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22 mars 2010

La Namibie : pays de la Swapo et des inégalités persistantes


Fikreta Esmic
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
1990
Proclamation d'indépendance de la Namibie

La République de Namibie est un pays semi-désertique et peu connu de l'Afrique australe qui a accédé à l'indépendance, il y a vingt ans. Elle est bordée par l'océan Atlantique, l'Afrique du Sud, le Botswana et l'Angola (1). Ayant connu une histoire empreinte de crises et de contraintes, cet État n'est toujours pas sorti du fléau des écarts de richesse entre les Blancs, plus riches, et les Noirs, majoritairement pauvres. Cette inégalité est flagrante, malgré le fait que la Namibie possède d'immenses richesses, qu'elles soient minières ou halieutiques.

Une histoire caractérisée par des difficultés

L'État de la Namibie fut d'abord colonisé par les Allemands, à partir de 1878, et fut appelé le Sud-ouest africain. Les tensions étaient vives entre le peuple des Herero et les colonisateurs allemands. Après la Première Guerre mondiale, c'est-à-dire en 1919, le traité de Versailles força les Allemands à délaisser le Sud-ouest africain. Ainsi, en 1920, la Société des Nations (SDN), qui est l'ancêtre des Nations unies (ONU), plaça la Namibie sous la tutelle de l'Afrique du Sud. Cette dernière voyait la Namibie comme sa « cinquième province ». Elle l'assujettit à un régime autoritaire et tenta même d'y faire appliquer sa politique d'apartheid, après la Deuxième Guerre mondiale (2).

À partir de 1958, les Ovambo, un des peuples de la Namibie, créèrent le Congrès du peuple Ovambo (OPC). Il deviendra l'Organisation du peuple du Sud-ouest africain (Swapo), dirigée par Samuel Daniel Shafiishuna Nujoma et soutenue par Cuba et l'Union soviétique. La Swapo luttait pour l'indépendance de la Namibie, appelée ainsi à partir de 1968. Elle se battit jusqu'en 1988 (signature des accords de Brazzaville pour l'indépendance de la Namibie) contre l'Afrique du Sud qui ne voulait pas perdre un territoire qu'elle considérait comme le sien. En novembre 1989, l'ONU tint les premières élections en Namibie et la Swapo obtint 57,5% des votes. L'année suivante, le 21 mars 1990, Namibie devint indépendante (3).

Un grand pays riche, mais où les inégalités persistent

Cette ancienne colonie allemande a une superficie de plus de 824,790 km2 et une population de 2,1 millions d'habitants (2008) qui est loin de couvrir tout son territoire considéré comme semi-désertique. La langue officielle est l'anglais, cependant d'autres langues sont aussi parlées (oshivambo, afrikaans, nama/damara, allemand). Les inégalités et la pauvreté sont une grande problématique dans cet État de l'Afrique australe qui a comme capitale Windhoek. Son PIB est de 8 milliards de dollars (2008) et l'économie de la Namibie est en grande partie dépendante de l'Afrique du Sud, du climat ainsi que de la variation du prix mondial des ressources naturelles (4).

Parmi les principales richesses de la Namibie, on compte les mines de diamants, d'or, d'argent et d'uranium. On peut aussi ajouter l'élevage et la pêche comme ressources économiques du pays (5). Aussi, les terres agricoles sont en majorité occupées par des Blancs. Les données révèlent qu'environ 3 800 cultivateurs, presque tous blancs, détiennent la grande partie des terres. De plus, de graves problématiques comme l'inflation, le chômage ainsi que la pandémie de sida, qui touche 22% de la population, sont d'actualité dans cet État (6).

La Swapo : parti favori des Namibiens depuis toujours

Les premières élections en Namibie ont eu lieu en 1989. Ce furent des élections de l'Assemblée constituante (72 membres), devenue l'Assemblée nationale le jour de l'indépendance (21 mars 1990). En tout, dix partis politiques, comptant environ 720 candidats, ont participé à ces élections historiques (96% de participation). Comme prévu, c'est la Swapo, parti indépendantiste et de gauche de Sam Nujoma, qui est arrivée première avec 41 sièges à l'Assemblée nationale. Ces 41 sièges ne constituaient pas les deux tiers nécessaires pour que le parti de Nujoma puisse écrire la Constitution seul. L'Alliance démocratique de la Turnhalle (DTA), qui est supportée par l'ancien tuteur de la Namibie, l'Afrique du Sud, est arrivée deuxième et a participé à la mise en oeuvre de la Constitution du pays. Le premier président de la République indépendante fut Sam Nujoma (7).

Après ces premières élections, Sam Nujoma fut élu en 1990, en 1994 et en 1999, jusqu'à 2005. Par rapport à la Constitution du pays, le président ne pouvait faire plus de deux mandats, mais Nujoma a fait voter une réforme constitutionnelle, en 1999, qui rendit cela possible. Le long règne de Sam Nujoma est venu à sa fin en 2005, lorsqu'un autre candidat de la Swapo, Hifikepunye Pohamba, a été élu nouveau président (8). Par contre, Nujoma est resté le chef du parti jusqu'en 2007, année où Pohamba en a pris les guides (9).

