Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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22 November 2010

Bernie Sanders : un politicien atypique


Maxime Péloquin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Les États-Unis d'Amérique forment un pays à la fois très démocratique et particulièrement conservateur au niveau politique. En effet, les Américains sont comblés par leur vieux système bipartisan : une personne est soit démocrate, soit républicaine. De plus, peut-être à cause de séquelles idéologiques de la grande Peur rouge (où l'on chassait les communistes aux États-Unis), le mot socialisme fait grincer des dents.

Dans ce contexte, un politicien américain détonne complètement du portrait : Bernie Sanders. Ce sénateur du Vermont de 69 ans s'affiche ouvertement comme un indépendant ainsi qu'un social-démocrate. Avant d'accéder à ce poste prestigieux, il fut un maire coloré de Burlington pendant la quasi-totalité des années 1980 et un élu indépendant à la Chambre des représentants en 1991. Portrait d'un politicien aimé de tous qui réussit contre vents et marées.

Une carrière exceptionnelle

Bernard « Bernie » Sanders, a quitté New York en 1969 pour aller s'établir au Vermont. Il faisait partie d'un vaste groupe de hippies, d'artistes et d'intellectuels qui se sont établis dans cet État plutôt rural pour fuir le militarisme et les tensions raciales(1). Peu de temps après, M. Sanders se lance en politique et tente sa chance à l'élection sénatoriale du Vermont sous la bannière du Liberty Union Party, un parti socialiste qui se braque contre la guerre au Viêt-Nam. Le résultat, entre 1 et 2%, est un échec (2).

En 1981, « Bernie » tente sa chance à la mairie de la plus grande ville du Vermont, soit Burlington. C'est la surprise totale lorsqu'il remporte le poste avec une majorité d'à peine 12 voix. À toutes fins pratiques, Bernie Sanders est le seul maire socialiste de l'ensemble des États-Unis. À titre d'exemple, lorsqu'il y a eu une crise des loyers en raison d'une croissance de l'Université du Vermont, celui-ci n'hésite pas à défendre les locataires, les gens à faibles revenus(3). De plus, M. Sanders colle une taxe de 2.8 millions de dollars au Medical Center Hospital, un centre privé où « Bernie » juge qu'on ne donne pas suffisamment de soins gratuits aux malades pour obtenir une exemption fiscale(4).

Se servant de sa forte popularité comme maire de Burlington, Bernie Sanders est par la suite élu à la Chambre des représentants en 1990, comme indépendant. Il avait toutefois raté sa chance en 1988 contre le républicain Peter Smith(5). Ses adversaires lui reprochent, en tant que représentant, de n'avoir apporté que très peu de mesures tangibles. Cela ne l'empêche pas de laisser sa marque. En 1999, il conduit à deux reprises un groupe de femmes - qui avaient survécu au cancer du sein - à Montréal pour qu'elles puissent acheter du tamoxifène, un médicament contre le cancer. Celui-ci est dix fois moins cher au Canada qu'aux États-Unis. Sanders se justifie ainsi : « Je ne comprends pas. On a le droit d'importer de la laitue du Mexique et pas le droit d'importer des médicaments du Canada. Tout ça pour faire plaisir aux compagnies pharmaceutiques »(6).

En 2006, « Bernie » vise à nouveau le poste qu'il avait raté de façon humiliante dans les années 1970, soit celui de sénateur du Vermont. Cette fois, M. Sanders récolte près de deux tiers des voix. Il y perpétue, toujours en tant qu'indépendant, les grandes lignes de la pensée socialiste qu'il conserve, intacte, depuis son arrivée à la mairie de Burlington.

Un homme qui détonne du décor politique

Si, à première vue, le chemin politique de Bernie Sanders semble simplement rempli de succès, tout comme celui de plusieurs autres politiciens américains, son véritable mérite se loge dans la popularité qu'il conserve malgré son idéologie. Aux États-Unis, le système bipartisan ne laisse pratiquement aucune place aux indépendants, pas plus qu'à un éventuel troisième parti. M. Sanders, en plus d'être la preuve vivante qu'il est possible de se faire élire à différents postes en tant qu'indépendant, a toujours milité en faveur de la nécessité d'avoir un tiers parti aux États-Unis.

