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21 février 2011

Côte d'Ivoire : la crise postélectorale persiste


Karla Karene Adwinogo Nkoma
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2011
Arrestation de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo

septembre
2002
Tentative de coup d'État en Côte d'Ivoire contre le président Laurent Gbagbo

octobre
2000
Assermentation de Laurent Gbagbo à la présidence de la Côte d'Ivoire

décembre
1999
Renversement du président Henri Konan Bédié en Côte d'Ivoire

décembre
1993
Décès du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny

septembre
1990
Inauguration d'une basilique somptueuse en Côte-d'Ivoire

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

août
1960
Proclamation de l'indépendance de la Côte d'Ivoire

Depuis la proclamation des résultats du second tour de l'élection présidentielle de novembre 2010, la Côte d'Ivoire vit une crise aussi bien politique qu'économique. En effet, après la proclamation des résultats qui donnaient Alassane Ouattara, candidat de l'opposition (RHDP), comme vainqueur, le Conseil constitutionnel ivoirien invalidait lesdits résultats de la Commission électorale indépendante (CEI) et proclamait le président sortant Laurent Gbagbo, candidat de la majorité présidentielle, (LMP) président de la république de la Côte d'Ivoire. Depuis lors, la Côte d'Ivoire est en proie à une violente crise postélectorale qui secoue le pays et occasionne d'importants troubles.

Tentatives de résolution de la crise

Lors de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire, de nombreuses tentatives de résolutions ont été menées. Ce fut le cas d'abord à l'intérieur du pays, puis dans la communauté de l'Afrique de l'Ouest et même au niveau international.

Plusieurs leaders de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se sont prononcés en demandant au président sortant, Laurent Gbagbo, de céder le pouvoir (1). Une tentative qui a très vite échoué parce que, jusqu'à date, le président Gbagbo continue de « présider » le pays. Les quinze États de la CEDEAO ont par la suite menacé de recourir à des forces militaires pour forcer Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir. (2) Cette décision ne faisait certainement pas l'unanimité puisque le président du Ghana affirmait que son pays ne serait pas apte à envoyer des soldats en Côte d'Ivoire (3).

Plus tard, dans la même optique de tenter de résoudre la crise postélectorale ivoirienne, l'ancien président du Nigeria Olusengun Obasanjo s'est rendu en Côte d'Ivoire. Ce dernier a rencontré successivement M. Laurent Gbagbo et M. Alassane Ouattara. Alors qu'il précisait au premier l'importance de l'alternance au pouvoir, il assurait le soutien fort de la communauté internationale à M. Ouattara. (4)

Le 22 février 2011, l'Union africaine envoie un panel de médiateurs pour tenter de résoudre la crise ivoirienne. Quatre chefs d'État africains sont arrivés à l'hôtel du Golf, où se trouve le gouvernement de monsieur Alassane Ouattara, déclaré élu par la commission électorale indépendante (CEI) et soutenu par une grande partie de la communauté internationale. Le panel des chefs d'État était constitué du président du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine, du président mauritanien Ould Abdel Aziz, de Jakaya Kweté (Tanzanie), d'Idriss Deby (Tchad) et de Jacob Zuma (Afrique du Sud) (5). Mais il fallut quelques jours pour voir si cette tentative de médiation aiderait à apaiser la crise.

Au niveau international, l'Union européenne, qui a maintes fois participe à des négociations avec le président sortant, a décidé le 20 décembre 2010 que Laurent Gbagbo sera soumis à une interdiction de visa. Les États-Unis ont eux aussi utilisé les mêmes moyens de coercition avec Gbagbo. Cette sanction est aussi valable pour 18 de ses alliés et conseillers. La sanction a été adoptée 48 heures après l'accord (6). Il y a eu d'autres intervenants et médiateurs de la crise ivoirienne à l'instar de Thabo Mbeki, ancien président de l'Afrique du Sud, et du premier ministre du Kenya Raila Odinga qui ont, eux aussi, essayé d'apporter leur soutien dans la résolution de la crise.

Conséquences désastreuses pour la Côte d'Ivoire et son voisinage

Les conséquences de la crise postélectorale ont des impacts néfastes aussi bien politique, économique que social, non seulement pour la Côte d'Ivoire, mais aussi pour les pays voisins.

En matière de pertes en vies humaines, la Commission des droits de l'homme des Nations unies évalue à la mi-janvier 2011 le nombre de morts à au moins 247 personnes, soit une augmentation de 37 personnes mortes par rapport à la semaine précédente. La commission recense par la même occasion 49 disparus depuis le début des manifestations postélectorales (7).

