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14 February 2012

Élections législatives au Salvador : peu de changement à prévoir


Jasmin Roy-Rouleau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

March
1993
Dépôt du rapport de la Commission sur la vérité au Salvador

February
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

June
1984
Élection de José Napoléon Duarté à la présidence du Salvador

October
1980
Formation du Front Farabundo Marti de Libération nationale au Salvador

March
1980
Assassinat de l'archevêque de San Salvador, Oscar A. Romero

July
1969
Déclenchement d'un conflit entre le Salvador et le Honduras

December
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

October
1960
Renversement du gouvernement de Jose Maria Lemus au Salvador

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Le 11 mars 2012, les habitants du Salvador vont se rendre aux urnes pour choisir leurs représentants à l'Assemblée législative et dans les conseils municipaux.

Un pays qui sort de la crise

La démocratie au Salvador est en vigueur depuis la Constitution du 20 décembre 1983. Cependant, la population n'a pas eu accès à tous les privilèges de la démocratie, en raison d'une sanglante guerre civile qui a divisé et paralysé le pays pendant presque 12 ans. Il s'agit d'un conflit qui opposa la guérilla marxiste du Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional(FMLN) au parti d'extrême droite, Alianza Republicana Nacionalista (ARENA). Un traité de paix fut signé en 1992 entre les deux groupes, mettant fin à cet affrontement qui a fait près de 100 000 morts. Le Parlement vota une loi d'amnistie générale en mars 1993 et le FMLN devint un parti politique reconnu afin qu'il puisse participer aux futures élections (1).

Cependant, l'ARENA, le parti d'extrême droite, a dominé le paysage politique du Salvador durant près de 20 ans. De 1989 à 2009, les gouvernements et les présidents de ce parti se succédèrent au pouvoir (2). Pour David Garibay, maître de conférences à l'université de Lyon-II, la difficulté pour le FMLN de s'imposer sur la scène politique était que : « pendant des années, une politique de diabolisation avait fait passer ses représentants pour des guérilleros incapables de gouverner (3). »

Or, le FMLN s'est recentré et a délaissé ses origines communistes pour adopter un discours plus modéré. Ce qui explique qu'en 2009, le parti remporte la majorité relative aux élections législatives et réussisse à faire élire son candidat, Mauricio Funes, comme président (4).

Un système proportionnel

En vertu de l'article 124 de la Constitution, les députés sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de 3 ans et peuvent être réélus. Les représentants de l'Assemblée législative sont élus selon le mode de représentation proportionnelle, basé sur une liste fermée. Les candidats élus sont donc choisis dans les listes selon leur ordre d'apparition. Ainsi, lors des élections, chaque parti remet au Tribunal suprême électoral une liste de candidats pour les quatorze départements. Par la suite, les sièges sont divisés selon le pourcentage obtenu par chacun des partis dans les départements. Les élus prennent leurs fonctions le 1er mai de l'année électorale (5).

En même temps que les élections législatives, il y a les élections municipales. Ce sont encore les mêmes partis politiques qui s'affrontent pour faire élire leurs représentants dans les 262 municipalités du Salvador. Pour leur part, les élections municipales se déroulent selon un mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour. Le vainqueur nomme ses conseillers municipaux.

De son côté, le président est élu au suffrage universel, selon un système d'élection uninominal majoritaire à deux tours au sein d'une unique circonscription nationale. Il est élu pour un mandat de 5 ans non renouvelable (6).

Les représentants ont le pouvoir de choisir les magistrats de la Cour de Justice suprême et les membres du Ministère public : le Procureur général de la République (fiscal) et le Procureur pour la Défense des Droits de l'Homme. Ce qui a pour but d'assurer une balance des pouvoirs entre le président (exécutif), l'Assemblée législative du El Salvador (législative) et la Cour suprême de Justice (judiciaire) (7).

Une dynamique Gauche/Droite

Le débat politique salvadorien est marqué par un fort clivage entre la gauche et la droite. Bien que les tensions aient diminué depuis la fin de la guerre civile, en 1992, il existe encore aujourd'hui un grand écart entre les deux visions, libérale et socialiste. Les deux grands partis, le Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN), qui va tenter de garder sa majorité, est considéré comme de gauche modérée, alors que son principal opposant, l'Alianza Republicana Nacionalista (ARENA), est plutôt considéré comme d'extrême droite.

