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22 mars 2011

Germination d'un parti aux racines extrémistes en Suède


Marc Dupuis
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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La Scandinavie, plus spécifiquement la Suède, est reconnue pour être un terreau fertile à la social-démocratie. On va même jusqu'à qualifier ce pays de « laboratoire de la social-démocratie », tant les innovations à ce sujet sont nombreuses (1). Or, paradoxalement, aux dernières élections en Suède en 2010, un parti qui se dit d'extrême droite a fait son entrée au Parlement. Historiquement parlant, le mouvement qui porte ce parti n'est pas tout à fait neuf. En effet, malgré la domination des défenseurs de la social-démocratie, un fond d'extrémisme de droite a toujours été présent en Suède, son importance variant avec le temps.

Une progression lente

La gauche a connu une envolée spectaculaire au cours du siècle dernier. Celle-ci dominait les élections et n'était que rarement reléguée à l'opposition, et ce, pour très peu de temps (2).

La Suède a également vu une certaine montée de la droite extrémiste à l'époque de la Deuxième Guerre mondiale, en raison de l'influence nazie (3). C'est en partie de ces racines nazies qu'a surgi le parti du Sverigedemokraterna, ou encore, les démocrates de Suède en 1988 (4). Afin de se moderniser et de pouvoir entrer sur la scène politique, le mouvement a tout de même eut à épurer ses rangs des membres nazis (5).

Plus récemment dans l'histoire de la Suède, la gauche s'est essoufflée. La population, cherchant à punir la coalition de gauche en place et en quête d'un vent nouveau, a élu l'autre coalition, celle-ci se positionnant plus à droite sur l'échiquier politique. En 2006, la droite devient majoritaire au Parlement (6).

Déjà, on assiste à une importante progression de l'extrême droite, incarné par le parti Sverigedemokraterna. À l'échelle nationale, ce parti réussit à obtenir 2,93 % des voix (7), une résultat qui ne suffit pas à faire élire des candidats. Au niveau local par contre, le parti enregistre une progression (8).

Aux élections de 2010, la population n'a toujours pas pardonné à la gauche ses erreurs passées et on assiste à un phénomène hors du commun alors que la gauche demeure dans l'opposition (9). Le système politique utilisé par la Suède est en partie responsable de ce phénomène.

Un système proportionnel en action

L'avancée des démocrates de Suède a été causée en partie par le système électoral suédois. Ce n'est pas dans tous les systèmes électoraux que 5 % des suffrages permettent de gagner des sièges. Pourtant, en Suède, 5,7 % des voix ont permis aux démocrates de Suède d'obtenir 20 sièges sur les 349 du Parlement (10). Dans un système parlementaire uninominal à un tour, ce même pourcentage des suffrages ne permettrait peut-être même pas d'obtenir un seul siège.

Les systèmes électoraux proportionnels favorisent habituellement l'épanouissement de plusieurs petits partis et le système électoral suédois ne fait pas exception. Pour cette raison, ce pays doit continuellement composer avec des gouvernements de coalition ainsi que des alliances politiques regroupant plusieurs partis. Le mode de scrutin suédois prévoit deux types de sièges : permanents et compensatoires. Aux dernières élections, les sièges permanents étaient au nombre de 310 tandis que l'on comptait 39 sièges compensatoires (11).

Le système électoral suédois est plurinominal, signifiant que chacun des comtés possède plusieurs sièges permanents à distribuer. Pour pouvoir participer à la méthode de distribution, chacun des partis doit atteindre au strict minimum 12 % des votes dans un comté (12). Par la suite, on procède par une version légèrement modifiée du mode de distribution de Sainte-Laguë (13).

Il faut savoir que le système électoral suédois est toutefois pourvu de mécanismes qui limitent les trop petits partis. En effet, pour avoir accès à la distribution des sièges compensatoires, un parti doit réussir à récolter un minimum de 4 % des voix à l'échelle nationale (14). C'est ce seuil qui a empêché l'entrée au Parlement du parti d'extrême droite en 2006 par exemple.

En Suède, deux grandes coalitions existent. Il y a la coalition de gauche et l'alliance de droite. Le bloc de gauche demeura dans l'opposition en 2010 tandis que le bloc de droite a perdu sa majorité absolue au Parlement et compose donc un gouvernement minoritaire. L'élection de candidats du parti d'extrême droite explique cette situation. Sans eux, une des deux grandes coalitions aurait atteint une majorité.

Ce qui vient brouiller les cartes, ce sont les particularités du parti qui font qu'il est considéré comme extrémiste. Dans les deux blocs, le parti est perçu comme xénophobe, voire carrément raciste (15) et pour cette raison, le parti Sveridemokraterna est isolé au Parlement. Selon Ulf Bjereld, professeur à l'université de Göteborg, la coalition au pouvoir perdrait toute crédibilité si elle coopérait avec les démocrates de Suède, ce qu'il explique par le fait que 94 % de la population n'a pas choisi ce parti (16).

L'extrême droite à l'européenne

Toutefois, le système électoral lui-même ne suffit pas à expliquer la présence du parti au Parlement. En effet, un phénomène particulier se déroule dans plusieurs États d'Europe. Il s'agit de l'émergence dans plusieurs pays de partis d'extrême droite comportant tous des éléments communs tout en se distinguant de la droite classique (17). Cette extrême droite européenne se distingue par les revendications sur lesquelles les partis se concentrent.

