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29 mars 2010

Défaite historique de la sociale démocratie allemande: Le SPD changera t-il ses alliances ?


Thibault Partula
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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juin
1994
Tenue d'élections au Parlement européen

Le 27 septembre 2009, tandis qu'Angela Merkel célébrait son second mandat en tant que Chancelière allemande, son ancien allié, le Parti social démocrate allemand (SPD), enregistrait la pire défaite électorale de son histoire.

Issu des mouvements socialistes du XIXe siècle, le SPD est l'un des partis historiques du pays. Il fut le seul à refuser de voter les pleins pouvoirs aux nazis en 1933 et il deviendra, au début des années soixante-dix, la première force politique de la République fédérale d'Allemagne (RFA). Se revendiquant du peuple allemand dans toute sa diversité, son électorat s'étend du centre à la gauche.

Depuis une dizaine d'années le SPD est en chute libre. Longtemps dirigé par le populaire maire de Berlin, Willy Brandt (1964-1987), le parti est relativement instable depuis son départ (8 présidents différents en vingt ans). Parallèlement à cela, son électorat semble traverser une grave crise de confiance. Comme en atteste le scrutin de 2009, le SPD enregistre sa pire défaite tandis que son électorat se partage entre abstentionnistes et partisans de Die linke. Au total, c'est 11 points en moins vis-à-vis de son score de 2005 et près de 10 millions d'électeurs perdus depuis l'arrivée de Gerhard Schröder, en 1998.

Schröder abandonne l'économie sociale et sa base électorale

Les réformes économiques et les transformations idéologiques apportées par le Chancelier Gerhard Schröder ont contribué à couper le parti de sa base ouvrière. Issu de l'aile droite du SPD, Schröder a toujours été en rupture avec l'appareil du parti qu'il jugeait trop à gauche. En tant que dirigeant du Länder de Basse Saxe, qui était actionnaire de l'entreprise Volkswagen, il intégra le conseil d'administration de cette entreprise (1). Ses relations dans les milieux d'affaires, et son habitude de poser vêtu de cachemire un cigare à la bouche, lui vaudront le surnom de « camarade des patrons » (2). En 1998, il prit la tête du Parti social démocrate et présenta le programme le plus libéral de son histoire « Agenda 2010 » (3).

Ce programme avait pour but d'adapter une économie allemande particulièrement portée sur les exportations, aux besoins de la mondialisation. Le chancelier entreprit donc une rupture avec la tradition économique allemande. En 1925, lors du congrès de Bad Godesberg (dont le programme resta inchangé jusqu'en 1989 avec la chute du mur de Berlin), le SPD abandonna la doctrine révolutionnaire marxiste et les nationalisations pour le concept d'économie sociale. Cette doctrine économique caractérisait l'État providence allemand. Elle s'ancra profondément dans la culture du pays, comme en témoigne le fait que la chef de l'Union chrétienne démocrate (CDU), Angela Merkel, s'en revendique (4).

L'agenda 2010, qui permit à l'Allemagne de voir son taux de croissance augmenter (5), nécessitait cependant de réduire le coût du travail. Gerhard Schröder entama donc de profondes réformes de l'Etat providence et une politique de modération des salaires. Cela eut pour conséquence d'accroître la pauvreté des couches les plus défavorisées et d'effriter la classe moyenne (6), deux des principales composantes de l'électorat SPD.

Une quête identitaire qui permet le retour de l'extrême gauche

En 1999, un clash survint entre les deux hommes forts du gouvernement Schröder. Le ministre fédéral des Finances, Oskar Lafontaine, était en désaccord avec la politique du Chancelier. Il quitta le gouvernement et le SPD, pour rejoindre l'Alternative électorale travail et justice sociale (WASG), d'anciens membres du SPD proches du Parti du socialisme démocratique (PDS).

En tant qu'hériter de l'ancien Parti communiste de la République démocratique d'Allemagne (RDA), le PDS de Lothar Bisky était essentiellement ancré dans les Lander de l'Est. En 2005, la WASG et le PDS parviennent à un accord de non concurrence pour les élections fédérales. La liste d'union, nommée Die linke PDS, remporte 8,7% des voix et 54 sièges. Les partis de gauche, le SPD, les Verts et Die Linke, étaient majoritaires en nombre de sièges. Cependant, Schröder refusa une telle coalition. Die linke était très mal vu à l'Ouest et considéré comme un parti purement contestataire et populiste. Le SPD préféra une alliance avec la CDU.