La principale conséquence politique vient du fait que le pays est désormais « divisé » en deux, notamment deux présidents, deux gouvernements et donc, deux administrations parallèles. La population ivoirienne, les entrepreneurs ivoiriens et même étrangers sont inquiets.

Comme on peut se douter, depuis le début de la crise ivoirienne de nombreuses activités, principalement commerciales, ont ralenti de manière considérable. La situation économique de la Côte d'Ivoire est difficile. Cela peut s'observer non seulement à l'intérieur du pays, mais aussi dans les pays voisins. Au Burkina Faso par exemple, dans la ville de Bobo-Dioulasso, les populations sont déjà frappées par les effets de la crise postélectorale puisque les frontières de la Côte d'Ivoire, principales voies pour les échanges commerciaux, sont fermées. Dans cette ville, les prix des produits importés de la Côte d'Ivoire tels que le savon et l'huile de palme ont considérablement augmenté. Certains vendeurs décident de s'orienter vers d'autres pays comme le Mali ou alors fabriquent les principales denrées alimentaires eux-mêmes. Les commerçants éprouvent des difficultés non seulement à recevoir des produits venant de Côte d'Ivoire, mais aussi à exporter leurs produits vers ce pays(8).

Compte tenu du poids économique de la Côte d'Ivoire sur la zone de l'Union économique et monétaire de l'Ouest de l'Afrique (UEMOA), soit 35 à 40 % du PIB, la crise postélectorale ivoirienne a un impact important sur le fonctionnement de l'union. En 2010, la Côte d'Ivoire à elle seule a contribué à plus de 36 % des ressources propres de l'Union (9). Si la crise ivoirienne continue, les activités de l'Union devraient être considérablement affectées. Surtout, les effets néfastes de la crise risquent de croitre au cours de l'année 2011 à la suite de nombreuses perturbations des circuits économiques et financiers et du ralentissement des échanges de biens et services (10).

Le 11 février 2011 à Dakar, un panel réunissant des intellectuels africains, des leaders de la société civile africaine et des experts a permis de débattre sur la crise ivoirienne en vue d'entrevoir des perspectives de sortie de crise. Le panel recommandait aux dirigeants africains de faire respecter les valeurs démocratiques, ainsi que l'objectivité et la sincérité dans l'exercice de leur pouvoir (11). Mais avec tous les échecs des tentatives d'apaisement, peut-on compter sur la résolution de cette crise dans les plus brefs délais ?




Références:

(1) ABIDJAN.NET. « Résolution de la crise postélectorale ». En ligne le 23 février 2011. http://news.abidjan.net/h/392233.html. Consulté le 23 février 2011.

(2) ibid.

(3) ibid.

(4) CYBERPRESSE.CA. « L'ancien président du Nigeria s'est rendu en Côte d'Ivoire ». En ligne http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/i... Consulté le 22 février 2011.

(5) RADIO France INTERNATIONALE. « Les acteurs de la crise ivoirienne craignent les conséquences de la crise politique ». http://www.rfi.fr/afrique/20101212-acteurs-economi... Consulté le 22 février 2011.

(6) GRIOO.COM. « L'union européenne interdit Laurent Gbagbo de visa ». http://www.grioo.com/ar,crise_ivoirienne_l_union_e... Consulté le 23 février 2011.

(7) RADIO CANADA. « Les jours passent, les morts s'accumulent ». En ligne le 14 janvier 2011.http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Internat... Consulté le 23 février 2011.

(8) AFRIQUE ANNOVANTE, « La crise ivoirienne est une équation à plusieurs inconnues ». En ligne le 7 février. http://www.afrique-innovante.com/gouvernance/la-cr... Consulté le 23 février 2011.

(9) AFRICA.COM, « La crise postélectorale préoccupe l'Uemoa ». En ligne le 22 janvier 2011. http://www.afrik.com/article21808.html. Consulté le 22 février 2011.

(10) ABIDJAN.NET. « La confiscation du vote des ivoiriens ». En ligne le 27 janvier 2011. http://news.abidjan.net/h/390699.html. Consulté le 23 février 2011.

(11) ABIDJAN.NET. « La société civile africaine réclame le respect du verdict des urnes ». En ligne le 18 février 2011.http://news.abidjan.net/h/391763.html. Consulté le 23 février 2011.

Dernière modification: 2011-02-28 08:54:46

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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