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21 février 2011

La jeunesse belge se mobilise elle aussi par Facebook


Marc Dupuis
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
2016
Attentats terroristes à Bruxelles

décembre
2011
Fin d'une crise politique sans précédent en Belgique

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

mars
2004
Ouverture du « procès du siècle » (affaire Dutroux) en Belgique

juin
1999
Tenue d'élections au Parlement européen

janvier
1999
Passage à l'euro pour onze pays de l'Union européenne

juin
1998
Création de la Banque centrale européenne

juin
1994
Tenue d'élections au Parlement européen

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Décès du roi des Belges, Baudouin 1er

février
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Signature du traité de Maastricht

juin
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Tenue d'élections au Parlement européen

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Tragédie avant une partie de football à Bruxelles, en Belgique

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Tenue d'élections au Parlement européen

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Tenue d'une première élection au suffrage universel au Parlement européen

mars
1979
Création du système monétaire européen

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

juillet
1962
Proclamation de l'indépendance du Rwanda

Le 23 janvier 2010, une importante manifestation a eu lieu en Belgique. Les organisateurs de ce mouvement de contestation l'ont nommée « Marche de la honte » (1). Ils ont cherché par cette action politique à dénoncer le blocage au Parlement belge.

Un succès viral mitigé

C'est plus de 35 000 manifestants qui avaient répondu à l'appel pour cette journée de la honte (2). Le lieu de rencontre des participants était la ville de Bruxelles (3). Phénomène étonnant, c'est directement à partir d'internet que la mobilisation a été mise sur pied.

Les organisateurs n'étaient pas d'émérites politiciens ou encore des activistes de longue date. C'était en fait cinq jeunes étudiants qui cherchaient à démontrer leur mécontentement envers la situation politique (4). Pour ce faire, ils ont utilisé Facebook en créant un évènement public sur le site (5). Les responsables de cette marche n'attendaient pas autant de manifestants, mais la force du nouveau média et la conjoncture politique ont rapidement embrasé la population belge.

Pour cette raison, certains des planificateurs croient à un franc succès de l'évènement (6). La « génération internet belge » (7) a réussi à mobiliser une partie importante de la société. On se félicite également d'avoir réussi à attirer, à l'aide de cette démonstration publique, plusieurs associations d'origine flamande. Puisque les poussées sécessionnistes sont issues des Flamands, la marche est plus légitime aux yeux des organisateurs (8).

Cependant, du côté du Parlement, la protestation n'a pas provoqué de changement (9) et la situation ne semble pas être sur le point de se redresser. Il est donc difficile de dire que le rassemblement public a été un succès, considérant qu'il avait comme objectif de faire réagir le Parlement pour obtenir un gouvernement.

Congestion linguistique insoutenable

L'impasse politique dans laquelle le pays est pris depuis déjà très longtemps a motivé les Belges à descendre dans les rues. La journée de la manifestation marquait en effet le 224e jour d'une crise laissant le peuple belge sans gouvernement (10). La source du conflit provient des tensions linguistiques entre les deux grandes régions de Belgique : la Flandre et la Wallonie.

Cette problématique est exacerbée par le mode de scrutin qu'emploient les Belges. Au palier fédéral, on utilise un système de représentation proportionnelle comportant des listes ouvertes (11). Avant l'élection, chacun des partis propose une liste de candidats pour chacune des circonscriptions. Les électeurs choisissent un parti, et peuvent décider à qui ils donneront leurs votes à travers la liste de candidats.

Afin de déterminer quels candidats seront élus, on établit un coefficient en fonction du nombre de suffrages exprimés (12). Si trop de partis se partagent les suffrages, certains sièges ne seront pas immédiatement attribués. Le même effet se produit lorsqu'un parti remporte une trop grande quantité de votes. Pour les sièges restants à combler, on utilise la méthode « au plus fort reste » (13). Pour ce faire, les votes qui n'ont pas déjà été utilisés pour élire un député sont comptabilisés. On attribue les sièges aux partis possédant le « plus fort reste ». Cette méthode tend à créer des gouvernements de coalition.

Or, les dernières élections ont porté en tête de file un parti flamand sécessionniste, la Nouvelle Alliance flamande. Celui-ci a recueilli 27 des 150 sièges de la Chambre des représentants (14). Les revendications de cette formation politique font qu'il est impossible de former une coalition autour de laquelle un gouvernement pourrait fonctionner (15). La situation ne risque pas de s'améliorer de sitôt, puisque les partis ne sont même plus en communication entre eux (16).

L'avenir du pays est fortement mis en doute (17). Déjà, les observateurs internationaux prévoient que cet État deviendra la nouvelle écharde au pied de l'Union européenne (18). Les répercussions économiques pourraient être dévastatrices en cas de scission (19).




Références:

(1) MÉVEL, Jean-Jacques, «L'impasse politique exaspère Flamands et francophones», LE FIGARO, 24 janvier 2011, p. 7

(2) LE MONDE, «35 000 manifestants réclament un gouvernement pour la Belgique», 25 janvier 2011, p. 2

(3) Ibid

(4) MÉVEL, Jean-Jacques, Op. Cit.

(5) LE SOIR, «C'est bloqué ? Manifestons », 11 janvier 2011, p. 15

(6) LE SOIR, «Simon Vandereecken fut un des jeunes initiateurs de la manifestation " Shame ". Après ce moment " euphorique ", il compte bien ne pas en rester là. », 5 février 2011, p. 30

(7) LE MONDE, «Antagonismes belges, péril pour la zone euro», 25 janvier 2011, p. 1

(8) Ibid

(9) STROOBANTS, Jean-Pierre, «La Belgique au bord du gouffre après la démission du dernier médiateur», Le Monde, 28 janvier 2011, p. 8

(10) WERLY, Richard, «La Belgique bat le record mondial d'un pays sans gouvernement», Le Temps, 17 février 2011

(11) PIRON, Jonathan, «La démocratie et le système électoral», Centre de recherche et d'étude politique, [En Ligne], http://www.crep.be/systemeelectoral.html, page consultée le 26 février 2011

(12) Ibid

(13) Ibid

(14) DIRECTION GÉNÉRALE, INSTITUTIONS ET POPULATION, «Chambres : répartion des sièges», [En ligne], http://elections2010.belgium.be/fr/cha/seat/seat_C... page consultée le 16 février 2011

(15) STROOBANTS, Jean-Pierre, Op. Cit.

(16) THE ECONOMIST, «Une scission de la Belgique ferait trembler l'Europe», Courrier International, 3 février 2011, p. 27

(17) LE MONDE, «Antagonismes...», Op. Cit.

(18) Ibid

(19) THE ECONOMIST, Op. Cit.

Dernière modification: 2011-02-28 08:38:06

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

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