21 juillet 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

15 février 2011

Manifestations en Égypte : la population aspire à une meilleure qualité de vie


Mathilde Beauchemin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

Le 25 janvier 2011, onze jours après la révolution du jasmin menant au départ du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali [1], près de 20 000 Égyptiens se sont à leur tour rassemblés dans les rues du Caire afin de revendiquer la démission de leur président, Hosni Moubarak [2]. Ces manifestations, « les plus importantes depuis des années en Égypte [3] », reflétaient le besoin de la population égyptienne pour le changement.

Près de 30 ans de régime autoritaire

Militaire de carrière, Hosni Moubarak a fait partie du regroupement des « officiers libres [4] ». Ces derniers ont mis fin à la monarchie en Égypte, à la suite du coup d'État organisé par Gamal Abdel Nasser le 23 juillet 1952. Sous la gouvernance de Nasser, Moubarak « réorganise l'aviation [5] » militaire de la nouvelle République. Puis, en 1975, le président Anouar El-Sadate, successeur de Nasser, le nomme vice-président du pays. Lorsque Anouar El-Sadate est assassiné par des extrémistes islamiques le 6 octobre 1981, Hosni Moubarak accède à la présidence de l'Égypte.

Les années de pouvoir de Moubarak sont caractérisées par l'autoritarisme du régime qu'il dirige [6]. Dès son arrivée à la tête du pays, ce dernier instaure la loi sur l'état d'urgence qu'il maintient tout au long de son règne. Cette loi augmente les pouvoirs du régime au détriment des libertés du peuple égyptien. Elle permet, entre autres, aux autorités d'arrêter des individus sans avoir de mandat et de les emprisonner pour une durée illimitée. Elle interdit aussi les manifestations [7].

En outre, Moubarak détient des pouvoirs étendus : il est le seul à avoir « le droit de dissoudre le Parlement, de remanier le cabinet et d'approuver les changements à la Constitution [8]. » Il convient également de souligner qu'avant de céder aux pressions des manifestants, le 29 janvier 2011, celui-ci n'avait jamais nommé de vice-président [9].

Liberté et pauvreté

L'absence de libertés et de démocratie sont les deux premières causes d'insatisfaction évoquées par les opposants du régime. Ils dénoncent d'abord la continuité de l'état d'urgence qui n'a jamais été levé depuis 30 ans [10]. Ils déplorent aussi le peu d'ouverture dont fait preuve le régime à l'égard de la démocratie. Si Hosni Moubarak a été élu président du pays à trois reprises en 1987, 1993 et 1999, il ne s'agissait cependant pas d'élections multipartites : celui-ci était en effet le seul candidat. Les Égyptiens n'avaient donc aucune alternative légale au gouvernement en place. Ce n'est qu'en 2005 qu'a lieu la première élection où différents partis politiques peuvent se présenter. Moubarak est alors réélu avec une large majorité, malgré les contestations des partis politiques qui qualifient l'exercice de frauduleux [11].

La situation socio-économique de la population égyptienne est également à la source du soulèvement. Ce pays arabe peuplé d'un peu plus de 80 millions d'habitants [12] « est aussi parmi les plus pauvres [13] ». Selon les critères des Nations unies, « [p]rès de la moitié des [...] Égyptiens vivent sous le seuil de la pauvreté [14] ». De plus, en 2009, le taux de chômage atteignait 9,6 %, ce qui est assez élevé [15]. Cette condition touche particulièrement les jeunes adultes : « 50 % des jeunes hommes (18-29 ans) titulaires d'un diplôme post-secondaire et 80 % des jeunes femmes du même âge [16] ». Selon le Bureau international du travail, « le manque d'emplois décents [17] » est un problème majeur en Égypte. Cet organisme est d'avis que, combiné aux conditions de vie déjà difficiles, cet élément aurait grandement contribué à la vague de protestations contre le régime.

