, à l'initiative du ministre des Finances canadien, Paul Martin, afin de répondre aux problèmes causés par la crise financière asiatique de 1997(13). M. Duquesne explique son origine par deux éléments : « Le sentiment que la coopération économique est toujours plus facile que la coopération politique et surtout l'existence du Conseil de sécurité, censé avoir compétence exclusive et une méthode adéquate de fonctionnement pour traiter des crises diplomatico-militaires(14).»

Le groupe des 20 réunit officiellement 19 pays ainsi que l'Union européenne qui, par l'intermédiaire d'hommes politique et de banquiers, concluent des accords nationaux et internationaux afin de supporter le développement économique mondial. La coopération et le libéralisme économique sont des principes importants du G20 qui se retrouvent d'ailleurs à l'article 35 de la Déclaration du Sommet de Toronto : « À l'heure où la crise économique mondiale faisait chuter le commerce dans un creux jamais atteint en plus de soixante-dix ans, les pays du G-20 ont choisi de laisser les marchés ouverts aux opportunités qu'offrent le commerce et les investissements. Ils ont vu juste (15).»

Notons que le G20 ne possède aucune autorité supranationale légitime et que, par conséquent, ses recommandations demeurent des suggestions. On peut prendre l'exemple de la légitimation de la taxe sur les banques demandée par plusieurs pays d'Europe qui n'est pas devenue obligatoire puisque d'autres États, en l'occurrence le Canada et le Japon, s'y opposaient(16). Pour l'instant, les espoirs se tournent vers la prochaine rencontre qui se déroulera en Corée du Sud, puisque celle de Toronto est plus ou moins, selon certains, un « forum de transition » vers celle de Séoul(17).




Références:

(1) T. CHALUMEAU et C. SCHALBERT. Sommet de Toronto : les limites du modèle « G20 », Terra Nova, 23 juin 2010, [En ligne], http://www.tnova.fr/index.php/partenaires/1350.html, 18 septembre 2010.

(2) La Tribune.fr. « Un G20 sans résultat concret : les points clés du communiqué final », 28 juin 2010.

(3) Agence France Presse. « G20 : Une déclaration finale très consensuelle », Le point.fr, 28 juin 2010.

(4) Gouvernement du Canada. Résultat du Sommet, 31 août 2010, [En ligne], http://canadainternational.gc.ca/g20/summit-sommet... 19 septembre 2010.

(5) M. VIGNAUD, « Un G20 pour (presque) rien », Le point.fr, 28 juin 2010.

(6) L. HIRTZMANN, « Polémique sur le coût exorbitant du G20 à Toronto », Le Figaro, 25 juin 2010.

(7) Agence France Presse, « Canada: le travail des policiers durement critiqué au lendemain du G20 », Le point.fr, 29 juin 2010.

(8) M. VIGNAUD, op.cit.

(9) Gouvernement du Canada, op.cit.

(10) P. DUQUESNE, L'impossible équation de la gouvernance mondiale, Politique étrangère, I.F.R.I., janvier 2010, p. 148.

(11) Ibid, p. 149.

(12) O. FERRAND, « Pour un nouveau consensus économique », Les Échos, 20 septembre 2010.

(13) S.K. AOUL, Du G 10 au G 20 ; Une fiche d'information sur les principaux groupes ?uvrant en marge des grandes institutions économiques internationales, Montréal, Université du Québec à Montréal, Octobre 2000, Manuscrit (16 p.).

(14) P. DUQUESNE, op.cit. p. 139.

(15) Déclaration du Sommet du G-20 à Toronto, art. 35.

(16) Agence Reuters, « Des accords de façade au G20 », Le point.fr, 28 juin 2010.

(17) M. VIGNAUD, op.cit.

Dernière modification: 2010-10-19 08:18:18

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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