Plus récemment, les quatrièmes élections en Namibie depuis l'indépendance ont eu lieu en novembre 2009. Le peuple de ce pays de l'Afrique australe devait choisir les 72 députés de l'Assemblée nationale ainsi que son nouveau président. Quelque 14 partis se sont présentés à ces élections et les Namibiens avaient le choix entre 12 candidats pour leur futur président (10). Les élections législatives et présidentielle du 27 et 28 novembre 2009 n'ont pas donné des résultats très surprenants. En effet, Hifikepunye Pohamba (Swapo) a été réélu président de la République avec 76,4% des voix et le parti Swapo a été réélu avec 75,3% des voix.

L'opposition officielle est le parti du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP) de Hidipo Hamutenya, l'ex-ministre des Affaires étrangères, qui a eu 11,3% des voix. Pour la présidentielle, M. Hamutenya a reçu, quant à lui, 11% des votes des Namibiens. Le RDP a été formé par Hidipo Hamutenya en 2007, après que ce dernier ait brigué sans succès le poste de président de la Swapo (11).

Plusieurs partis d'opposition se sont plaints de tromperies lors de ces élections, contrairement à ce que prétendent les observateurs de l'Union africaine (UA) et ceux de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). La SADC a qualifié les élections de 2009 de « transparentes, crédibles, paisibles, libres et régulières » (12). Il faut dire que la SWAPO a entaché quelque peu sa réputation à cause de quelques affaires de corruption, mais les électeurs ont tout de même décidé de lui faire confiance une fois de plus (13).

Le principal défi de la Swapo est de faire face aux inégalités qui subsistent au coeur du pays depuis de très nombreuses années et sur lesquelles l'apartheid a eu une influence négative (14). Aussi, avec la crise économique qui frappe, la Swapo doit redoubler d'efforts pour continuer d'exporter ses ressources minières qui sont la principale richesse de la République de Namibie (15).

Les richesses sont nombreuses dans cette ex-province sud-africaine, mais des écarts persistent tout de même. Par contre, la démocratie connaît un vif succès dans cette République indépendante depuis 1990 qui représente un modèle pour la plupart des pays africains (16). La Swapo, quant à elle, a remporté toutes les élections depuis les 20 ans d'existence de la Namibie en tant qu'État souverain. Désormais, la question est de savoir si dans les prochaines années le peuple namibien va opter pour une autre voie que celle de la Swapo qui est au pouvoir depuis déjà très longtemps.




Références:

(1) UNIVERSITÉ LAVAL. Namibie, Le 18 mai 2009, http://www.tlfq.ulaval.ca/ axl/ afrique/namibie.htm, (Page consultée le 22 mars 2010).

(2) loc.cit.

(3) loc.... Présentation de la Namibie, Le 22 mai 2009, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_83... (Page consultée le 22 mars 2010).

(5) JEUNE AFRIQUE. Fiche signalétique, Le 28 novembre 2008, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAEAF_08_p2... (Page consultée le 22 mars 2010).

(6) JEUNE AFRIQUE. « Pluralisme et inégalités », Le 28 novembre 2008, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAEAF_08_p2... (Page consultée le 22 mars 2010).

(7) UNION INTERPARLEMENTAIRE. Namibie, élections tenues en 1989, 1989, http://195.65.105.150/parline-f/reports/arc/1225_89.htm, (Page consultée le 22 mars 2010).

(8) UNIVERSITÉ LAVAL. op.cit.

(9) JEUNE AFRIQUE. Fiche signalétique, op.cit.

(10) JEUNE AFRIQUE. « Namibie : coup d'envoi des élections générales », Le 27 novembre 2009, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20091127... (Page consultée le 22 mars 2010).

(11) JEUNE AFRIQUE. « Namibie : Pohamba réelu avec plus de 75% des suffrages », Le 5 décembre 2009, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20091204... (Page consultée le 22 mars 2010).

(12) UNION INTERPARLEMENTAIRE. Namibie, dernières élections, 2010, http://195.65.105.150/parline-f/reports/1225_E.htm, (Page consultée le 22 mars 2010).

(13) loc.cit.

(14) JEUNE AFRIQUE. « Pluralisme et inégalités », op.cit.

(15) UNION INTERPARLEMENTAIRE. Namibie, dernières élections, op.cit.

(16) EMANGONGO, Pierre. « Namibie : Processus démocratique - Des élections présidentielle et législatives dans la sérénité », allAfrica.com, Le 28 novembre 2009, http://fr.allafrica.com/stories/200911300512.html, (Page consultée le 22 mars 2010).

Dernière modification: 2010-03-29 08:03:20

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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