Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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12 février 2006

Armes de dissuasion massive


Josée Bélanger
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Le 10 janvier 2006, l'Iran annonçait qu'elle levait les scellés sur ses centres de recherche nucléaire, ce qui ne manqua pas d'alarmer l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui reste sceptique devant les intentions de la république islamique.

Européens et Américains tentent depuis quelque temps de dissuader l'Iran de relancer son programme nucléaire, craignant qu'il s'agisse ici d'une stratégie de Téhéran ayant pour objectif la fabrication de l'arme atomique. Leurs peurs sont-elles justifiées ?

À l'heure actuelle, les inspecteurs de l'AIEA n'ont trouvé aucune preuve formelle leur permettant d'affirmer que le programme nucléaire iranien est destiné à la fabrication d'armes. Cependant, depuis près d'une vingtaine d'années, les Iraniens ont dissimulé les recherches qu'ils faisaient en la matière. Plusieurs se sont alors questionnés sur les véritables objectifs de Téhéran. De plus, le processus d'enrichissement de l'uranium qui sert à la production d'énergie et celui utilisé dans la fabrication d'armes atomiques sont exactement les mêmes, ce qui inquiète particulièrement les puissances occidentales.

En Iran, le président Mahmoud Ahmadinejad soutient qu'il s'agit d'un programme strictement civil et pacifique. Il est important de rappeler que l'Iran, en tant que signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), conserve « un droit inaliénable au développement de la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques » (1). Il s'agit de l'article IV du TNP. En contrepartie, chaque membre du TNP s'engage à accepter les inspections des ses installations par l'AIEA.

Bien qu'on veuille accuser l'Iran de mauvaise foi, elle était toujours disposée à recevoir la visite des inspecteurs de l'AIEA il y à peine un mois. Dans ce cadre, plutôt que de reprendre une attitude méfiante, n'aurait-il pas été justifié d'utiliser l'ouverture de l'Iran pour négocier une complète transparence de la part des autorités iraniennes lors de la reprise des inspections ? Les puissances occidentales ont vraisemblablement contribué à dramatiser la situation en soumettant le dossier au Conseil de sécurité onusien.

Évidemment, ce qui peut préoccuper la communauté internationale, c'est le comportement du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, avec l'arme atomique entre les mains. Depuis son élection, en juin 2005, ses déclarations virulentes laissent croire qu'il recherche la confrontation avec l'Occident. Il a déjà affirmé qu'Israël devait être rayé de la carte et que le massacre des Juifs était un mythe inventé par les Occidentaux. Mais, comme le rappelle Cyrius Safdari, consultant et chercheur associé à l'Institut international d'études de la Caspienne à Téhéran, « le droit inaliénable à la technologie » ne peut être conditionnel « à la reconnaissance d'Israël, c'est-à-dire à la reconnaissance d'un État qui, rappelons-le, refuse de signer le TNP et menace régulièrement de bombarder l'Iran » (2).

Doit-on craindre une attaque iranienne en territoire israélien ? Sachant que l'arsenal israélien est estimé à quelque 200 ogives nucléaires (3) et que l'État hébreu dispose du soutien de puissants alliés, une telle attaque semble improbable. De plus, selon de nombreux experts, il faudrait un minimum de cinq ans à l'Iran avant de pouvoir mettre au point une première bombe atomique puisqu'elle ne maîtrise pas encore la technologie qui le permette.

Dans une récente déclaration, le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, affirmait que le recours à la force restait envisageable dans le cas ou l'Iran aurait bel et bien un programme nucléaire destiné à des fins militaires (4). Verra-t-on ici la reproduction d'une guerre inspirée du scénario irakien ? Les forces occidentales iront-elles encore une fois semer le chaos pour quelques barils de pétrole ?

Dans la situation actuelle, le recours à la force serait absurde. On ne peut négocier avec la Corée du Nord, qui faisait l'étalage de sa puissance nucléaire il n'y a pas si longtemps, et bombarder l'Iran qui aspire à un programme nucléaire civil. De plus, le déclenchement d'un nouveau conflit au Moyen-Orient donnerait raison à ceux qui accusent les Américains d'être « arabophobes. » Il est important de rappeler que l'AIEA n'a identifié aucun élément permettant d'affirmer que l'Iran avait violé ses engagements internationaux. Tout semblerait donc indiquer que l'Occident pratique une politique du « deux poids, deux mesures » avec la république islamique.

