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19 février 2006

Vingtième anniversaire de la « Révolution de février » aux Philippines


Josée Bélanger
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mai
2016
Élection de Rodrigo Duterte à la présidence des Philippines

novembre
2013
Passage du typhon Haiyan sur les Philippines

octobre
2011
Atteinte du cap des 7 milliards d'habitants sur la Terre

janvier
2001
Départ du président philippin Joseph Estrada

novembre
1989
Création de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique

février
1987
Adoption par référendum d'une nouvelle Constitution aux Philippines

février
1986
Assermentation de Corazon Aquino à la présidence des Philippines

juillet
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

septembre
1972
Promulgation de la loi martiale aux Philippines

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

novembre
1965
Élection de Ferdinand Marcos à la présidence des Philippines

septembre
1963
Proclamation de l'indépendance de la Malaisie

mars
1957
Décès du président philippin Ramon Magsaysay

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

septembre
1954
Création de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est

Le 25 février 1986, Corazon Aquino devenait la première femme à accéder à la présidence de la République des Philippines, suite à une insurrection populaire pacifique. Après des années de corruption et de répression sous l'ère du Président Ferdinand Marcos, le peuple philippin pouvait enfin espérer accéder à la démocratie.

Bien que Marcos soit parvenu démocratiquement au pouvoir en 1965, au terme de son second mandat, en 1972, il prétexta un complot communiste pour décréter la loi martiale et se maintenir au pouvoir. Dans les années qui suivirent, le président fit arrêter et détenir des milliers de critiques du gouvernement et d'opposants politiques. Il abolit le Congrès, supprima la presse indépendante, suspendit l'habeas corpus et fit amender la Constitution afin d'élargir son pouvoir (1).

Lorsque son mari, Benigno Aquino, le principal adversaire politique du Président Marcos, fut assassiné en août 1983, Corazon Aquino prit la tête du mouvement d'opposition, devenant un symbole de la résistance. Si les détracteurs du régime étaient déjà nombreux, l'assassinat constitua l'élément qui donna une vigueur sans précédent à la révolte populaire.

Les protestations s'accentuant, aux Philippines comme à l'étranger, le Président voulu prouver qu'il avait encore la légitimité de gouverner et annonça la tenue d'élections présidentielles. Elles eurent lieu le 7 février 1986 mais furent entachées par la fraude et la violence.

Le Président se proclama vainqueur le 15 février suivant et Corazon Aquino appela ses partisans à la désobéissance civile. Le Mouvement national pour des élections libres (Namfrel) parvint à recueillir les vrais résultats et à amasser des preuves suffisantes attestant que les chiffres officiels avaient été falsifiés. Du coup, suite à une déclaration des évêques catholiques philippins déclarant le gouvernement illégitime, le peuple en résistance, bien que non-violente, devint ingouvernable.

Le 22 février, un coup d'État militaire fit passer deux hauts dignitaires du régime dans l'opposition. Le ministre de la Défense, Juan Ponce Enrile, ainsi que le chef d'État-major intérimaire, le général Ramos, reconnurent alors Corazon Aquino comme la nouvelle présidente et se réfugièrent dans le centre de Manille. Lorsque des milices armées fidèles au Président débarquèrent à Manille pour écraser les rebelles, une « véritable barricade humaine » (2) fut érigée afin de leur barrer la route. Les militaires refusèrent de tirer sur la foule et se retirèrent.

Les appuis à Corazon Aquino se multiplièrent et Marcos se vit dans l'obligation d'accepter la défaite. Le 25 février, alors que Mme Aquino prêtait serment comme présidente, Marcos s'exilait aux États-Unis, emportant avec lui une fortune évaluée à plus de 5 milliards de dollars, puisée à même les fonds publics (3).

Sitôt au pouvoir, Mme Aquino s'efforça de rétablir les institutions démocratiques sur la base d'une nouvelle Constitution adoptée en 1987. De plus, elle entreprit de nombreuses réformes afin de relancer l'économie philippine, dont une importante réforme agraire.

Tout au long de sa gouverne, Mme Aquino dut faire face à une forte opposition, l'ère Marcos ayant créé de profondes divisions au sein du pays. Malgré maintes tentatives de coups d'État, la Présidente réussit à se maintenir au pouvoir jusqu'en 1992, année où elle remit le pouvoir au général Ramos, le même qui l'avait appuyée précédemment lors des évènements de février 1986.

La « révolution de février » demeure d'une importance capitale dans la mémoire collective des Philippins, car en plus d'avoir renversé un régime dictatorial par l'action non-violente, ceux-ci ont prouvé à la communauté internationale qu'ils avaient acquis la maturité pour se gouverner eux-mêmes. D'ailleurs, cet évènement marqua le déclin de l'influence étrangère, particulièrement américaine, sur la politique philippine.

En plus d'être la première femme à accéder à la présidence des Philippines, Corazon Aquino restera le symbole de l'entrée du pays dans la modernité.




Références:

1. AMNESTY INTERNATIONAL. Philippines : Armée assassine hier et encore, Paris, Éditions AEFAI, 1988, 83 p.

2. MELLON, Christian. « Philippines, le renversement de Marcos en février 1986 », Alternatives Non Violentes, n° 129/120, été 2001.

3. MICHAUD, François. « L'évolution socio-politique et la question agraire aux Philippines », document de recherche de l'Université McGill, avril 2002.

Bibliographie BLANADET, Raymond. Les Philippines, Coll. « Que sais-je », Paris, Presses Universitaires de France, 1997, 128 p.

WURFEL, David. « Les Philippines : une démocratie hésitante dans le contexte international », Revue internationale de politique comparée, 2001, Volume 8, p. 501-517.

DE QUIROS, CONRADO. « À quand le prochain coup d'État », Courrier international, 17 novembre 2005, p. 30.

Dernière modification: 2007-05-02 13:52:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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