Au terme de dix-huit jours de manifestations, Hosni Moubarak a finalement quitté ses fonctions, le 11 février 2011, laissant le pouvoir à l'armée qui a pour rôle d'assurer la transition vers un nouveau gouvernement [18]. Il sera intéressant de voir si les revendications de la population seront entendues, ou si, au contraire, le pouvoir se retrouvera à nouveau exclusivement entre les mains d'une personne ou d'un groupe. Sans être pessimiste, il importe de souligner, comme l'explique Pauline Fréour, que l'armée, « très riche, contrôle de nombreuses sociétés et ne souhaite pas voir ses avantages remis en cause. [19] »




Références:

[1] TV5 MONDE. « Tunisie : La « révolution de jasmin » fait tomber Ben Ali », [En ligne], pas de date spécifiée, http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les... (page consultée le 11 février 2011).

[2] LIBÉRATION. « Égypte. Chronologie », 11 février 2011, p. 2.

[3] ASSOCIATED PRESS. « D'importantes manifestations éclatent en Égypte contre le régime Moubarak », Le Devoir, [En ligne], 30 janvier 2011, http://www.ledevoir.com/international/afrique/3154... (page consultée le 11 février 2011).

[4] AMMOUN, Denise. « Le destin d'un raïs », La Croix, 11 février 2011, p. 8.

[5] Loc. Cit.

[6] AGENCE FRANCE-PRESSE. « Moubarak : la chute d'un Sphinx », Cyberpresse, [En ligne], 11 février 2011, http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/c... (page consultée le 11 février 2011).

[7] RADIO-CANADA. « Moubarak et ElBaradei parlent, tandis que la rue gronde », [En ligne], 31 janvier 2011, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (page consultée le 11 février 2011).

[8] OUIMET, Michèle. « L'entêtement du vieux Moubarak », La Presse, [En ligne], 11 février 2011, http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/michele-oui... (page consultée le 11 février 2011).

[9] RADIO-CANADA. « La rue ne plie pas après les annonces de Moubarak », [En ligne], 29 janvier 2011, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (page consultée le 11 février 2011).

[10] AMMOUN, Denise, Op. Cit.

[11] Loc. Cit

[12] BBC NEWS. « Egypt country profile », [En ligne], 11 février 2011, http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/country_profiles... (page consultée le 11 février 2011).

[13] GALANI, Una. « Face à l'agitation sociale, la marge de manœuvre de l'Égypte est étroite », Le Monde, [En ligne], 28 janvier 2011, http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ARCHIVES/... (page consultée le 11 février 2011).

[14] ASSOCIATED PRESS, Op. Cit.

[15] RADIO-CANADA. « L'Égypte », [En ligne], 14 février 2011, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (page consultée le 14 février 2011).

[16] PLOQUIN, Jean-Christophe. « Pourquoi l'Égypte tremble », La Croix, 11 février 2011, p. 14.

[17] AGENCE FRANCE-PRESSE. « Égypte : le manque de travail décent, une des causes de la crise actuelle », La Tribune de Genève, [En ligne], 3 février 2011, http://www.tdg.ch/depeches/suisse/egypte-manque-tr... (page consultée le 11 février 2011).

[18] AGENCE FRANCE-PRESSE. « Moubarak : la chute d'un Sphinx », Op. Cit.

[19] FRÉOUR, Pauline. « Si Moubarak tombe, ce sera le chaos assuré », Le Figaro, [En ligne], 11 février 2011, http://www.lefigaro.fr/international/2011/01/26/01... (page consultée le 11 février 2011).

Dernière modification: 2011-02-21 08:05:49

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Égypte : le régime de la terreur d'al-Sissi
>avril 2019


La dette égyptienne : difficile de s'en sortir
>octobre 2018


Le canal de Suez : un tremplin pour l'économie égyptienne
>mars 2017


Boutros Boutros-Ghali : un « dirigeant mémorable » des Nations unies
>février 2017


La justice égyptienne sévère à l'endroit d'un ex-président
>novembre 2016


Al-Sissi : de l'armée à la présidence égyptienne
>novembre 2015


Afrique : un pas de plus vers l'intégration économique
>septembre 2015


Égypte : la liberté d'expression en danger
>février 2015


L'armée égyptienne : acteur immuable du pouvoir présidentiel
>décembre 2014


Égypte : une économie asphyxiée, une destination délaissée
>avril 2014


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019