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25 février 2010

«Tea Party Movement» aux États-Unis : Obama n'est pas leur tasse de thé!


Louis-Alexandre Kirouac
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

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2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Le phénomène «Tea Party» n'existe que depuis un an, mais déjà il suscite l'attention et devient de plus en plus imposant. Il ne s'agit pas d'un groupe ou d'une organisation homogène, mais bien d'un mouvement qui rassemble, à travers plusieurs associations, des citoyens mécontents de la politique bipartite actuelle et du gouvernement de Barack Obama. En effet, le système américain force le Tea Party à devoir rentrer dans un moule, soit le rouge, soit le bleu. Or le mouvement, majoritairement composé de républicains déçus même s'il affirme être non partisan, dénonce la lâcheté de certains membres républicains et la perte des véritables valeurs conservatrices (1).

L'ire des «tea partiers» est également provoquée par l'expansion du gouvernement Obama qui, en créant de nouvelles taxes et en augmentant les dépenses publiques, fait obstacle à leur conception de la liberté individuelle qui est garantie par le 1er amendement de la Constitution américaine. Pour le mouvement Tea Party, un bon gouvernement doit être très limité dans ses actions et ne doit pas tenter de régler des problèmes sociaux avec une législation complexe (2).

Les origines du mouvement

Le mouvement tient son origine d'une vidéo du journaliste Rick Santelli, diffusée sur YouTube. Celui-ci dénonçait le plan d'action d'Obama et lançait à la blague l'idée d'organiser un Tea Party à Chicago pour manifester contre la levée d'impôts (3). La vidéo a connu un succès immédiat et a contribué à la formation de plusieurs groupes opposés aux projets de l'administration Obama, qui sont considérés comme socialistes. Le mouvement s'est consolidé avec une Convention qui s'est déroulée au début de février 2010, et qui a réussi à recevoir l'appui de personnalités publiques comme Sarah Palin, l'ex-colistière du candidat présidentiel républicain John McCain.

L'expression «Tea Party» est une référence directe à l'histoire des patriotes américains qui, à Boston en 1773, avaient déversé la cargaison de bateaux britanniques remplis de thé. Il s'agit d'un évènement fondateur de la lutte contre l'impérialisme britannique, qui mènera quelques années plus tard à l'indépendance. Même le slogan qui était brandi à l'époque, «no taxation without representation», peut être repris dans le contexte actuel, car le mouvement Tea Party dénonce les taxes gouvernementales et le fait qu'il ne se sent pas représenté au gouvernement, plus particulièrement par le Parti républicain.

Un navire sans capitaine

Personne ne revendique le titre de chef du mouvement, mais certains affirment que la personne qui se rapprocherait le plus du gouvernail serait Sarah Palin (4). Cependant, personne n'est aux commandes, ce qui met en évidence la dimension hétérogène du mouvement. Ainsi, certains groupes affirment toujours qu'Obama n'est pas Américain et d'autres dénoncent les politiques d'immigration massive (5).

Il est toutefois possible de distinguer trois catégories au sein du mouvement, chacune ayant sa saveur particulière. La première rejette la philosophie progressiste à l'origine des programmes sociaux, la seconde perçoit un complot entre Wall Street et le gouvernement pour profiter de l'argent des citoyens, et la troisième souhaite un gouvernement plus représentatif de la volonté populaire et non de la volonté partisane (6). Malgré quelques dissensions sur certains sujets précis, le mouvement est cependant unifié en ce qui concerne les taxes et la place que doit occuper le gouvernement.

Des allures de mutinerie

Le mouvement Tea Party pousse le Parti républicain à se réformer et à recadrer ses idéaux dans ses facettes les plus conservatrices. Le Parti républicain a donc le choix de profiter de l'intérêt populaire du mouvement pour gagner des votes et envisager de reprendre le contrôle du Sénat, mais il peut également perdre le vote des républicains du centre et des électeurs vacillants. Personne ne sait si le mouvement sera favorable ou non au Parti républicain aux élections de mi-mandat. Pourtant, coïncidence inouïe dans l'État où a eu lieu le Boston Tea Party de 1773, c'est un républicain qui, en janvier 2010, a pris la place du défunt démocrate Ted Kennedy au Massachusetts. Scott Brown prend ainsi un siège au Sénat qui est réchauffé depuis 1952 par le Parti démocrate (7).

Cette victoire républicaine annonce donc des élections de mi-mandat très serrées et l'influence du Tea Party n'y est pas pour rien. Le mouvement agit comme un «whip» au sein du Parti républicain. Il ne supporte que les républicains les plus conservateurs et ceux qui cautionnent l'idée qu'il doit y avoir moins de taxes et moins de gouvernement. Le seul hic demeure le fait que le mouvement n'existait pas à l'époque où George W. Bush dépensait les fonds publics dans des guerres qui ont terriblement endetté les États-Unis. Les membres sont conscients qu'ils ne peuvent blâmer uniquement Obama ou le Sénat majoritairement démocrate, mais ils affirment que ces derniers continuent d'endetter le pays aux dépens des libertés individuelles (8).

Le phénomène Tea Party est à la mode : bien que 42% de la population n'en ait jamais entendu parler ou ne sache pas quoi en penser, le tiers des Américains se disent favorables au mouvement (9). Il faut souligner que le mouvement exprime un niveau de patriotisme extrême dont les sources proviennent des pères fondateurs, ce qui touche facilement le coeur des Américains. Reste à voir si l'infusion du mouvement dans le Parti républicain sera juste à point ou si elle aura un goût amer.




Références:

(1) KOHUT, Andrews, Inviting Centrists to the Tea Party, [en ligne], 1er février 2010, http://pewresearch.org/pubs/1482/tea-party-movemen... (page consultée le 18 février 2010)

(2)DREHLE, David Von, Why the Tea Party Movement Matters, [en ligne], 18 février 2010, http://www.time.com/time/politics/article/0,8599,1... (page consultée le 18 février 2010)

(3) HÉTU, Richard, L'an 1 du mouvement Tea Party, [en ligne], 6 février 2010, http://www.cyberpresse.ca/international/correspond... (page consultée le 18 février 2010)

(4) ZERNIKE, Kate, Le Tea Party met de l'eau dans son vin, [en ligne], 10 février 2010, http://www.courrierinternational.com/article/2010/... (page consultée le 18 février 2010)

(5) PEW RESEARCH CENTER FOR THE PEOPLE & THE PRESS, Midterm Election Challenges for Both Parties, [en ligne], 12 février 2010, http://pewresearch.org/pubs/1489/survey-midterm-el... (page consultée le 18 février 2010)

(6)DREHLE, David Von, Op cit.

(7) MALCOLM, Andrew, Republican Scott Brown's upset of Martha Coakley in Massachusetts' historic Senate election, [en ligne], 19 janvier 2010, http://latimesblogs.latimes.com/washington/2010/01... (page consultée le 18 février 2010)

(8) HERITAGE FOUNDATION, Tea Party Talking Points: Don't Borrow, Spend, and Tax Away Our Future, [en ligne], 3 avril 2009, http://www.heritage.org/Press/FactSheet/fs0024.cfm (page consultée le 18 février 2010)

(9) THE ECONOMIST, The tea-party convention : Scenes from a counter-revolution, [en ligne], 11 février 2010, http://www.economist.com/world/united-states/displ... (page consultée le 18 février 2010)

Dernière modification: 2010-03-01 08:29:03

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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