Derrière eux, deux partis de centre droit se sont classés 3e et 4e, en 2009 : le Parti de conciliation nationale (PCN) et le Parti démocrate-chrétien (PDC). Puis, deux autres plus de gauche ont fini 5e et 6e : Changement démocratique (CD) et Front démocratique révolutionnaire (FDR). Comme le vote est proportionnel, avant le 11 mars 2012 l'Assemblée législative du Salvador était composée comme suit : 34 sièges pour le FMLN, 32 pour ARENA, 11 pour PCN, 5 pour PDC et 1 pour CD (8). Ce dernier supporte le FMLN, alors que les autres partis de droite forment une coalition non officielle (9).

Une « jeune » démocratie

Il est difficile de parler de démocratie avant la trêve de 1992. Bien qu'il y ait des élections au Salvador depuis 1960, l'instabilité sociale et politique ne permettait pas à l'époque une réelle participation citoyenne. Bien que cela ait évolué depuis 1992, on parle encore aujourd'hui d'une démocratie « moyenne ».

Par exemple, l'indice global de démocratie du Salvador est de 6.4 sur 10 (0 étant l'absence de démocratie), ce qui le positionne, en 2008, 65e sur les 165 pays dans le monde. Autre exemple, selon l'index du magazine The Economist, une sous-catégorie de l'indice global de démocratie défavorise grandement le Salvador, soit le niveau de participation politique. Avec un résultat de 3.9 sur 10, il est facile de déduire qu'il y a un fort désintéressement des Salvadoriens face à la politique. De plus, la corruption est en diminution au Salvador à mesure que le système démocratique s'installe. L'indice de corruption est passé de 3.60 sur 10 en 1998(0 indiquant un degré de perception de la corruption élevé), à 4.62 sur 10 en 2009. Enfin, la liberté de presse est assez bien respectée avec une moyenne de 10.4 (100 signifiant l'absence de liberté de presse) depuis 2002(10).

Donc dans l'ensemble, la situation semble s'améliorer au niveau de la démocratie au Salvador.

Finalement, selon de nombreux journalistes, les élections de mars 2012 ne devraient pas changer le portrait politique du Salvador. Malgré la mise en place de certaines politiques sociales populaires par le gouvernement du FMLN, le pays est affecté par une stagnation de l'économie, dont un tuax de croissance de 2% en 2011. De plus, il y a un sentiment d'insécurité encore persistant au sein du pays.

Pour finir, dans les derniers mois, le FMLN a subi certaines dissensions au sein de son caucus. Tous ces facteurs laissent présager que les élections aboutirout à un statu quo. En ce sens, les experts ne croient pas que les élections de mars bouleverseront la situation politique du Salvador(11).




Références:

(1) Université de Laval, « Salvador », publié le 19/10/2011, http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/amsudant/salvador.htm(page consultée le 13 février 2012).

(2) Université de Sherbrooke, «Salvador»,publié le 07/2011, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/SLV/fr.html (page consultée le 13 février 2012).

(3) Adrien Bonetto, «2012 : Atlas des élections», Lepoint, http://www.lepoint.fr/html/atlas-des-elections/(page consultée le 13 février 2012).

(4) Florence Guillaume, «Salvador, la gauche gagne des voix», Leuromag, publié le 02/02/2011, http://www.leuromag.com/Salvador-la-gauche-gagne-d... consultée le 13 février 2012).

(5) Opalc, «El Salvador : Système électoral», Sciencespo., publié en 2009, http://www.opalc.org/web/index.php?option=com_cont... consultée le 13 février 2012).

(6) Ibid.

(7) Ibid. ... de Sherbrooke, «Répartition des votes», publié le 07/2011, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (page consultée le 13 février 2012).

(9) LatinReporters.com, «Salvador - élections: l'ex-guérilla de gauche gagne; la droite aussi», publié le 20/01/2009, http://www.latinreporters.com/salvadorpol20012009.html(page consultée le 13 février 2012).

(10) Université de Sherbrooke, op.cit.

(11) Adrien Bonetto, op.cit.

Dernière modification: 2012-03-06 18:32:39

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