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17 January 2010

Le Venezuela perd son « aura » démocratique : Rafael Caldera


Louis-Alexandre Kirouac
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2017
Élection controversée d’une Assemblée constituante au Venezuela

December
2015
Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

March
2013
Décès du président vénézuélien Hugo Chavez

October
2012
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

February
2009
Tenue d'un référendum au Venezuela

December
2006
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

April
2002
Tentative de coup d'État contre Hugo Chavez au Venezuela

December
1999
Pluies torrentielles et inondations au Venezuela

December
1998
Élection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

January
1994
Émeute dans la prison de Maracaibo, au Venezuela

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

November
1975
Déclenchement de l'opération Condor

May
1969
Création du Pacte andin

September
1960
Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

April
1960
Dévoilement de la doctrine Betancourt à Caracas

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1958
Retour de Romulo Betancourt à la présidence du Venezuela

April
1958
Début de la visite du vice-président américain Richard Nixon en Amérique latine

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

Les célébrations de Noël n'ont pas été aussi festives qu'à l'habitude au Venezuela. Le 24 décembre 2009 marque la mort de l'ex-président Rafael Caldera, fondateur du Parti social-chrétien (Copei) et considéré comme «héros civil de la démocratie» selon plusieurs leaders politiques (1). Il était âgé de 93 ans et souffrait depuis plusieurs années de la maladie de Parkinson (2).

Né en 1916 au sein d'une famille chrétienne, Rafael Caldera s'est engagé en politique à la suite d'études universitaires en sciences juridiques et politiques (3). Il fonde en 1946 le Parti social-chrétien, mais le pays va sombrer dès 1948 sous le joug militaire, notamment avec le régime de Jiménez (4). En 1958, à la fin de la dictature, Caldera est parmi les instigateurs du pacte Punto Fijo. Celui-ci marque le rétablissement des élections démocratiques et la mise sur pied d'une coalition entre le Copei et l'Action démocratique qui occuperont le pouvoir en alternance pendant presque 40 ans (5).

Au cours de sa longue carrière politique, Rafael Caldera s'est présenté à six reprises comme candidat présidentiel et a assumé deux fois la fonction de président du Venezuela (6). Un paradoxe ressort cependant de ses passages à la présidence : malgré son anticommunisme, Caldera a grandement contribué à l'essor de la gauche vénézuélienne (7).

Deux mandats pour renforcer la démocratie

C'est à sa quatrième tentative que Caldera obtient, en 1969, son premier mandat présidentiel pendant que le pays est confronté à des guérillas d'extrême gauche. Pour pacifier la situation, le président vénézuélien fait alors plusieurs sacrifices : il donne l'amnistie aux guérilleros et légalise plusieurs partis d'extrême gauche (8). Alors que l'économie du Venezuela est stagnante, Caldera propose d'utiliser le pétrole comme principal outil de développement et lève les impôts de 60% sur les revenus des compagnies pétrolières. En s'ouvrant sur le monde et en entretenant des relations avec les gouvernements soviétiques, chinois et cubains, la présidence de Caldera rompt avec l'isolationnisme de ses prédécesseurs (9).

Maintenant âgé de 77 ans, Rafael Caldera obtient son second mandat en 1994, vingt ans après son premier (10). Il profite d'une vague de nostalgie qui le renvoie au pouvoir alors que deux coups d'État ont été perpétrés contre le président sortant et que des allégations de corruption planent sur ce dernier. Caldera brise cependant l'alliance bipartite de 1958 en se dissociant du Copei et en fondant la Convergence nationale, un parti bricolé à l'aide de 17 autres partis provenant autant de la droite que la gauche (11).

Une crise économique frappe cependant le Venezuela l'année suivante, provoquée par la dépendance au pétrole comme source de revenus. Malgré la politique interventionniste de Caldera, la moitié des banques vénézuéliennes s'écroulent et l'État perd plus de 11 milliards(12). La crise économique oblige Caldera à consulter à contrecoeur le Fonds monétaire international (FMI), mais ne parvient pas à empêcher l'inévitable : la dévaluation de la monnaie et l'inflation.

