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10 May 2012

Mexique : le cartel de Sinaloa fait la loi


Marie-Hélène Brault
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2018
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September
2017
Tremblement de terre dévastateur au Mexique

July
2012
Élection d'Enrique Pena Nieto à la présidence du Mexique

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July
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July
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Tremblement de terre meurtrier au Mexique

July
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October
1968
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February
1960
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December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Le Mexique est l'un des rares pays à ne pas être en guerre, mais à tout de même connaître une grande augmentation d'actes criminels. De 2007 à 2010 seulement, le citoyen mexicain a vu le risque d'être assassiné multiplié par cinq et celui d'être enlevé par trois (1). L'augmentation de la criminalité dans le pays est notamment due aux cartels de la drogue qui ne cessent de prendre de l'ampleur. En effet, la population se sent de moins en moins en sécurité. Les citoyens qui le peuvent quittent le pays, tandis que d'autres envoient même leurs enfants à l'étranger pour qu'ils soient en sécurité(2).

Une emprise sans frontière

Le cartel de Sinaloa est aussi dénommé Organisation Guzmán-Loera ou bien cartel du Pacifique. Ces différentes appellations démontrent bien la présence de cette organisation criminelle mexicaine en Amérique centrale. Étant principalement basé dans la ville de Culiacán, ce cartel intervient également dans les États de Basse-Californie, Durango et de Chihuahua(3). La région de Sinaloa est un important producteur d'opium et de marijuana. La drogue est donc non seulement distribuée au Mexique, mais aussi en Colombie, au Panama, au Pérou, au Paraguay et en Argentine(4).

Oeuvrant dans le milieu de la drogue, le cartel pratique plusieurs activités illégales connexes comme les homicides, les enlèvements, les séquestrations, l'extorsion, le crime organisé, le blanchiment d'argent, le trafic d'armes et ainsi de suite(5). Depuis décembre 2006, soit la date de l'investiture du président Felipe Calderòn, le gouvernement a fait de la lutte antidrogue sa «priorité». Celle-ci aurait fait environ 25 000 morts, dont pas moins de 7000 depuis le mois de janvier 2012(6).

Le cartel est même considéré comme le plus puissant du pays étant donné son alliance avec le cartel du Golfe(7). Le cartel du Golfe est une autre organisation criminelle mexicaine, mais qui est principalement situé à Matamoris, dans le Tamaulipas, un État frontalier du Texas et tout près du golfe du Mexique(8). Ensemble, ils disposeraient d'environ 100 000 hommes armés selon le ministère de la Défense des États-Unis(9). De cette façon, il est profitable, autant pour une organisation que pour l'autre, de contrôler une très grande partie de la drogue qui se dirige aux États-Unis.

Une relève coriace

L'État de Sinaloa, au Mexique, a longtemps été un centre de contrebande, surtout pour la marijuana et la culture du pavot. En ce sens, pratiquement toutes les organisations criminelles mexicaines proviennent de la région.

Le cartel de Sinaloa a fait ses débuts dans les années 1960, grâce à l'organisation criminelle de Pedro Avilés Pérez(10). C'est durant sa première décennie d'activité que le cartel s'est déplacé de la contrebande vers la drogue et spécialement vers la marijuana étant donné son abondance dans la région. Cependant, le chef, Pedro Avilés Pérez, fut abattu en 1978 par la police fédérale(11).

À la suite de cet événement, c'est Joaquín Guzmán Loera, alias «El Chapo», qui prit les commandements du «consortium». Étant le principal responsable logistique, il assura la coordination des avions, des bateaux et des camions transportant la drogue depuis la Colombie jusqu'au Mexique(12). Profitant de l'arrestation du chef Pérez, il finit par contrôler l'entièreté de l'organisation criminelle avant d'être lui aussi capturé en 1993 et d'être envoyé à La Palma, une prison à sécurité maximale(13).

Cependant, en 2011, «El Chapo» aurait réussi à s'évader avec l'aide d'un gardien en se cachant dans un bac de linge sale(14). À ce moment, beaucoup de Mexicains ont pensé que les autorités l'avaient tout simplement laissé partir. Toutefois, il est assez difficile de savoir exactement ce qui s'est passé étant donné que les enregistrements des caméras de surveillance de la soirée ont été effacés(15). Chose certaine, à la suite de cette évasion, plus de 70 personnes ont été arrêtées (16). Selon Insight Crime, c'est grâce à la corruption de la police locale, ayant récolté 2,5 millions de dollars et plusieurs pots-de-vin, que la fuite de «El Chapo» a été réalisée avec succès(17).

En février 2009, à la suite d'une longue enquête de la «Drug Enforcement Administration», on annonçait l'arrestation aux États-Unis de 750 membres du cartel et une saisie de 59 millions de dollars(18). Pour sa part, Joaquín Guzmán demeure toujours introuvable et il est même devenu, au fil des années, un des hommes les plus recherchés au monde.

Une organisation caméléon

La principale raison pour laquelle le cartel de Sinaloa occupe une aussi grande place sur le marché noir est attribuable à l'établissement des liens avec l'élite politique et économique, notamment avec le Parti d'action nationale (PAN) qui occupe la présidence depuis 2000(19). En effet, selon l'organisation américaine Insight Crime, «the coalition's members operate in concert to protect themselves, relying on connections at the highest levels and corrupting portions of the federal police and military to maintain the upper hand against its rivals(20)».