Déjà, en 1989, il écrivait une lettre dans le New York Times dans laquelle il expliquait son point. Il y affirmait que le statu quo politique des deux grands partis est devenu insoutenable. Ni l'un, ni l'autre n'adopte des mesures concrètes pour palier au fait que le 1 pourcent le plus riche des Américains possède la moitié des ressources du pays, expliquait t-il. Sanders écrivait alors que la vraie question n'est pas de chercher à savoir pourquoi la moitié des gens ne votent pas, mais comment se peut-il que l'autre moitié vote encore(7).

Un autre aspect de Bernie Sanders est plutôt atypique aux États-Unis. En effet, celui-ci s'affirme comme socialiste ou social-démocrate. Dans les deux cas, le mot est généralement associé au communisme, une doctrine qui a été exorcisée du pays au cours du XXe siècle. Dans la vision qu'il a de lui-même ainsi que d'un tiers parti, « Bernie » y explique une volonté de ressembler au Nouveau parti démocratique (NPD) canadien(8). Il faut comprendre que le système politique américain étant plus à droite que celui du Canada, un parti semblable au NPD serait beaucoup plus progressiste que le Parti démocrate américain.

L'apparence et les traits de caractère de M. Sanders ne font pas exception à son côté hors du commun. Lunettes à grosse monture noire, habits souvent froissés et cheveux blancs parfois pêle-mêle sont devenus sa marque de commerce. Si Bernie Sanders affiche des positions claires et tranchées, cela ne l'empêche pas d'être amicalement apprécié de tous, même de ses adversaires (9).

Les combats politiques d'un homme dévoué

La réforme du système de santé, un des chevaux de bataille de Bernie Sanders, fut martelée de sa part depuis les débuts de sa carrière politique. Bien avant les efforts de MM. Bill Clinton et Barack Obama, Sanders affirmait vouloir instaurer un système de santé universel, basé sur le modèle canadien, aux États-Unis(10).

Il lui arrive souvent de joindre ce débat à un autre de ses grands adversaires : le budget de la défense. Férocement opposé à la guerre en Irak depuis ses débuts, Sanders explique : « Avec l'argent que coûtent quelques mois de guerre en Irak, on pourrait donner une assurance médicale à tous les enfants américains. Comment pouvons-nous prétendre que nous sommes une grande nation? C'est une honte! »(11).

Si « Bernie » est souvent associé au Parti démocrate, il n'est cependant pas braqué idéologiquement. Il s'affirme d'ailleurs en faveur du droit de posséder des armes à feu, une position généralement prônée par les républicains(12). Qui plus est, il a déjà déposé un projet de loi républicain au Sénat concernant une obligation de transparence de la Réserve fédérale américaine(13).

Il est difficile d'expliquer pourquoi « Bernie », un homme de convictions, fidèle à des idées très atypiques pour les États-Unis, soit aussi populaire dans l'État du Vermont. Ce qui est une certitude, cependant, c'est que la qualité de son travail fait l'unanimité. Dès ses débuts en politique, Bernard Sanders a défendu les intérêts de son pays de la façon qu'il croit toujours être la meilleure. C'est là, peut-être, que se cache la réponse à cette popularité.




Références:

(1) GRUDA, Agnès, « L'élection libre du Vermont », La Presse, 17 juin 2007, p.A6

(2) Loc. cit.

(3) Loc. cit.

(4) BRIE, Albert, « Le mot du silencieux », La Presse, 15 mai 1988, p.B2

(5) THE NEW YORK TIMES, Bernard Sanders (note biographique), [En ligne], http://topics.nytimes.com/top/reference/timestopic... (page consultée le 6 novembre 2010).

(6) GRUDA, Agnès, op. cit.

(7) SANDERS, Bernie, « This Country Needs a Third Political Party », New York Times, 1er mars 1989, p.19

(8) BUREAU, Stephan, « Un socialiste à Washington… et c'est un voisin du Vermont », La Presse, 11 mai 1991, p.B7

(9) GRUDA, Agnès, op. cit.

(10) BUREAU, Stephan, op cit.

(11) GRUDA, Agnès, op. cit.

(12) Loc. cit.

(13) DOSTIE Jr., Claude, « Certains veulent abolir la Fed », Finance et investissement, Vol. 10 no. 8, 1er mars 2010, p.B6

Autre référence

LESNES, Corinne, « Bernie, le socialiste démocratique », Le Monde, 5 juin 2008, p.32

Dernière modification: 2010-11-22 08:14:11

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