Caldera décide également de gracier Hugo Chavez, emprisonné depuis sa tentative de coup d'État en 1992, ce qui permettra à ce dernier de fonder son propre parti politique et de prendre le pouvoir en 1999. Certains affirment qu'en brisant le système bipartite, Caldera a façonné une voie démocratique et légitime pour Chavez de prendre le pouvoir (13).

Louangé par ses pairs, critiqué par les spécialistes

Rafael Caldera inspire l'intégrité, la foi en la démocratie et la paix si l'on en croit les réactions suivant sa mort (14). Cependant, les spécialistes dressent un bilan plus nuancé, notamment au niveau de la lutte anticorruption qu'il a symbolisée. En dépit des efforts menés par Caldera, la corruption était fortement présente et rien n'indiquait une tendance à la baisse, d'autant plus qu'en 1998, le Venezuela figure parmi les 10 pays les plus corrompus d'après Transparency International (15).

La famille a refusé tout hommage provenant de l'actuel gouvernement Chavez. Cela n'a pas empêché plusieurs leaders politiques de glorifier l'ancien président pour son legs démocratique et de commémorer ses réussites qui ont contribué à faire du Venezuela un État moderne (16).




Références:

(1) CYBERPRESSE, Décès de l'ex-président du Venezuela Rafael Caldera, [En ligne], 25 décembre 2009, http://www.cyberpresse.ca/international/200912/25/... (page consultée le 11 janvier 2010)

(2) AFP, Venezuela: décès de l'ex-président Caldera, [En ligne], , 25 décembre 2009, http://www.liberation.fr/monde/0101610494-venezuel... (page consultée le 11 janvier 2010)

(3) MIAMI HERALD, Ex- President Caldera dies at age 93, [En ligne], 25 décembre 2009, http://www.miamiherald.com/news/americas/story/1398077.html (page consultée le 11 janvier 2010)

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) LE MONDE, Rafael Caldera, [En ligne], 29 décembre 2009, http://www.lemonde.fr/carnet/article/2009/12/29/ra... (page consultée le 11 janvier 2010)

(7) THE GUADIAN, Rafael Caldera obituary, [En ligne] 4 janvier 2010, http://www.guardian.co.uk/theguardian/2010/jan/04/... (page consultée le 11 janvier 2010)

(8) LE MONDE, Op. cit.

(9) EL UNIVERSAL, Julio César Pineda : La diplomacia de Rafael Caldera, [En ligne], 7 janvier 2010, http://politica.eluniversal.com/2010/01/07/opi_art... (page consultée le 11 janvier 2010)

(10) THE GUARDIAN, Op. cit.

(11) THE INDEPENDANT, Rafael Caldera: President of Venezuela who helped forge an era of democracy and political stability in his country, [En ligne], 29 décembre 2009, http://www.independent.co.uk/news/obituaries/rafae... (page consultée le 11 janvier 2010)

(12) REUTERS, Former Venezuelan President Caldera dies at age 93, [En ligne], 24 décembre 2009, http://www.reuters.com/article/idUSTRE5BN20R20091224 (page consultée le 11 janvier 2010)

(13) EL UNIVERSAL, Perfil de Rafael Caldera, [En ligne], 24 décembre 2009, http://www.eluniversal.com/2009/12/24/pol_esp_perf... (page consultée le 11 janvier 2010)

(14) AFP, Op. cit.

(15) MOISE NAIM, The Venezuelan Story: Revisiting the Conventional Wisdom, http://www.carnegieendowment.org/publications/inde... (page consultée le 11 janvier 2010)

(16) AFP, Op. cit.

Dernière modification: 2010-01-25 08:38:17

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