Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

12 décembre 2018

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22 March 2010

Opération Eagle Claw : l'échec américain


Mathieu Rheault
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

À la suite des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York, les États-Unis identifièrent leur « axe du mal » et catégorisèrent l'Iran comme étant un État voyou. La suspicion de la plus grande économie du monde envers ce pays du Moyen-Orient ne date cependant pas de cet épisode. Plusieurs évènements conflictuels ont ponctué les relations américano-iraniennes, dont la prise d'otages de diplomates américains à Téhéran le 4 novembre 1979 et l'échec de leur libération le 24 avril 1980. Ce dernier évènement traumatisa littéralement la classe politique et l'opinion publique américaine. Pour comprendre cette période de tension entre les États-Unis et l'Iran, retraçons le contexte entourant cette tentative échouée de libération.

La révolution islamique et la prise d'otages

Ayant des aspirations nationalistes et une animosité envers l'Occident et les États-Unis, la population iranienne poussa en janvier 1979 la dictature de Mohammad Rêza Pahlavi, le Chah, à fuir l'Iran (1). Ce vide politique permit à l'ayatollah Ruholla Khomeiny de prendre la tête de l'État et de faire déferler dans tout le pays une révolution islamique. Après presque un an de gouvernance, Khomeiny annonça publiquement, le 1er novembre 1979, que les États-Unis et Israël sont des ennemis de l'islam et que tous les croyants musulmans devraient faire tout ce qu'ils peuvent pour les contrer (2).

Trois jours plus tard, des étudiants répondirent à cet appel et prirent d'assaut l'ambassade américaine à Téhéran. Cinquante-trois diplomates y furent retenus après que quelques personnes soient libérées (les femmes, les afro-américains et un malade). En échange de la libération des otages, les étudiants réclamaient que le Chah soit remis aux autorités iraniennes pour être jugé, ce dernier étant entré aux États-Unis pour recevoir des soins médicaux (3).

Le choix de Jimmy Carter

Refusant de livrer son ancien allié à l'Iran, le Président démocrate des États-Unis, Jimmy Carter, sentit tout de même le besoin d'agir. Plusieurs scénarios se présentèrent à lui : attaque militaire contre l'Iran, blocus naval, envoi de militaires pour aller chercher les otages par la force et repartir, etc (4). Finalement, le Président américain choisit d'abord d'imposer unilatéralement des sanctions économiques contre l'Iran, notamment en cessant d'importer son pétrole (5). Ensuite, Carter tenta de régler la situation par voie de négociation avec l'ayatollah Khomeiny, mais en vain (6).

Voyant l'échec de la stratégie mise de l'avant jusqu'à maintenant et l'élection présidentielle arriver dans quelques mois, le Président tenta une nouvelle initiative pour libérer les otages prisonniers à l'ambassade à Téhéran. Celui-ci donna son accord à l'armée américaine pour l'envoi d'une équipe secrète chargée de les récupérer (7). Sachant que ce type d'opération risquait de coûter la vie à des soldats et peut-être même à des diplomates américains, le chef d'État des États-Unis était tout de même prêt à prendre davantage de risques pour que la crise en cours se termine rapidement (8).

Une opération ratée

C'est le 15 avril 1980 que Jimmy Carter donna le feu vert pour effectuer la mission de sauvetage (9). Ses conseillers militaires lui suggérèrent de la lancer le plus tôt possible afin d'éviter que les régulières tempêtes de sable d'été en Iran viennent compliquer les procédures (10). L'armée américaine donnera le nom Eagle Claw (la serre de l'aigle) à cette mission qui devait ramener aux États-Unis les diplomates pris à Téhéran. Le Président choisit le 24 avril 1980 pour déclencher cette opération (11).

Mais lors cette journée, les militaires furent dans l'obligation d'abandonner les procédures en cours de mission en raison des tempêtes de sable non détectées par les satellites américains (12). Eagle Claw tourna au drame lorsque, durant un processus de ravitaillement, un hélicoptère fit une mauvaise manoeuvre et accrocha un avion C-130. Une explosion s'en est suivie : elle fit 8 morts. Certains analystes militaires avancèrent par la suite que l'inexpérience du météorologue américain assigné à cette opération et le fait que les militaires n'avaient jamais travaillé ensemble étaient les causes de l'échec de Eagle Claw (13).

Les durs lendemains

Le lendemain de l'opération ratée, Jimmy Carter avoua tristement à la télévision que son administration avait orchestré une opération pour libérer les otages américains à Téhéran, mais que celle-ci avait échoué (14). Quelques jours plus tard, le Secrétaire d'État de Carter, Cyrus R. Vance, démissionna pour protester contre la tenue de cette opération qu'il jugeait d'ailleurs trop risquée depuis le début (15). Carter créa, à la suite de l'échec de la mission, une commission pour enquêter sur l'évènement. Cette commission critiqua le manque de centralisation dans la planification de l'opération, l'absence d'un exercice avant la mission et recommanda de former des unités militaires anti-terroristes interarmées (16).