La droite traditionnelle en Europe est considérée comme la droite économique. Elle se positionne sur les enjeux économiques, dont les privatisations et une diminution des interventions étatiques. Un exemple de ce type de parti serait l'Union pour un mouvement populaire en France.

L'extrême droite européenne, quant à elle, préfère intervenir sur des questions sociales telles que la problématique de l'immigration (18). De ce fait, des observateurs perçoivent chez les partis qui y sont associés une certaine tendance xénophobe. Un exemple de ce type de parti serait le Front national de Marine Le Pen en France.

Les démocrates suédois ont eux aussi des revendications sociales. Des questions qu'aborde la droite classique reviennent régulièrement dans leurs revendications. Trois enjeux principaux ont par exemple été abordés lors des élections de 2010. Il s'agit du raffermissement des mesures contre le crime, de l'amélioration des conditions de vie pour les gens du troisième âge, ainsi que d'un changement important au niveau de la politique d'immigration en Suède (19).

C'est ce dernier point qui inquiète les observateurs et pose problème quant à la perception de la population. Cette population est tellement opposée à ce que le parti prenne part à la vie politique, que plusieurs manifestations antiracistes ont eu lieu le lendemain des élections (20). D'ailleurs, certains de ces observateurs se plaisent à souligner que ce serait bien plus une question de contestation vis-à-vis la classe politique qu'un engouement pour les ambitions du parti qui explique ses appuis (21).

L'avenir de ce parti politique demeure aujourd'hui incertain. Il est difficile aujourd'hui de savoir si l'avancée de ce parti est causée par un réel engouement pour les politiques défendues par le parti ou si ce serait plutôt une contestation contre les politiciens des autres partis. Les prochains mois risquent d'être déterminants pour le parti Sveridemokraterna (22). Si celui-ci réussit à se positionner comme un parti de pivot entre les deux coalitions, son influence pourrait être importante (23).




Références:

(1) TRUC, Olivier, «La victoire de l'extrême-droite suédoise pourrait marquer l'avènement des Verts», Le Monde, [En Ligne], 20 septembre 2010, http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/09/20/la... page consultée le 21 mars 2011

(2) LE FIGARO, «L'extrême-droite fait son entrée au parlement suédois», [En Ligne],20 septembre 2010, http://www.lefigaro.fr/international/2010/09/19/01... page consultée le 17 mars 2011

(3) NILSSON, Emma, «The far-right in Sweden: The Arrival of the Sweden Democrats», The First Pint, [En Ligne], 19 février 2011, http://www.thefirstpint.co.uk/2011/02/19/far-right... page consultée le 13 mars 2011

(4) KIANZAD, Behrang, «Liberal No More: The Far Right Gains in Sweden's Election» Time, [En Ligne], 20 septembre 2010, http://www.time.com/time/world/article/0,8599,2020... page consultée le 25 mars 2011

(5) GREEN-PEDERSEN, Christoffer, and ODMALM, Pontus, «Going different ways? Right-wing parties and the immigrant issue in Denmark and Sweden», Journal of European Public Policy, volume 15, numéro 3, avril 2008, pp. 367– 381

(6) SVENSSON, Anders, « Narrow victory for the Swedish right», International Viewpoint, [En Ligne], 2006, http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article1128, page consultée le 15 mars 2011

(7) VALMYNDIGHETEN, «Election in Sweden 2006», [En Ligne], http://www.val.se/val/val2006/slutlig/R/rike/ovriga.html, page consultée le 21 mars 2011

(8) LOXBO, Karl, « The Impact of the Radical Right:Lessons from the Local Level in Sweden, 2002–2006», Scandinavian Political Studies, volume 33, numéro 3, 2010

(9) LE FIGARO, «L'extrême-droite […]», Op.Cit.

(10) RIKSDAGEN, «The Distribution of Seats in the Riksdagen», [En Ligne], http://www.riksdagen.se/templates/R_Page____1065.aspx, page consultée le 14 mars 2011

(11) Ibid

(12) VALMYNDIGHETEN, «Election in Sweden», [En Ligne], http://www.val.se/pdf/electionsinsweden_webb.pdf, page consultée le 21 mars 2011

(13) Ibid

(14) Ibid

(15) TURC, Olivier, L'extrême droite suédoise fait son entrée», Le Monde, [En Ligne], 20 septembre 2010, http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/09/20/su... page consultée le 17 mars 2011

(16) KIANZAD, Behrang, Op. Cit.

(17)LICHFIELD, John, «Le populisme au gants de velours», Courrier international, no. 1063, 17 mars 2011, p. 15

(18)Ibid

(19) SVERIGEDEMOKRATERNA, [En Ligne], http://sverigedemokraterna.se/, page consultée le 15 mars 2011

(20) KIANZAD, Behrang, Op. Cit.

(21) ZEITUNG, Frankfurter Allgemeine, «Se démarquer un minimum du peuple», Courrier international, no. 1042, 21 octobre 2010, p. 62

(22)PRESSEUROP, «Far right enters the Parliament», [En Ligne], 20 septembre 2010, http://www.presseurop.eu/en/content/article/342361... page consultée le 15 mars 2011

(23) Ibid

Dernière modification: 2011-03-28 08:53:26

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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