Le cartel fonctionne un peu comme une multinationale. Des sociétés-écrans lui permettent de collaborer avec des organisations turques qui se retrouvent en Afghanistan pour obtenir de la drogue qui peut ensuite être facilement distribuée en Europe et aux États-Unis(21). Les chargements qui arrivent au Canada et aux États-Unis proviennent du Mexique, mais ils sont produits en Afghanistan, pays qui fournit actuellement 90% de l'héroïne au niveau mondial(22).

Le chef ne se rend donc pas lui-même en Turquie, il dirige ses affaires à travers des sociétés d'import-export ou à l'aide de transporteurs. De cette façon, il entre directement en contact avec des fournisseurs d'héroïne lors de l'exportation ou bien de l'importation du produit(23). Alors, quand l'héroïne arrive à Chicago ou à New York, l'organisation mexicaine la reçoit et la distribue sur le marché local, un peu comme une entreprise de sous-traitance(24).

Au total, selon les autorités états-unienne et mexicaine, le cartel de Sinaloa aurait des liens avec des organisations criminelles dans pas moins de 23 pays différents(25).

Finalement, le paradoxe le plus éloquent à faire est celui de la différence de perception à l'endroit du cartel entre la communauté internationale et les citoyens mexicains. En effet, le chef du cartel est considéré comme un criminel au niveau international puisqu'il est grandement recherché par les autorités pour les nombreux crimes à son actif.

En revanche, les Mexicains le décrivent comme un homme intelligent, cruel et sans pitié. Tous connaissent son nom et plusieurs le surnomment même «Dios» pour démontrer leur respect à son égard(26). Bref, «sa capacité à corrompre les autorités, à raser les forteresses ennemies, sa créativité pour acheminer de la drogue vers le marché ou son habileté à survivre à un nombre incalculable de tentatives d'assassinat ou de captures, ont fait de lui une légende dans le monde souterrain(27)».




Références:

(1) RFI, «Hausse vertigineuse de la criminalité au Mexique», 17 novembre 2011, http://www.rfi.fr/ameriques/20111101-violences-mexique, (page consultée le 23 mars 2012).

(2) Loc.cit.

(3) REUTERS, «Mexico blames Gulf cartel for surge in drug murders», 7 avril 2008, http://www.reuters.com/article/2008/04/07/idUSN07300830, (page consultée le 19 mars 2012).

(4) SLATE.FR, «Narco-terreur au Mexique», 12 février 2009, http://www.slate.fr/story/narco-terreur-au-mexique, (page consultée le 19 mars 2012).

(5) MEDIA REPORTER, «L'homme le plus recherché du monde, « El Chapo », serait en Bolivie. Mais qui est-il au juste?», 15 novembre 2011, http://www.mediareporter.fr/homme-le-plus-cherche-... (page consultée le 22 mars 2012).

(6) L'EXPRESS, «"El Chapo", le plus recherché des narcos mexicains», 6 août 2010, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/el... (page consultée le 19 mars 2012).

(7) EUROPE 1 FR. «Costa Rica- Le cartel de Sinaloa installé», 13 décembre 2011, http://www.europe1.fr/International/Costa-Rica-Le-... (page consultée le 19 mars 2012).

(8) SLATE.FR, op.cit.

(9) Loc.cit.

(10) THE FBI FEDERAL BUREAU OF INVESTIGATION, «Chicago Division», août 2009, http://www.fbi.gov/chicago/press-releases/2009/cg082009.htm, (page consultée le 19 mars 2012).

(11) Loc.cit.

(12) MEDIA REPORTER, op.cit.

(13) Loc.cit.

(14) Loc.cit.

(15) Loc.cit.

(16) Loc.cit.

(17) Loc.cit.

(18) SOLIDARITÉ & PROGRÈS, «Obama défend le Mexique contre les cartels de la drogue», 2 mars 2009, http://www.solidariteetprogres.org/Obama-defend-le... (page consultée le 16 mars 2012).

(19) INSIGHTCRIME, «Sinaloa Cartel», 20 janvier 2012, http://insightcrime.org/criminal-groups/mexico/sin... (page consultée le 16 mars 2012)

(20) Loc.cit.

(21) COURRIER INTERNATIONAL, « De la mondialisation des cartels», 13 JANVIER 2011, http://www.courrierinternational.com/article/2011/... (Page consultée le 22 mars 2012).

(22) Loc.cit.

(23) Loc.cit.

(24) Loc.cit.

(25) MEDIA REPORTER, op.cit.

(26) Loc.cit.

(27) Loc.cit.

Autres références

CYBERPRESSE, «Le cartel de Sinaloa dominant au Mexique en 2011», 5 janvier 2011, http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-l... (page consultée le 19 mars 2012).

L'EXPRESS, «Mexique: la "fausse guerre" anti-narcos», 24 décembre 2010,http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ameriq... (page consultée le 19 mars 2012).

LE DEVOIR, «Les cartels mexicains s'étendent à l'Amérique centrale», 27 août 2010, http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... (page consultée le 19 mars 2012).

Dernière modification: 2012-05-21 07:51:42

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