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1 mai 2012

Enjeux géostratégiques autour de l'or noir : l'Iran lance un combat à tout prix


Khady Niang Ly
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2017
Tremblement de terre dévastateur en Iran

mai
2017
Réélection en Iran du président Hassan Rohani

avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran

janvier
2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

novembre
2013
Entente internationale intérimaire sur le développement du programme nucléaire iranien

juin
2013
Élection de Hassan Rohani à la présidence de l'Iran

juin
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Iran

décembre
2003
Tremblement de terre en Iran

mai
1997
Élection de Mohammed Khatami à la présidence de l'Iran

juin
1990
Tremblement de terre en Iran

juin
1989
Décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en Iran

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

mars
1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

novembre
1987
Publication du rapport d'une Commission d'enquête sur l'affaire Iran-Contra

août
1981
Assassinat du président et du premier ministre de l’Iran

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

novembre
1979
Occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran

mars
1979
Début du deuxième « choc pétrolier »

février
1979
Retour d'exil de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny

Depuis plusieurs décennies, la question de la surenchère de l'or noir est au centre des débats sur l'énergie. En étudiant les raisons des nombreuses guerres qui ont secoué la planète dont les deux guerres du golfe qui, d'une façon ou d'une autre, trouvent leur origine dans le besoin de pétrole, il est quasi indubitable que subsiste une certaine volonté de contrôle politique qui a comme soubassement la question pétrolière. Ainsi, certains pays ont vite compris leur importance dans cette lutte de pouvoir. L'Iran en est un exemple. Quatrième producteur de pétrole au monde, l'Iran est le deuxième plus grand exportateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), une organisation créée à l'initiative du Shah d'Iran (1).

Vers une régulation de la manne pétrolière

La création de l'OPEP résulte du fait que, jusque dans les années 1950-1970, les compagnies pétrolières avaient les pleins pouvoirs sur le cours du pétrole et imposaient leurs prix aux pays producteurs. C'est ainsi que les principaux pays producteurs décidèrent de se regrouper de manière à pouvoir influer sur cette précieuse matière première. La prise de contrôle de la production de pétrole se fit alors par une politique de nationalisation. Étant maîtres de leur production, les pays producteurs peuvent de cette manière influencer le cours du baril de pétrole et ainsi augmenter leurs revenus(2). L'objectif étant de contribuer à la création d'un rapport de force plus équilibré et d'un climat d'harmonie dans les relations diplomatiques entre les pays exportateurs et producteurs. Cependant, il faut souligner qu'entre l'Iran et les États-Unis, celles-ci ont toujours été complexes.

En fait, jusqu'à la chute du Shah en 1979, les relations entre l'Iran et les États-Unis sont restées cordiales, et de nombreux constitutionnalistes iraniens ont considéré les États-Unis comme une « troisième force » dans leur lutte pour se libérer de la domination et de l'ingérence des Britanniques et des Soviétiques dans les affaires iraniennes. La présence américaine a cependant eu un prix : un contrôle permanent des affaires iraniennes pour avoir une mainmise sur la région (3).

Cela dit, cette situation change drastiquement avec la Révolution islamique de 1979. Le régime autoritaire longtemps soutenu par les États-Unis connait une fin brutale avec le retour d'exil de l'ayatollah Khomeiny. Accueilli triomphalement à Téhéran, celui-ci instaure une République islamiste nationaliste dont la législation s'inspire de la charia, la loi islamique. Les relations demeureront difficiles. elles se détérioreront même après les attaques du 11 septembre 2001, alors que le président américain George W. Bush identifiers l'Iran comme l'un des pays de l'axe du mal (4).

Le programme nucléaire iranien : des interprétations « contradictoires »

De plus, depuis 2003, les États-Unis affirment que l'Iran développe un programme d'armes nucléaires. L'Iran maintient pour sa part que son programme nucléaire ne vise qu'à produire de l'électricité. En juin 2005, la secrétaire d'État américain Condoleezza Rice avait même déclaré que le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed El Baradei, devait durcir sa position à propos de l'Iran (5).

Rappelons que les États-Unis et l'Iran sont parties prenantes du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui vise à réduire le risque que l'arme nucléaire se répande à travers le monde. Ainsi, lors de la conférence de mai 2005 sur le TNP, on a accusé les États-Unis et d'autres États possédant officiellement l'arme nucléaire de violer l'article 6 du TNP qui exige qu'ils désarment. De nombreuses sources journalistiques ont indiqué que rien n'a été fait à ce jour.

Parallèlement à cela, l'AIEA déclare que l'Iran viole l'accord de sauvegarde pour ne pas fournir d'informations suffisantes concernant son matériel nucléaire, son traitement et son utilisation (6). Les hostilités lancées, le pétrole devient la seule arme économique pour faire fléchir Téhéran. Une asphyxie de cette principale source financière l'amènerait selon la communauté internationale à reconsidérer sa position. Que nenni.

La résistance iranienne face à la pression internationale

Le 23 janvier 2012, l'Union européenne arrête une série de sanctions sans précédent contre l'Iran, notamment une interdiction totale des exportations de pétrole iranien. La mesure a pour objectif d'amener l'Iran à renoncer à ses activités nucléaires sensibles qui, selon les Occidentaux, visent à doter la République islamique de l'arme atomique. Ce qui ressortira de la déclaration conjointe de Nicolas Sarkozy, président de la République française, d'Angela Merkel, chancelière fédérale d'Allemagne et de David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni, c'est que « les dirigeants iraniens n'ont pas rétabli la confiance de la communauté internationale dans la nature exclusivement pacifique de leur programme nucléaire » (7).

