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14 septembre 2010

Noriega : un dictateur panaméen paie pour ses crimes du passé


Kevin Tear
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
1989
Intervention militaire des États-Unis à Panama

juillet
1981
Décès du leader panaméen Omar Torrijos

septembre
1977
Signature d'une entente à Washington sur le canal de Panama

octobre
1968
Renversement du président panaméen Arnulfo Arias

janvier
1964
Émeutes à Panama

juillet
1963
Création de l'École militaire des Amériques

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

janvier
1955
Assassinat du président panaméen José Antonio Remón

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Le 7 juillet 2010, la Chambre correctionnelle de Paris annonçait le verdict dans le procès de Manuel Noriega. Ancien dictateur, chef des forces armées et, de facto, de l'État panaméen de 1984 à 1990, ce dernier fut reconnu coupable de blanchiment d'argent en lien avec le trafic de drogue (1).

Après plusieurs démêlés avec la justice, Noriega reste à l'ombre

Jusqu'en 1989, Noriega, grâce au pouvoir coercitif de la force militaire qu'il contrôle, dirige le pouvoir politique puisqu'il peut le manipuler à sa guise (2). En effet, Noriega fut reconnu coupable d'être impliqué dans les meurtres de deux de ses opposants politiques, soit Hugo Spadafora, en 1985, et Moises Giroldi, en 1989 (3). C'est à ce moment (15 décembre 1989) que, profitant habilement des sanctions américaines pour faire naître un sentiment nationaliste et antiaméricain, Noriega se déclare chef d'un gouvernement fantoche et annonce « l'état de guerre » contre le gouvernement du président George Bush père.

À la suite de l'opération « Juste Cause » de 1989, orchestrée par le gouvernement américain sur le territoire du Panama, l'armée nationale est dissoute et Noriega livré aux tribunaux américains pour se faire traduire en justice. David Garibay, maître de conférences en science politique à l'université de Lyon-II-Lumière, rapporte que l'invasion était justifiée par Washington comme : « un recours à la force légitime contre un régime oppresseur qui viole les lois internationales (4) ». Le général est extradé dans l'État de la Floride en 1990 pour y subir son procès. Il se conclura deux ans plus tard par une peine de 40 ans de prison ferme (réduite à 17 pour bonne conduite), pour banditisme, trafic de cocaïne et blanchiment d'argent (5).

Rappelons que les activités illicites de Noriega lui avaient mis les États-Unis à dos au cours des années 1980 (6). La relation entre le dictateur et la Maison blanche se détériorait également depuis quelques années alors que ce dernier soutenait, en pleine guerre froide, certains pays ennemis des États-Unis (7).

La sortie de prison de Noriega, prévue pour 2007, sera repoussée à plus tard à cause d'une demande d'extradition de la France, puis de son pays natal (8). Dernièrement, soit le 7 juillet 2010, Manuel Noriega écopait d'une nouvelle peine de sept ans de prison ainsi que d'une amende de plusieurs millions d'Euros pour divers crimes (9).

Un procès prédéterminé

Ce procès très médiatisé a fait couler beaucoup d'encre. D'un coté, on retrouvait l'État français qui reprochait à Noriega d'avoir blanchi sur son territoire, grâce à la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), 2,3 millions d'euros provenant de cartels de la drogue. De l'autre, Manuel Noriega, qui affirmait que la provenance de ses fonds était légitime (héritage familial, versements de la CIA). De plus, ce dernier remettait en doute la crédibilité des déclarations des témoins du gouvernement américain qu'il estimait corrompus (10). Les avocats de Noriega, Me Leberquier et Me Metzner, affirmaient que leur client, en plus d'être un prisonnier de guerre, devait être jugé en sol panaméen à cause de la prescription des faits et de la protection que lui confère son statut d'ancien chef d'État (11).

Pour l'association marseillaise COMAGUER (comprendre et agir contre la guerre), la plupart des médias n'accordent guère d'importance à la défense de Noriega : « pour les uns, Noriega travaillait pour le cartel de Cali, pour d'autres, pour son rival, celui de Medellin. Peu importe puisqu'il s'agit de « noircir » l'homme qui « blanchit » (12) ». Aujourd'hui âgé de 76 ans, Noriega purgera les sept prochaines années de sa vie, mais serait éligible à une libération en 2011 (13).




Références:

(1) COMAGUER, Procès de Manuel Noriega en France : Premier verdict, Le Grand Soir, 12 juillet 2010, [En ligne], http://www.legrandsoir.info/Proces-de-Manuel-Norie... 12 septembre 2010.

(2) Ibid.

(3) Nouvel Observateur, Manuel Noriega bientôt extradé vers la France, 26 juin 2008, [En ligne], http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/200... (page consultée le 11 septembre 2010).

(4) Ibid.

(5) Services rédactionnels de l'Encyclopaedia Universalis. « NORIEGA MANUEL ANTONIO (entre 1933 et 1938-) », Encyclopaedia Universalis, [En ligne], http://www.universalis-edu.com.ezproxy.usherbrooke... consultée le 11 septembre 2010).

(6) D. GARIBAY, « Panama; Le Panama sous l'influence de Manuel Noriega », Encyclopaedia Universalis, [En ligne], http://www.universalis-edu.com.ezproxy.usherbrooke... (page consultée le 11 septembre 2010).

(7) C. MONIQUET. Histoire de l'espionnage mondial, France, Éditions du Félin, 2002, 549 p.

(8) P. PANARAGUA. « Paris et Panama réclament l'extradition de Noriega », Le Monde, 25 août 2007.

(9) A. PITROPIA. « Sept ans de prison pour Noriega, la défense dénonce un jugement politique », L'express.fr, 7 juillet 2010

(10) Agence France Presse. « Début du procès de Manuel Noriega, jugé à Paris pour blanchiment », Le Monde, 28 juin 2010.

(11) Agence Reuters. « L'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega est arrivé en France », Le Monde, 26 avril 2010.

(12) Ibid.

(13) A. PITROPIA, op. cit.

Dernière modification: 2010-09-20 09:37:57

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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