Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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16 November 2010

L'influence de l'humoriste Jon Stewart : c'est du sérieux!


Kevin Tear
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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L'homme le plus influent de la planète est-il nécessairement un homme politique, du moins, un politicien? À en croire le site Web Askmen, à cause de sa capacité à faire changer l'opinion publique, l'animateur américain Jon Stewart se retrouverait à la tête du palmarès des personnalités les plus influentes(1).

Afin de comprendre l'intérêt que lui portent ses auditeurs, ce texte mettra en perspective l'évolution de sa carrière et de son opinion face à la politique. Une brève présentation de l'émission télévisée de ce personnage haut en couleur suivra puisque c'est elle qui lui permet de rejoindre cet auditoire. Finalement, on observera l'influence de cet homme par un exemple concret, soit le « rassemblement pour lutter contre l'insanité ».

Un homme multidisciplinaire

Jon Stewart, de son vrai nom Jonathan Stuart Leibowitz, est né à Trenton, une petite ville du New Jersey, le 28 novembre 1962(2). C'est en 1986, alors qu'il s'installe à New York, que sa carrière prend réellement son envol. Après avoir fait du stand-up comique dans un cabaret populaire, Stewart décroche son premier poste d'animateur télévisé en 1989, en prenant les rênes de l'émission « Short Attention Span Theater »(3). Quatre ans plus tard, grâce au support de David Letterman, un de ses confrères humoristes, Jon Stewart lance son propre show qui portera d'ailleurs son nom(4). En 1999, il remplace Craig Kilborn à la barre du « Daily Show », qui deviendra la principale cause de sa cote de popularité toujours croissante. Il crée ainsi sa marque de commerce avec ce journal télévisé en abordant l'actualité d'un point de vue ironique, afin de souligner l'incohérence et le sensationnalisme de certaines nouvelles(5).

Par ailleurs, ses apparitions dans quelques séries télévisées comme « Spin City » et « NewsRadio », dévoilent son talent de comédien. Enfin, il occupera le rôle de présentateur lors de la soirée de la cérémonie des Oscars en 2006 et 2008(6). Ainsi, le polyvalent Jon Stewart est à la fois un comédien, un journaliste, un animateur, mais avant tout, un humoriste satirique. Le travail de ce dernier sera récompensé en 2000 et 2004 par le prix Peabody, qui souligne la meilleure couverture journalistique de l'élection présidentielle américaine(7).

On remarque cependant que Stewart outrepasse la neutralité et que ses discours soutiennent la gauche en général(8). Par exemple, il s'attaque à son homologue ultraconservateur de la chaîne Fox News, Glenn Beck, qui défend les idées extrémistes de la droite républicaine. Il disait un jour de lui : « C'est le type qui dit tout haut ce que pensent les gens qui ne pensent pas »(9). Pour sa part, Aaron Sorkin, créateur de la série West Wing, considère que l'humoriste est aux antipodes du parti d'extrême droite qu'est le Tea Party(10). Enfin, un sondage du Pew Research Center a indiqué que Jon Stewart était beaucoup plus populaire auprès de l'électorat démocrate que républicain(11).

Une révolution dans la présentation des nouvelles?

Depuis la création du « Daily Show », ses adeptes ne cessent de se multiplier. On compte aujourd'hui près de deux millions de téléspectateurs qui regardent assidûment cette émission. Avec Internet et la diffusion en France, ce nombre triple pour atteindre près de six millions(12).

Plusieurs raisons expliquent cette popularité grandissante. Notamment, le sens de la répartie exceptionnel de l'animateur, son humour caustique et ses interviews directes ajoutent du piquant à l'actualité qu'on analyse maintenant sous un nouvel angle(13). Selon des chercheurs de l'Université de l'Indiana, le journal télévisé de Stewart serait presque une matière à étude en soi puisqu'il contient, à leur avis, autant d'information qu'une émission d'actualité classique et met en relief les évènements majeurs du brouhaha médiatique. De plus, il met en évidence les faux pas des politiciens(14). Michael Dimock, directeur adjoint du Pew Research Center for the People and the Press, explique que le « Daily Show » fait la convoitise des grands médias puisqu'il attire un public important qui est jeune et éduqué(15). Cependant, malgré la qualité de ce public, Dimock rappelle qu'il n'est pas représentatif du pays.

En plus de la qualité de l'auditoire, ce journal télévisé se distingue par les invités de marque qu'il reçoit sur son plateau. Par exemple, d'anciens présidents américains comme Bill Clinton et Jimmy Carter, ou encore le sénateur républicain, John McCain, et la secrétaire d'État des États-Unis, Hillary Clinton, ont accepté de « confronter » l'irrévérencieux Jon Stewart. Tout récemment, le 30 octobre 2010, Jon Stewart eut le grand honneur de recevoir, pour la première fois, un président américain en exercice, soit Barack Obama. Ce dernier a accepté l'invitation, y voyant une opportunité politique à quelques jours des élections de mi-mandat(16). En effet, le président démocrate avait absolument besoin de l'appui des jeunes électeurs - 42% des téléspectateurs ont moins de 30 ans - pour conserver sa majorité en chambre (à la suite des élections de mi-mandat)(17). Malheureusement pour lui et son camp, son apparition ne donnera pas les résultats escomptés.