Si des éléments nous permettent de croire que l'Iran pourrait avoir des intentions guerrières, celles-ci ont pu être alimentées par l'attitude suspicieuse de Washington, qui a déjà qualifié le pays d'« État voyou » (5) faisant partie de l'« axe du mal » (6). Peut-on reprocher à une nation de vouloir se protéger après avoir été démonisée de la sorte ? Le président Ahmadinejad est conscient que le seul fait de posséder l'arme nucléaire est en soi une arme de dissuasion massive. Il n'y a eu aucun affrontement durant la guerre froide en raison de la menace de frappe constante de l'ennemi.

En se basant sur des spéculations, attaquer l'Iran reviendrait à faire fi du principe de droit international qui prohibe l'utilisation de la force lorsqu'elle est utilisée contre l'indépendance politique d'un État. Si l'Iran agit bel et bien légalement, on ne peut, encore une fois, renverser un régime qui ne s'harmonise pas avec la vision des choses de l'Occident, il faut demeurer prudent sur ce point. Bien qu'elle soit dirigée par des fondamentalistes, la république islamique reste gouvernée par des représentants élus, ce qui lui donne une certaine légitimité. Si la population iranienne appuie à 74,3% la relance du programme d'enrichissement d'uranium (7), elle s'est toutefois montrée hostile à la poursuite d'un tel programme s'il s'agissait de se mettre en conflit avec la communauté internationale (8). Dans cette optique, le peuple ne permettra jamais à son gouvernement d'utiliser l'arme atomique contre des populations civiles.

L'imposition de sanctions économiques contre l'Iran ne représente pas non plus une solution avantageuse pour l'Occident, puisque cela risquerait de faire monter en flèche le prix du pétrole.

L'outil le plus efficace aujourd'hui reste la diplomatie. La reprise du dialogue avec les autorités iraniennes est impérative.

Avant que les choses ne dégénèrent, il faudrait d'abord désamorcer la bombe.




Références:

1. ABDERRAHIM, Kader. « Iran/Occident, le bras de fer continue », Le Journal-hebdo (Maroc), 29 décembre 2005.

2. SAFDARI, Cyrius. « Téhéran revendique le droit à l'énergie nucléaire civile », Le Monde diplomatique, novembre 2005, p. 24-25.

3. AFP (Agence France Presse). « Le chef de l'AIEA sceptique sur la dénucléarisation en Israël », Tel Aviv, 7 juillet 2004.

4. ASSOCIATED PRESS. « Nucléaire iranien : la Russie met en garde la communauté internationale contre l'utilisation de menaces », La Presse Canadienne, 6 février 2006.

5. DUFRESNE, Denis. « Bras de fer iranien », La Tribune (Sherbrooke), 23 janvier 2006, p. A6.

6. ASSOCIATED PRESS. « Bush : le discours sur l'état de l'Union devrait être dominé par les questions intérieures », La Presse Canadienne, 30 janvier 2006.

7. AOUN, Sami. « Iran : la diplomatie des empires ! », La Tribune, 9 février 2006, p. 15.

8. TARIK. « L'Iran et la politique de rupture : histoire d'un conflit annoncé », Site de Bismi.net, 7 février 2006, [En ligne], http://www.bismi.net/articlelecture.php?id=739, (Page consultée le 16 février 2006).

Bibliographie

TELLIER, Frédéric. « Iran : l'Occident fragilisé », Yahoo ! Actualités, 2 février 2006.

LE GUELTE, Georges. « Téhéran doit-il avoir la bombe ? », Le Figaro, 15 juin 2005.

BONIFACE, Pascal. « Nucléaire iranien : une opération militaire pour dissiper les doutes conduirait à une catastrophe », Yahoo ! Actualités, 13 mai 2005.

LE GUELTE, Georges. « L'Iran essaie-t-il de se doter de la bombe atomique ? », La Croix, 20 janvier 2005.

Entretien avec Georges Le Guelte par Thomas de Rochechouart, France soir, 22 octobre 2003.

PAILHE, Caroline. « Et l'Europe s'aligna sur les États-Unis », Le Monde diplomatique, novembre 2005, p. 24-25.

REUTERS. « L'Iran pourrait reconsidérer son adhésion au TNP », L'Express, 11 février 2006.

LÉVESQUE, Claude. « Le bras de fer nucléaire », Le Devoir, 11 février 2006, p. B2.

GRAVEL, Pauline. « Pourquoi les prétentions nucléaires de l'Iran font-elles peur ? », Le Devoir, 28 janvier 2006, p. B6.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

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