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21 février 2011

Portugal 2011: sans surprise, le président Anibal Cavaco Silva remporte la présidentielle


Danny Latour
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2017
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2009
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1999
Tenue d'élections au Parlement européen

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Tenue d'élections au Parlement européen

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Tenue d'élections au Parlement européen

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1975
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août
1975
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juin
1975
Proclamation d'indépendance de la République populaire du Mozambique

septembre
1974
Accession de la Guinée-Bissau à l'indépendance

avril
1974
Renversement du gouvernement (révolution des oeillets) au Portugal

Le 23 janvier 2011 fut jour d'élection présidentielle au Portugal. Le président sortant, Anibal Cavaco Silva, a été réélu pour un deuxième mandat de 5 ans (1). L'élection n'a donc pas apporté de changement à la tête du pays qui, en pleine crise économique, aurait sans doute profité d'un président et d'un premier ministre ayant les mêmes idéologies politiques. En effet, le président est de centre droit tandis que le premier ministre, José Socrates, est de gauche.

Une victoire écrasante et une santé démocratique chancelante

Au Portugal, il est coutumier, sauf une seule fois depuis 1974, qu'un président obtienne un deuxième mandat consécutif et qu'il soit élu dès le premier tour (2). Ainsi, sans surprise, Anibal Cavaco Silva, le candidat du Parti social-démocrate (PSD), a été réélu avec une forte majorité, soit 52.94% du suffrage; 2.44% de plus qu'à sa précédente élection. Quant à ses adversaires, ils sont loin derrière : 19.75% pour le socialiste Manuel Alegre, 14.10% pour l'indépendant Fernando Nobre, et 7.4% pour le vert Francisco Lopes.

D'autre part, hormis les prouesses électorales de M. Silva, une donnée beaucoup plus significative attire l'attention des politologues : le taux de participation. L'élection présidentielle n'aura attiré aux urnes que moins de la moitié de la population (46.7%) (3). Si l'on soustrait de ce résultat les votes blancs et nuls qui ont formé 6.2% du suffrage (4), l'on obtient un résultat indiquant que seulement 40.5% des Portugais ont exprimé leur choix quant à l'élection de leur président.

Ces données remettent grandement en question la santé démocratique du pays, ou du moins cela implique que M. Silva a été porté au pouvoir par un mince 21.44% du total de l'électorat portugais. Ce qui ne correspond pas nécessairement à la définition de «démocratique». Par contre, cela n'a pas empêché le président d'alléguer « [être] le président du Portugal entier, sans exception » et d'être finalement accepté comme tel par le premier ministre, José Socrates (5).

Par contre, il ne faut pas tirer de conclusion trop hâtive, car bien des facteurs peuvent expliquer ce faible taux de participation. De prime abord, un bris dans le système de reconnaissance des cartes citoyennes, nécessaires au vote pendant une partie de la journée, a aussi contribué au faible taux de participation électorale (6). De plus, l'élection avait un manque d'enjeu éloquent aux yeux de la population, étant donné le peu de pouvoir que possède le président et l'anticipation trop évidente des résultats. Enfin, les Portugais étaient probablement plus intéressés par leurs problèmes financiers qui ne relèvent pas de la juridiction du président.

Un président à figure honorifique et une crise économico-politique

Au Portugal, le chef d'État n'a, à proprement parler, qu'un «pouvoir» protocolaire. Par contre, celui-ci reste très influent auprès de la population, ce qui lui confère une voix importante dans les grands débats (7). D'autre part, comme dans toute république parlementaire, le président peut dissoudre le Parlement et déclencher des élections législatives. Toutefois, ce pouvoir n'est utilisé que dans de rares cas et avec d'excellents arguments à l'appui.

Dans la présente situation, le gouvernement n'a pas un appui suffisant en chambre. Il est minoritaire, et a soumis le peuple à trois budgets draconiens en une seule année. Ils ont mené à d'importantes manifestations en vue d'éliminer la dette grandissante du pays (82% du PIB en 2011) (8). Si l'on ajoute cette situation au faible taux de participation à la présidentielle, l'on peut en déduire que le moral des Portugais est à son plus bas et que le gouvernement socialiste fait de moins en moins la cote dans l'électorat.

Les médias ont d'ailleurs demandé au président s'il avait l'intention de déclencher des législatives à la vue des derniers évènements. Celui-ci a répondu qu'il reconnait le gouvernement qui est en place et qu'il donnerait sa «coopération loyale» (9) aux membres du Parlement. De nouvelles élections couteraient énormément aux contribuables qui croulent déjà sous la dette et le chômage.

Ainsi, dans la présente conjoncture, malgré les manifestations, le président ne déclenchera pas de nouvelles élections. Par contre, les élus devront trouver un terrain d'entente d'ici les prochaines législatives prévues pour 2013 (10), sans quoi les Portugais ne verront pas d'améliorations de sitôt.




Références:

(1) S.A. «Au nord du Portugal, la crise économique éclipse l'enjeu de la présidentielle - L'élection présidentielle», Le Monde, 24 janvier 2011, p.8

(2) CEÏBE, Cathy. «Le président de droite portugais par défaut», L'Humanité, 25 janvier 2011

(3) FENOGLIO, Jérôme. «Malgré la réélection d'Anibal Cavaco Silva, la scène politique portugaise reste confuse», Le Monde, 25 janvier 2011, p.7

(4) CEÏBE, Cathy. Op. Cit.

(5) AGENCE PRESSE FRANCE, éd. «Réélection sans surprise de Cavaco Silva», Le Temps, 24 Janvier 2001

(6) ASSOCIATED PRESS, éd. «Portugal's presidential election at a glance», The Canadian Press, January 23, 2011

(7) AGENCE PRESSE FRANCE, éd. Op. Cit.

(8) Loc. Cit.

(9) Loc. Cit.

(10) ASSOCIATED PRESS, éd. «Président réélu au Portugal», Le Soleil, 24 janvier 2011, p.23

Autres références

CENTRAL INTELLIGENCE AGENCY, éd. The world fact book - Portugal - Government, [en ligne], 2011, https://www.cia.gov/library/publications/the-world... (consulté le 21 février 2011)

S.A. «Portugal. Le président Cavaco Silva a été aisément réélu», La Croix, 25 janvier 2011, p.8

Dernière modification: 2011-02-28 15:09:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

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