Un rassemblement qui dépasse les espérances

Malgré le fait que Stewart se décrit comme un amuseur public et se défend de faire de la politique(18), plusieurs observateurs le perçoivent maintenant comme loin d'être impartial(19). Preuve de son implication sur la scène politique, Jon Stewart, en compagnie de son collègue ironiste Stephen Colbert, ont organisé un rassemblement en face de la Maison Blanche dont le but était de « rétablir la raison et la modération » des électeurs (Rally to Restore Sanity)(20). Ironiquement, Colbert incarnait à ce moment un républicain extrémiste avec sa « marche pour entretenir la peur »(21). Ce rassemblement répondait aussi à la marche du présentateur ultraconservateur de Fox News, Glenn Beck, intitulée « Restoring Honor Rally », qui a eu lieu deux mois plus tôt(22). Cette mobilisation avait démontré la force politique de l'animateur et instigateur des « Tea parties », puisqu'elle avait réussi à réunir 87 000 personnes sur le terrain du Washinton Mall(23).

Le but principal de l'évènement organisé par Stewart était, selon certains, de remobiliser le camp démocrate et de stopper l'ascension des républicains avant les élections du 2 novembre 2010(24). Malgré le fait que le rassemblement était insuffisant pour influencer les résultats selon Mickael Dimock, l'animateur a tout de moins réussi à rallier pas moins de 225 000 personnes, soit près de trois fois plus que Glenn Beck(25). On pouvait lire sur les affiches des « supporteurs de la raison », des messages tels que : « L'homophobie est tellement gaie» ou «Arrêtons l'immigration illégale : empêchons les oies canadiennes d'entrer au pays», pour narguer les conservateurs. Stewart souhaitait ainsi donner la parole aux « 80-85% des Américains qui ne sont pas des extrémistes »(26).

En somme, las des déboires de la politique américaine, Jon Stewart commence à y participer personnellement dans le but de l'améliorer. Après une carrière en tant que « spectateur », l'animateur se lance maintenant sur l'échiquier politique de manière active. Le rassemblement de Washington a d'ailleurs soulevé plusieurs questions au sujet de l'avenir du comédien. Étant véritablement une tribune pour le Parti démocrate, l'évènement de Jon Stewart a fait en sorte que l'écrivain et producteur de nombreux reality-shows, Michael Hirschorn, y a vu une transformation du rôle des acteurs politiques : « Stewart et Colbert sont en train de passer du statut de figures médiatiques à celui de figures politiques »(27). Peut-être alors que les prochaines affiches des partisans de l'animateur diront: « Stewart for president »!




Références:

(1) REVIEW DE PRESSE. Jon Stewart, homme le plus influent au monde, [En ligne], 26 octobre 2010, http://reviewdepresse.over-blog.com/article-jon-st... (page consultée le 7 novembre 2010).

(2) L. LEMA. « Rassemblement à Washington pour lutter contre « l'insanité » », Le Temps (Suisse), 30 octobre 2010.

(3) EVENE.fr. Jon Stewart; humoriste américain, [En ligne], http://www.evene.fr/celebre/biographie/jon-stewart... (page consultée le 7 novembre 2010).

(4) Ibid.

(5) L. LEMA, op. cit.

(6) EVENE.fr, op. cit.

(7) About.com. Daily Show's Jon Stewart Wins Top Journalism Award, [En ligne], http://usliberals.about.com/b/2005/04/08/daily-sho... (page consultée le 7 novembre 2010).

(8) J-L. TURLIN. « Jon Stewart, le présentateur qui terrorise Obama et McCain », Le Figaro (France), 21 août 2008.

(9) S. CYPEL. « Un animateur de télévision mobilise les anti-tea parties en faveur de Barack Obama », Le Monde (France), 1 novembre 2010, p. 6.

(10) The New York Times. « Jon Stewart met un pied dans la politique », Courrier international (France), 7 octobre 2010, p. 44.

(11) « Jon Stewart : rassemblement réussi à Washington », La Presse Canadienne (Canada), 30 octobre 2010.

(12) L. LEMA, op. cit.

(13) S. CYPEL, op. cit.

(14) L. LEMA, op. cit.

(15) J-L. TURLIN, op. cit.

(16) « Le paradoxe Obama », Le Monde (France), 3 novembre 2010, p. 16.

(17) J-L. TURLIN, op. cit.

(18) S. CYPEL, op. cit.

(19) The New York Times, op. cit.

(20) The daily show. Rally to restore sanity, op. cit.

(21) N. BÉRUBÉ. « Rassemblement à Washington le 30 octobre; Jon Stewart veut « célébrer la modération » », La Presse (Montréal), 18 septembre 2010, p. A32.

(22) The New York Times, op. cit.

(23) S. CYPEL, op. cit.

(24) S. TAVERNISE et B. SHELTER. « Une drôle de manifestation », Courrier international, 2 novembre 2010.

(25) « Jon Stewart : rassemblement réussi à Washington », La Presse Canadienne (Canada), 30 octobre 2010.

(26) The daily show. Rally to restore sanity, [En ligne], http://www.rallytorestoresanity.com, (page consultée le 6 novembre 2010).

(27) The New York Times, op. cit.

Dernière modification: 2010-11-22 07:55:10

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