Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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17 January 2010

Les Yes Men s'opposent


Vincent Lussier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2018
Légalisation du cannabis au Canada

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October
2008
Réélection au Canada du Parti conservateur de Stephen Harper

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November
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Réélection au Canada du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney

September
1987
Ouverture du deuxième Sommet de la Francophonie

Les Yes Men sont un groupe voué à la dénonciation des dérives commerciales, sociales et environnementales. Comme ceux-ci l'écrivent sur leur site internet, leur méthode consiste à « personnaliser les grands criminels (big-time criminals) afin de les humilier publiquement »(1). Ils sont le fer de lance de cette méthode aussi connue sous l'expression anglophone d'«identity correction».

Sensibiliser par la correction d'images

Le groupe est né de l'association de ses deux membres fondateurs, Jacques Servin et Igor Vamos. Ces deux Américains se sont rencontrés après que leurs actions respectives aient attiré mutuellement leur attention et celle de la presse nationale américaine. Jacque Servin fut connu en 1996 après avoir inséré des animations homosexuelles dans le jeu SimCopter de la compagnie Maxis qui l'employait à ce moment(2). Igor Vanos attira l'attention des grands médias américains à la suite d'une opération consistant à interchanger les systèmes vocaux de poupées Barbie et de figurines GI Joe(3). À la suite de la création du groupe, Servin et Vamos ont adopté de nouveaux noms, respectivement Andy Bichlbaum et Mike Bonanno.

Bien que la collaboration entre les deux individus remonte à 1996, leur première action d'éclat en tant que regroupement date de 1999. Ils créèrent alors un site internet dressant un portrait peu positif du futur président George W. Bush. Leur site attira l'attention générale des médias après avoir suscité l'ire du candidat républicain. Interrogé sur l'impact de ce site sur sa campagne, le futur président Bush déclara : « Il devrait y avoir des limites à la liberté (there should be limits to freedom) »(4).

En 2004, le groupe força la compagnie Dow Chemical à démentir une indemnisation de 12 milliards de dollars aux victimes d'un déversement survenu 20 ans plus tôt. Personnifiant un porte-parole de la compagnie, Servin avait annoncé plus tôt l'indemnisation sur les ondes de la BBC, en accord avec l'information mise en ligne sur leur faux site de Dow Chemical(5).

Les coups médiatiques du groupe sont nombreux. Leur modus operandi a fait ses preuves. Ainsi, la création d'un site web leur donne par la suite la crédibilité nécessaire pour prendre la parole lors de conférences et devant les médias. À preuve, leur faux site se faisant passer pour celui de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) les a amenés à participer à des conférences, notamment en Autriche, en Finlande, aux États-Unis et en Australie(6).

Diplomé en Lettres de l'Université de l'État de la Louisiane en 1992, Jacques Servin habite aujourd'hui Paris, où il poursuit son travail d'écrivain ainsi que de programmeur informatique. Igor Vamos, maitre en art de l'Université de Californie, est aujourd'hui professeur-assistant au Rensselear Technological Institute de New York. Tous deux continuent de travailler sur les projets des Yes Men.

Les Yes Men à Copenhague

Le 15 décembre 2009, lors de la conférence sur les changements climatiques tenue à Copenhague, les Yes Men se sont attaqués à la position canadienne sur la gestion des gaz à effet de serre (GES) en proposant la leur. Ainsi, pendant quelques heures, les objectifs du Canada sont passés d'une réduction des émissions de GES de 20 % d'ici 2020, par rapport à 2006, à une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici 2020, par rapport au niveau de 1990(7).

Le canular dont fut victime le gouvernement canadien était particulièrement élaboré. Il reposait sur des communiqués publiés sur un site web quasi-identique à celui du ministère de l'Environnement canadien, un compte du site de réseautage Twitter attribué faussement au ministre de l'Environnement Jim Prentice, un faux article de l'édition européenne du Wall Street Journal, ainsi qu'un enregistrement vidéo de félicitations du gouvernement ougandais à l'endroit de l'annonce canadienne(8).

Le gouvernement canadien a d'abord réagi en dénonçant les affirmations. Dans le chaos ayant suivi l'annonce, le porte-parole du bureau du premier ministre canadien a accusé un environnementaliste québécois, Steven Guilbeault, d'être à l'origine du canular. Ce n'est qu'après la revendication de celui-ci par les Yes Men que le porte-parole canadien a du nuancer ses propos sans toutefois présenter d'excuses(9).

Les Yes Men assument définitivement leur rôle de vigile de la rectitude identitaire des gouvernements et des compagnies privées. Tenant à présent le Canada dans leur tableau de chasse, seuls leurs membres savent où ils frapperont ensuite.




Références:

(1) http://theyesmen.org, site officiel, Consulté le 18 janvier 2010

(2) BOYLD, Lani, « The Yes Men and activism in the information age », Master thesis, Louisiana State University, mai 2005, 74 p. 2.

(3) Ibid, p.2.

(4) RTMark, « Bush Requests "Limits To Freedom", » Publié le 26 mai 1999, consulté le 18 janvier 2010, http://www.rtmark.com/bushpr2.html.

(5) BOYLD, Lani, Op.cit., p. 12

(6) BOYLD, Lani, Op.cit., p. 21

(7) RADIO-CANADA.CA, « Copenhague : Le Canada victime d'un canular, Radio-Canada », Mise à jour le mardi 15 décembre 2009, Consulté le 18 janvier 2010, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/200... Vincent, « Canular: Les Yes Men derrière le coup », Radio-Canada, Consulté le 18 janvier 2010, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/surLeWeb/2009... loc. cit.

Dernière modification: 2010-03-04 14:06:56

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