Téhéran avait pour sa part menacé par le passé de bloquer le détroit d'Ormuz en cas de sanctions contre son pétrole. C'est ainsi qu'en janvier elle a testé la capacité de la marine iranienne à fermer le détroit (8). Les Iraniens ont aussi réagi sur le plan diplomatique en affirmant par la voix du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangère, Ramin Mehmanparast, que : «la menace, la pression et les sanctions injustes (...) sont vouées à l'échec», et «n'empêcheront pas l'Iran d'obtenir ses droits fondamentaux (9) » en matière nucléaire. «Les besoins en énergie à long terme du monde sont tels qu'on ne pas peut sanctionner l'Iran, qui possède les secondes réserves de gaz et les quatrièmes réserves du pétrole» mondiales, ajoute-t-il.

«Les sanctions contre les exportations pétrolières de l'Iran servent seulement les politiciens américains et européens pour faire de la propagande et n'auront pas d'effet sur l'économie iranienne (10)», a également affirmé Ali Adiani, membre de la Commission de l'énergie du parlement. À l'heure actuelle, en raison de la situation du marché, l'Iran peut vendre son pétrole à n'importe quel pays. Il s'agit d'une référence faite aux relations entre la Chine et l'Iran qui continuent de collaborer en matière pétrolière. Selon Adiani, « avec les sanctions, le prix du pétrole va augmenter et ce sera au détriment de l'Europe et des Etats-Unis» (11).

La «volonté hégémonique américaine» : prémices d'une autre guerre ?

Selon le géopolitologue français Charles St-prot, l'intensification des conflits entre les États-Unis et Téhéran n'est pas essentiellement due à la question des programmes nucléaires iraniens. Les préparatifs pour une nouvelle guerre d'agression seraient plutôt motivés par le déclin historique de l'impérialisme américain et sa détermination à imposer sa domination incontestée sur les régions riches en ressources énergétiques du Moyen-Orient et de l'Asie centrale. Après avoir envahi l'Afghanistan et l'Irak, les États-Unis menacent maintenant de déclencher une guerre qui pourrait impliquer toute la région et provoquer des conflits encore plus importants.

De plus, d'après Mohammad-Reza Djalili, politologue iranien et spécialiste du Moyen-Orient, si les pourparlers entre la communauté internationale et l'Iran échouent, le danger d'un conflit militaire déclenché par Israël ou les États-Unis va augmenter radicalement. Les dégâts collatéraux seraient énormes car les sévères sanctions bancaires imposées à l'Iran depuis l'année 2010 ont ralenti l'activité industrielle, réduit les investissements étrangers, provoqué une inflation de plus de 20%, accru le chômage et entraîné une pénurie de devises. De plus, la situation s'est aggravée avec l'embargo pétrolier qui a provoqué depuis le début de l'année une chute de 50% des exportations de brut dont l'Iran tire l'essentiel de ses ressources en devises, et un fort recul de la production tombée au plus bas depuis vingt ans. La question reste entière : une capitulation iranienne est-elle envisageable ?




Références:

1) LE MONDE DIPLOMATIQUE (archives). « Combats de l'OPEP», [En ligne], mai 2006, http://www.monde-diplomatique.fr/2006/05/A/13414 (page consultée le 16 mars 2012).

2) Ibid.

3) ARTE. Iran : une puissance dévoilée (Emission de télévision), Juillet 2010. Un film de Jean-François Colosimo et réalisé par Jean-Michel Vecchiet.

4) Ibid.

5) Ibid.

... Ali. « L'Iran et les enjeux géostratégiques au XXIe siècle », Hérodote, vol. 2, n° 133, 2009, pp. 180-197.

7) Élysée.fr. Déclaration conjointe de Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et David Cameron après l'adoption par l'UE d'une nouvelle série de sanctions contre l'Iran, [En ligne],janvier2012,http://www.elysee.fr/president/... (page consultée le 30 avril 2012).

8) LE MONDE. « L'Iran menace Ormuz pour éviter des sanctions », [En ligne], 03 janvier 2012, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/0... sanctions_1625083_3218.html (page consultée le 17 mars 2012).

9) BBC NEWS. « Iran tightens petrol rations as economic sanctions », [En ligne], 17 mars 2010, http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/8573087.stm (page consultée le 18 mars 2012).

10) Ibid.

11) Ibid. ... Barry. « Iran : l'émergence d'une puissance régionale », Géoéconomie, vol. 3,2008, n° 46, pp. 129-145.

13) IRAN OIL GAS PORTAL. The leading independant iranian oil gas & petrochimical information portal, [En ligne], http://www.iranoilgas.com/(page consultée le 16 mars 2012).

14) PREVOT, Victor. « Le pétrole iranien », Annales de Géographie, t. 63, n°339, 1954, pp. 380-387.

15) INTERNATIONAL ENERGY AGENCY. « Medium-term oil and gas markets 2010 », [En ligne], Opec annual statistical bulletin 2010/2011», http://www.iea.org/(page consultée le 17 mars 2012).

Dernière modification: 2012-09-20 16:28:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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