À la suite d'Eagle Claw, le Président américain poursuivit les sanctions économiques et les négociations pour libérer les otages, mais rien ne fonctionna. Il demanda également aux pays alliés d'accroître leur pression sur l'Iran (17). Une autre opération secrète de libération fut aussi préparée pour être effectuée pendant l'été 1980, mais celle-ci ne fut pas lancée. En effet, apprenant des leçons de la mission de sauvetage d'avril 1980, les Iraniens dispersèrent les otages américains dans le pays pour décourager Washington de tenter de les libérer (18).

Malgré la mort du Chah en juillet 1980 et la guerre entre l'Iran et l'Irak qui débuta en septembre 1980, les diplomates des États-Unis continuèrent à être détenus (19). Deux mois plus tard, en novembre, le Président Carter perdit l'élection présidentielle au profit du républicain Ronald Reagan (20). Il fallut attendre le 20 janvier 1981 avant que les otages puissent être libérés, et ce, après la médiation du ministre des Affaires étrangères algérien Mohamed Seddik Benyahia (21). Cette libération se fit le même jour que l'assermentation du nouveau Président américain. En tout, les diplomates furent détenus 444 jours (22).

L'humiliation: la cause d'une défaite

Certains facteurs déterminants causèrent la défaite des démocrates à l'élection présidentielle de 1979. Selon certains analystes politiques des États-Unis, le fait que l'opinion publique américaine soit devenue de plus en plus frustrée au fil du temps envers Jimmy Carter, à cause de sa gestion de la crise des otages, fait partie de ces facteurs. Ce dernier se devait d'assurer la libération des diplomates s'il voulait espérer obtenir un second mandat (23).

Que cette analyse soit juste ou non, il est assurée que la société américaine fut humiliée par l'opération ratée Eagle Claw (24). Cette humiliation renforça, et on en voit encore les conséquences aujourd'hui aux États-Unis, le désir de l'opinion publique à tenir un ton dur envers l'Iran.




Références:

(1) CHAUTARD, Sophie. L'Iran face au monde, Paris, Groupe Studyrama, 2006, Collection Perspectives, p.33-34.

(2) ISAACSON, Ryan. « National Interest vs. Re-election: Analyzing Carter's Decision to Use Military Force in Iran », 2009, http://sobek.colorado.edu/~isaacson/Site/Research_... (Page consultée le 15 mars 2010).

(3) TATU, Michel. « Les 60 ans du "monde" 36 - 1980 Le fiasco de la libération des otages américains à Téhéran », Le Monde, Paris, 23 novembre 2004, p. 24.

(4) COGAN, Charles G. « Desert One and its disorders », The Journal of the Military History, Vol. 67, No. 1, janvier 2003, p. 201 -216, http://muse.jhu.edu/journals/journal_of_military_h... (Page consultée le 15 mars 2010).

(5) BORDELEAU, Stéphane et Marc-Antoine MÉNARD. « Histoire moderne de l'Iran », Radio-Canada.ca, 3 octobre 2007, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/international... (Page consultée le 15 mars 2010).

(6) TATU, Michel. op. cit.

(7) ISAACSON, Ryan. op. cit.

(8) Loc. cit.

(9) Loc. cit.

(10) BENSON, Joseph T. « Weather and the Wreckage at Desert-One », Air and Space Power Journal, 21 février 2007, http://www.airpower.maxwell.af.mil/airchronicles/c... (Page consultée le 15 mars 2010).

(11) TATU, Michel. op. cit.

(12) BENSON, Joseph T. op. cit.

(13) Loc. cit.

(14) TATU, Michel. op. cit.

(15) COGAN, Charles G. op. cit.

(16) KOSKINAS, Gianni. « Desert One et le commandement des opérations spéciales de l'Armée de l'Air », Air and Space Power Journal, 1 novembre 2006, http://www.airpower.maxwell.af.mil/apjinternationa... (Page consultée le 15 mars 2006). COGAN, Charles G. op. cit.

(17) TIME. « Storm over the Alliance», Time, 28 avril 1980, http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,9... (Page consultée le 19 mars 2010).

(18) COGAN, Charles G. op. cit.

(19) BORDELEAU, Stéphane et Marc-Antoine MÉNARD. op. cit

(20) LEMAY, Daniel. « Plans et désastres », La Presse, Montréal, 6 octobre 2001, p. B5.

(21) BORDELEAU, Stéphane et Marc-Antoine MÉNARD. op. cit.

(22) Loc. cit.

(23) ISAACSON, Ryan. op. cit.

(24) TATU, Michel. op. cit.

Dernière modification: 2010-03-29 08:29:30

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