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25 février 2010

La politique en Jordanie : Une histoire de famille ?


Samuel Forget Lord
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
1999
Décès du roi Hussein de Jordanie

novembre
1988
Proclamation de la création d'un État palestinien

septembre
1970
Signature de l'accord du Caire sur le conflit en Jordanie

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

janvier
1964
Voyage du pape Paul VI au Moyen-Orient

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

juillet
1951
Assassinat du roi Abdallah de Jordanie

avril
1950
Annexion de la Cisjordanie et proclamation du Royaume hachémite de Jordanie

mai
1946
Proclamation d'indépendance de la Transjordanie

La Jordanie a toujours été une monarchie. Depuis 1999, c'est le fils de l'ancien roi Hussein, le roi Abdallah II, qui est à la tête de l'État (1). Le système politique du pays est marqué par une certaine succession familiale. On peut même remarquer un legs familial au niveau du gouvernent « démocratique » du pays. En effet, le 14 décembre 2009, Samir Rifai s'est installé, avec ses membres qu'il a lui-même choisis, au cabinet des ministres, ce qui fait donc de lui le premier ministre de la Jordanie comme l'ont été son père et son grand-père (2).

Une démocratie déficiente

Il s'agit du septième gouvernement depuis l'arrivée d'Abdallah II au pouvoir. Le roi a d'ailleurs utilisé ses pouvoirs constitutionnels pour dissoudre le dernier gouvernement et mettre celui de Samir Rifai en place (3). L'utilisation de ces pouvoirs constitutionnels par le roi a alimenté une certaine controverse dans ce pays où la démocratie n'est pas totalement établie. Le père de Samir, Zaid Rifai, a dû lui aussi démissionner de son poste de président du Sénat et se retirer de la vie politique après 52 ans de service (4).

Le dernier gouvernement avait des problèmes avec les finances publiques. Le pays a eu un déficit de 1,256 milliards de dollars américains pour les dix premiers mois de l'année 2009, en partie parce que l'aide humanitaire reçue a diminué de 78% par rapport à 2008 (5). Le premier ministre sortant, Nader Dahabi, a notamment donné pour raison de sa démission qu'il n'était pas capable de mettre en place des élections pour mars 2010, la date limite qu'il s'était lui-même fixé (6). L'inefficacité de son gouvernement et la révélation de certains cas de corruption ont également fait l'objet de nombreuses critiques (7).

Une équipe préparée au défi

Samir Rifai a été ministre de la cour de 2003 à 2005. En 2005, il est devenu un conseiller pour le roi. Cette même année, il a aussi quitté la politique pour travailler dans le milieu des affaires. Depuis son accession au poste de premier ministre, M. Rifai a cependant laissé cette carrière et toutes ses autres occupations afin de se consacrer à son nouveau poste (8). Il a voulu prendre le temps de former son gouvernement après sa désignation comme premier ministre par le roi. Il a formé un gouvernement de 28 ministres, autant que le précèdent. Il a conservé 13 ministres de l'administration précédente, dont les ministres de l'Intérieur, des Affaires étrangères et de l'Information (9).

La nomination de Rifai était inattendue. Le roi Abdallah II l'a, entre autres, nommé pour moderniser les politiques économiques du pays afin de réduire le chômage et la pauvreté (10). Le roi a notamment montré sa confiance envers M. Rifai en déclarant : « We want a government that works in confidence and transparency, as one team united in serving the public without weakness, slowness, or fear of making decisions » (11).

Les défis du nouveau gouvernement s'annoncent de taille. Le processus de démocratisation de la politique, qui a débuté 20 ans auparavant, est très important. Le système financier et le système d'éducation doivent notamment être améliorés (12). Une décentralisation du pouvoir politique vers les régions sera aussi essentielle et M. Rifai doit absolument préparer des élections pour l'automne 2010. L'ancien premier ministre lui en a d'ailleurs déjà fait part (13).

L'image d'une succession familiale dans la démocratie jordanienne indispose quelque peu la population jordanienne. Mais au-delà de ces mécontentements, le gouvernement de Samir Rifai offre certaines perspectives d'avenir. D'ailleurs, plusieurs analystes affirment que le nouveau gouvernement en place est crédible. Selon eux, l'équipe de Rifai peut se montrer harmonieuse, compétente, sérieuse et implanter des plans de réforme au roi (14). Il sera intéressant de voir comment le nouveau gouvernement pourra gérer cette situation.




Références:

1. AFP. « Jordanie: le Premier ministre désigné Samir Rifaï a formé son gouvernement », France 24, 14 décembre 2009, L'Actualité Internationale

2. Auteur inconnu. « Who is Samir Rifai? », Al-Ahram Weekly, No. 977, 17 décembre 2009

3. HALABY, Jamal. « Jordan's king appoints confidant as prime minister-designate after Cabinet resigns », The Canadian Press, 9 décembre 2009, International News

4. JORDAN NEWS AGENCY. « Senate President tenders resignation to King », 12 décembre 2009, http://www.petra.gov.jo/Artical.aspx?Lng=1&... (Page consultée le 22 février 2010)

5. LE QUOTIDIEN DU PEUPLE EN LIGNE. « Jordanie : le roi nomme son nouveau Premier ministre », 10 décembre 2009, http://french.peopledaily.com.cn/Internatio... (Page consultée le 22 février 2010)

6. HALABY, Jamal. Op. cit.

7. AGENCIES. « Samir Rifai named new Jordan prime minister », arab news, 10 décembre 2009

8. Auteur inconnu. Op. cit.

9. AFP. op. cit.

10. AGENCIES. Op. cit.

11. HALABY, Jamal. Op. cit.

12. MURAD, Nermeen. « Governance and democracy », The Jordan Times, 14 décembre 2009

13. HALABY, Jamal. Op. cit.

14. Auteur inconnu. « Who is...», Op. cit.

Dernière modification: 2010-03-01 09:37:45

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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