Le PDS et la WASG décidèrent en 2007 de transformer leur accord électoral en un seul et même parti, Die linke. Ils parvinrent ainsi à s'implanter progressivement a l'Ouest. Pour la première fois, l'ancien PDS entra dans les parlements régionaux de Basse-Saxe, Hesse, Hambourg, Brême et Sarre. Des résultats qui se confirmèrent aux élections fédérales de 2009 avec 12,2% de vote. Die linke s'ancra dans le paysage politique en devançant les Verts, présents depuis trente ans. En 2009, le SPD ne contrôlait plus que cinq Lander, contre onze en 1998.

Fort de la popularité de l'ancien ministre Oskar Lafontaine, Die Linke a capté une partie des déçus de la politique de Schröder. Pour autant, à l'heure actuelle, il est loin de constituer une menace réelle pour le leadership du SPD. Composé d'environ 76 000 militants, alors que le SPD en compte 500 000, Die linke n'est majoritaire dans aucun Lander de l'Ouest. L'Allemagne, qui a connu les dictatures nazie et soviétique, est de plus méfiante envers les partis trop portés sur les questions idéologiques.

Le SPD soigne sa défaite et interroge ses alliances

Les résultats de Die Linke reposent néanmoins la question des alliances. Le système proportionnel allemand empêchant toute majorité absolue, aucun parti ne peut arriver seul au pouvoir. Jusqu'à l'entrée des Verts, en 1983, le SPD était la seule force de gauche du Parlement. Il était alors contraint de s'allier avec les libéraux ou la CDU lors de la Grande Coalition. Aujourd'hui doté de deux partenaires potentiels, la question des alliances se trouve transformée et se pose comme l'enjeu central de sa reconstruction.

Au mois de novembre, le SPD a tenu son congrès et renouvelé entièrement sa direction. Le président sortant, Franz Müntefering (7), avait annoncé ne pas se représenter. C'est finalement Sigmar Gabriel qui a été élu. Héritier du Lander de Schröder, ce pragmatique est parvenu à la présidence grâce à une alliance entre l'aile gauche et le centre du parti. Celui qui avait déclaré souhaiter « un aiguisement du profil social » s'est entouré d'Andrea Nahles (8) et de Klaus Wowereit (9), deux personnalités connues pour leur sympathie à l'égard de Die Linke.

Le Parti social démocrate semble donc vouloir réviser ses alliances et mener une politique plus sociale. Cependant, si des contacts existent entre le SPD et Die linke, le départ d'Oskar Lafontaine a suscité des rancoeurs et certains sujets tels que la politique économique ou les relations extérieures risquent de freiner une éventuelle alliance fédérale.




Références:

(1) LE BLOGAUTO, « Du changement en vu chez Volkswagen » http://www.leblogauto.com/2009/10/changement-vue-c... consulté le 01/04/10

(2) Versieux Nathalie « A terre, le SPD penche a gauche », LE MONDE , archive numéro du 29/09/09 p6, consulté le 24/03/10

(3) IFRI, http://www.ifri.org/files/NoteCerfa9.pdf, consulté le 24/03/10

(4) AGENCE BREAKING VIEWS, Breakingviews.com, consulté le 24/03/10

(5) Versieux Nathalie, op.cit

(6) LE DEVOIR, « Allemagne - Une grande coalition pour un pays unifié? » 08/10/05 http://www.ledevoir.com/non-classe/92199/allemagne... consulté le 24/3/10

(7) BUNDESTAG http://www.bundestag.de/bundestag/abgeordnete/bio/... ,consulté le 24/03/10

(8) LE FIGARO, « Après la défaite, les têtes tombent au SPD » archives, numéro du 30/09/09, consulté le 24/03/10

(9) loc.cit

Autres références

-LE MONDE, Bruno Odent « Après la débâcle, le SPD au bord du chaos » archives, numéro 29/09/09, consulté le 24/03/10

-LES ECHOES, « Le SPD se cherche un positionnement face à la gauche radicale » archives, numéro du 30/09/09, consulté le 24/03/10

-ENCYCLOPEDIE UNIVERSALIS, GROSSER Alfred «ALLEMAGNE Politique et économie depuis 1949 - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification », consulté le 24/03/10

-MÉNUDIER Henri, «GERHARD SCHRÖDER » consulté le 24/03/10

-Die Linke, http://die-linke.de/politik/international/english_pages/, consulté le 24/03/10

-TAGESSCHAU,"Die Linke ? keine Gefahrdung fur die Verfassung", 16/01/08 http://www.tagesschau.de/inland/linkeverfassungsschutz2.htm, consulté le 24/03/10

Dernière modification: 2010-04-05 08:43:55

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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