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21 février 2012

Législatives en Iran : une première peu prometteuse pour l'opposition depuis les protestations de 2009


Cédrick Guillet
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2017
Tremblement de terre dévastateur en Iran

mai
2017
Réélection en Iran du président Hassan Rohani

avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran

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2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

novembre
2013
Entente internationale intérimaire sur le développement du programme nucléaire iranien

juin
2013
Élection de Hassan Rohani à la présidence de l'Iran

juin
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Iran

décembre
2003
Tremblement de terre en Iran

mai
1997
Élection de Mohammed Khatami à la présidence de l'Iran

juin
1990
Tremblement de terre en Iran

juin
1989
Décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en Iran

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

mars
1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

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1987
Publication du rapport d'une Commission d'enquête sur l'affaire Iran-Contra

août
1981
Assassinat du président et du premier ministre de l’Iran

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

novembre
1979
Occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran

mars
1979
Début du deuxième « choc pétrolier »

février
1979
Retour d'exil de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny

Les élections du 2 mars 2012 en Iran se déroulent dans un contexte très particulier. Quelques mois avant celles-ci, un bras de fer met en confrontation la République islamique et plusieurs pays occidentaux sur la question du programme nucléaire iranien. Les tensions internationales ne cessent d'augmenter, surtout depuis l'annonce du chef du Mossad qui a affirmé le 31 janvier qu'Israël pourrait procéder à une attaque unilatérale contre les installations nucléaires du pays(1).

L'Iran n'est pas une démocratie exemplaire. L'index de démocratie du magazine The Economist donnait 1,98/10 au pays, avec une note de 0 en ce qui a trait aux processus démocratiques et au pluralisme électoral (2). Cela place le pays au 159e rang, juste après la Syrie et devant la République centrafricaine.

Les élections du 2 mars seront la première occasion pour le président Mahmoud Ahmadinejad de mesurer le soutien dont il dispose en vue de la présidentielle de 2013 depuis son élection, en 2009, qui avait débouché sur une vague de contestation.

Une opposition complexe

À la suite de l'élection d'Ahmadinejad, une grande vague de protestation (le « Mouvement vert »), la plus importante depuis la révolution de 1979, a eu lieu pour afficher la désapprobation quant aux résultats des élections qui furent entachées d'irrégularités (3). L'opposition au régime a tenté de se réorganiser pour faire valoir ses opinions en vue des législatives du 2 mars, malgré le fait que les leaders du Mouvement vert sont assignés à résidence depuis un an. Elle fut rapidement réprimée (4).

Il existe un très grand nombre de partis politiques en Iran. Ils peuvent cependant être regroupés en grandes tendances, dont deux sont plus importantes. La première, représentant la droite, ou les conservateurs - courant duquel est issu le président actuel, même s'il n'a pas son soutien absolu - , et la gauche, dont la principale composante est le mouvement réformateur (5). Les deux leaders du Mouvement vert assignés à résidence, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, sont tous les deux issus de cette mouvance (6).

Les réformateurs, contrairement aux conservateurs qui occupent la droite du spectre politique, ne défendent pas le culte du martyr, la lutte à l'impérialisme ou l'aspiration à une communauté moraliste. Ils proposent plutôt des mesures tendant à accroître les libertés individuelles, l'ouverture culturelle et la régulation des rapports avec l'Occident. De plus, les réformateurs ont, depuis 1998, été les premiers à manifester des signes de sécularisation, marquant un schisme dans le discours politique habituel en Iran (7).

La tendance réformatrice, tout autant que la conservatrice, est plutôt hétérogène. On retrouve ainsi plusieurs courants, plus radicaux ou plus modérés, au sein de cette même mouvance.

Peu de chance pour les réformateurs radicaux, peu d'espoir pour les militants du changement

En Iran, le régime ne permet pas à n'importe qui d'être candidat aux législatives. En principe, tout le monde peut effectivement poser sa candidature, dans la mesure où il satisfait quelques critères objectifs. Cependant, chaque prétendant doit être approuvé par le Conseil des Gardiens(8). Celui-ci est composé de six théologiens nommés par le Guide suprême et de six juristes nommés par le pouvoir judiciaire, dont les membres sont eux-mêmes nommés par le Guide suprême. Il a pour objectif de s'assurer de la compatibilité de différents aspects du régime, notamment les lois, avec la Charia. Une telle instance s'assure aussi que les candidats aux législatives respectent un certain profil compatible avec la vision islamique chère à l'Iran.

Certains réformateurs peuvent donc être candidats. À cet effet, les législatives de 2008 avaient permis l'élection de 60 réformateurs sur un total de 290 parlementaires (9). Cependant, il y a peu à parier que ces candidats soient réellement des vecteurs de changement, en raison du Conseil des Gardiens qui s'assure qu'aucun individu remettant en question le régime, ou encore l'autorité du Guide suprême, ne puisse être candidat aux législatives.

Il est nécessaire d'ajouter à ces paramètres peu favorables aux réformes en profondeur que les électeurs iraniens ont beaucoup perdu confiance envers le scrutin. Depuis l'élection contestée ayant porté Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir en 2009, il semblerait effectivement que l'intérêt pour le vote en Iran soit mort (10). Si l'on ajoute à cela le fait que l'opposition est particulièrement réprimée depuis 2009, il n'y a donc que peu de possibilités pour celle-ci aux prochaines législatives.




Références:

(1) LeMonde.fr et Agence France Presse. « Le chef du Mossad à Washington pour discuter de l'Iran », Site internet du journal Le Monde, [en ligne], 31 janvier 2012, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/0... (page consultée le 16 février 2012).

(2) The Economist Intelligence Unit. « Democracy index 2001 : Democracyunder stress », Site internet de l'Economist Intelligence Unit, [en ligne], http://www.eiu.com/Handlers/WhitepaperHandler.ashx... consultée le 16 février 2012).

(3) CELERIER, Pierre. « Iran: nouveau rassemblement de l'opposition, la mobilisation ne faiblit pas », AFP Infos Mondiales, 18 juin 2009.

(4) Courrier International. « Sursaut de l'opposition rapidement réprimé », Site internet du Courrier International, [en ligne], 15 février 2012, http://www.courrierinternational.com/breve/2012/02... (page consultée le 16 février 2012).

(5) ROUHOLAMINI, Shiva. « Le vote pour le mouvement réformateur iranien est-il un vote pour la démocratie? », mémoire de maîtrise, Montréal, Université de Montréal, Département de science politique, 2010, p. 31.

(6) Ibid.

LeMonde.fr. « Mir Hossein Moussavi, un conservateur modéré se lance dans la course à la présidence iranienne », Site internet du journal Le Monde, [en ligne], 9 mai 2009, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/0... (page consultée le 16 février 2012).

(7) France24. « L'opposant Mehdi Karoubi forcé à l'isolement avant une manifestation », Site internet de la chaîne de télévision France24, [en ligne], 10 février 2011, http://www.france24.com/fr/20110210-iran-mehdi-kar... (page consultée le 16 février 2012).

(8) Agence France Presse. « Iran : enregistrement des candidats potentiels pour les législatives », Site internet de l'Express, [en ligne], 24 décembre 2011, http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/iran-enr... (page consultée le 20 février 2012).

(9) Ibid.

(10) MOSTAFAVI, Hadam. « Les iraniens aspirent toujours à la liberté », Site internet du Courrier International, [en ligne], 17 février 2012, http://www.courrierinternational.com/article/2012/... (page consultée le 20 février 2012).

Dernière modification: 2012-02-27 08:10:31

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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