Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 décembre 2018

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

19 February 2006

Des élections en Haïti plutôt boiteuses


Annie Chaloux
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

September
2017
Ouragans sur les Caraïbes

November
2016
Élection de Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti

September
2016
Apparition de l'ouragan Matthew

March
2011
Élection de Michel Martelly à la présidence d'Haïti

January
2010
Tremblement de terre dévastateur en Haïti

February
2004
Démission du président haïtien Jean-Bertrand Aristide

November
2000
Élection de Jean-Bertrand Aristide à la présidence de Haïti

September
1991
Renversement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide

June
1988
Renversement du président haïtien Leslie Manigat

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

February
1986
Départ du président haïtien Jean-Claude Duvalier

April
1971
Décès du président haïtien François Duvalier

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

September
1957
Accession de François Duvalier à la présidence de Haïti

May
1950
Démission du président Dumarsais Estimé en Haïti

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Haïti, le pays le plus pauvre d'Amérique. Ce pays a vécu une lourde dictature, puis une démocratisation parsemée de coups d'État. Après la chute du président Jean-Bertrand Aristide en 2004, le pays sombre un peu plus.

Mais voilà que le Premier Ministre désigné, Gérard Latortue, nommé suite à la chute de Aristide, promet des élections démocratiques et obtient le soutien de différents pays et Organisations non gouvernementales (ONG), afin de stabiliser le pays. Après plusieurs reports de la date d'élection, la population se rend enfin aux urnes, le 7 février, dans un calme relatif et où « malgré des imperfections, [l'élection] a été "libre", ont estimé plus de 200 observateurs internationaux (1). »

Le problème de cette élection fut sans contredit la durée de l'attente de résultats, qui n'a fait qu'alimenter l'impatience des citoyens et de la communauté internationale. Certaines fraudes auraient été perçues, des manifestations auraient mal tourné et « des Casques bleus ont ouvert le feu sur des manifestants, faisant un mort, selon des témoins, et plusieurs blessés, selon des sources policières et onusiennes (2). »

Suite à la découverte de bulletins de votes dans un dépotoir, ce qui a alarmée la population haïtienne, les résultats auraient été gonflés, afin d'éviter un second tour, élire Préval et permettre d'abaisser la tension et calmer les ardeurs de la population. Finalement, le favori René Préval, est déclaré vainqueur au premier tour avec 51,15 % des votes.

Réactions de la presse québécoise : des résultats crédibles?

Cette élection a suscité beaucoup d'intérêt au niveau international, mais également dans la presse québécoise.

D'une part, pour Mario Roy, éditorialiste de « la Presse », « rien n'a fonctionné de façon absolument correcte (3). » Par contre, il ne croit pas que cette élection soit illégitime ou illégale puisque « nonobstant toute irrégularité dans le processus électoral, Préval a très largement devancé les autres candidats » (4).

De plus, le pays étant fortement déstructuré politiquement, on ne pouvait plus s'attendre à un scrutin parfait, sans anicroche. Roy ajoute que la décision prise de gonfler les résultats et éviter ainsi un second tour n'est pas nécessairement une idée déplorable car une période d'incertitude qui aurait été plus longue aurait ruiné la paix encore fragile dans la capitale et donc annihiler le processus électoral(5). On y sent par ailleurs chez Roy un certain espoir relativement à ces élections, malgré la situation bancale à laquelle le nouveau président fait face.

D'après Serge Truffaut du « Devoir », la crédibilité des résultats est davantage liée au « gonflage des suffrages » afin de faire passer Préval au-delà de la barre des 50 % plus 1 voix. Cela étant dit, « la crédibilité de cet exercice démocratique a été passablement altérée par l'usage du forceps par des gens qui tenaient à précipiter le tout » (6). De fait, plusieurs événements malheureux ont, terni cette élection de diverses manières, comme la découverte de milliers de bulletins de vote dans un dépotoir, les manifestations subséquentes dans Port-au-Prince ou la réaction de la communauté internationale qui a « négocié » afin d'éviter un second tour. Truffaut ajoute qu'« au terme de cette élection, on a le sentiment très désagréable qu'elle a en partie été une mascarade » (7). On éprouve donc, dans ses écrits, un certain cynisme quant à la volonté réelle de la communauté internationale de démocratiser de façon permanente Haïti puisque la serviette a été jetée très rapidement.

Philippe Rater, du journal « Le Soleil », explore d'un autre regard cette élection. La longue comptabilisation des votes et les dénonciations de fraudes ont épuisé la communauté internationale, qui « a jeté le gant » (8), victime de son épuisement face à cette élection. Pour lui, cette élection « n'aura pas été à la hauteur du formidable enthousiasme montré lors des élections du 7 février » (9). Par contre, il expose le fait que le peuple lui-même est ignorant des réels principes démocratiques, ce qui le rend inapte à avoir une réelle prise de conscience dans cette élection. « Habitué à des élections à un tour, remportées avec 90 % des voix, il n'a pas compris une longue comptabilisation des votes »(10). Toutefois, on ne sent pas de cynisme, mais plutôt un réalisme une compréhension de la longue route qu'il reste à accomplir avant d'en arriver à une véritable démocratie en Haïti.

Bref, cette élection controversée ne passera certainement pas à l'histoire comme la première élection démocratique exemplaire. En revanche, des bases sont en voie de se construire, afin de bâtir une réelle démocratie et ainsi stabiliser le pays, victime depuis trop longtemps de dictatures, de crises et de coups d'État.




Références:

(1) « Pour un seul tour et René Préval à Haïti », Le Soleil, 16 février 2006, p. A13.

(2) « Des soldats de l'ONU auraient tué un manifestant », La Presse, 14 février 2006, p. A1.

(3) ROY, Mario, « Le scrutin bancal », La Presse, 18 février 2006, p. A31.

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) TRUFFAUT, Serge « Victoire bancale », Le Devoir, 17 février 2006, p. A8.

(7) Loc. cit.

(8) RATER, Philippe, « Un long chemin vers la démocratie », Le Soleil, 17 février 2006, p. A13.

(9) Loc. cit.

(10) Loc. cit.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016