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19 février 2006

Attaque de la Libye de Kadhafi par les États-Unis en 1986 : un point tournant?


Sophie Bernier Ouellet
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Chronologie depuis 1945

décembre 1951Proclamation de l'indépendance de la Libye
avril 1955Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng
mai 1963Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine
septembre 1969Renversement du roi de la Libye, Idris 1er
octobre 1973Début du premier «choc pétrolier»
avril 1986Bombardement des États-Unis en territoire libyen
septembre 1987Signature d'un accord de cessez-le-feu entre le Tchad et la Libye
décembre 1988Explosion d'un Boeing 747 au-dessus de Lockerbie, en Écosse
octobre 2011Décès de l'ex-président libyen Mouammar Kadhafi
septembre 2012Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes
avril 2015Naufrage de plus de 800 immigrants clandestins en Méditerranée

Le 14 avril 1986, les forces américaines attaquent la Libye en guise de représailles contre des actes terroristes auxquels elle aurait participé.

Peu de temps avant, les États-Unis avaient adopté des mesures pour inciter la Libye à cesser de se livrer à des activités terroristes anti-américaines. En mars 1986, des vaisseaux américains et libyens se sont affronté directement dans le golfe de Sydra, au large de la Libye.

Le 5 avril, une bombe éclate dans une discothèque fréquentée par des soldats américains à Berlin-Ouest. Le président des États-Unis, Ronald Reagan, tient la Libye responsable et fait bombarder les villes de Tripoli et Benghazi. Une trentaine d'appareils prennent part à l'opération qui se solde par la mort de dizaines de civils.

Les États-Unis ont attaqué la Libye en raison des provocations de plus en plus nombreuses du président Mouammar al-Kadhafi. « L'intensification progressive du terrorisme et les provocations de Kadhafi à l'égard des États-Unis, dont des menaces d'actes de terrorisme et les messages secrets à ses ambassades [?] pour ordonner des attaques anti-américaines »(1), ont convaincu le gouvernement Reagan d'attaquer.

Tout compte fait, les tensions entre Reagan et le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, n'étaient pas nouvelles. La Libye s'est presque toujours placée dans le camp opposé aux Américains. Par exemple, la tentative de la Libye d'adhérer au Pacte de Varsovie, le groupe de pays de l'Est s'opposant directement à l'Occident, et du même coup , aux États-Unis.

Kadhafi considérait que les États-Unis étaient le principal obstacle à ses projets expansionnistes et ses visées de panarabisme et de socialisme d'État (2). Il s'oppose à eux, entre autres, en soutenant les groupes qui mènent des activités terroristes, en tolérant leurs camps d'entraînement ou encore en stockant des armes et des explosifs dans ses locaux diplomatiques à l'étranger (3).

De l'autre côté, dès que Ronald Reagan a pris le pouvoir, en 1981, il a été préoccupé par le terrorisme. Il a toutefois choisi d'adopter une approche diplomatique sans affrontements directs.

Cependant, en 1985, le nombre d'attentats dans le monde a augmenté, poussant Ronald Reagan vers la solution des représailles militaires. Au cours de cette seule année, 938 personnes ont trouvé la mort dans des attentats.

Une opposition vive et tangible s'était installée entre les leaders des deux pays. L'attaque dans la discothèque ouest berlinoise, le 5 avril, constitua en quelque sorte la goutte d'eau qui a fait déborder le vase de la tolérance américaine. En bombardant la Libye une semaine plus tard, Reagan a voulu envoyer à Kadhafi le message que : « les États-Unis ne toléreraient pas la violence aveugle du terrorisme contre l'Amérique » (4).

Ces frappes ont passablement affaibli l'image du dirigeant libyen. Un journaliste avait fait remarquer à l'époque que le raid « a cassé le ressort psychologique qui avait permis à Kadhafi d'intimider une grande partie du monde et a révélé que, loin d'être un géant international, Kadhafi était faible, vulnérable et isolé » (5). De fait, à partir de là, on observe une évolution étonnante chez le leader libyen.

Depuis la fin des années 90, Kadhafi occupe une place importante au sein de la communauté internationale. En août 2000, il s'implique dans une médiation qui aboutit à la libération de touristes pris en otage par des rebelles musulmans aux Philippines. En décembre 2003, il annonce le démantèlement de tous ses programmes secrets d'armements et ouvre ses installations aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique.

De plus, il reconnaît l'implication de son pays dans certains attentats. Il accepte même de livrer deux ressortissants libyens accusés par les États-Unis et la Grande-Bretagne d'être impliqués dans l'attentat sanglant de Lockerbie en Écosse (6).

En juin 2003, Kadhafi déclare que le socialisme a échoué. C'est alors le début de son ouverture économique vers le monde.

Il se fait aussi le chef de file de la réconciliation entre certains pays d'Afrique. En février 2006, il organise un mini-sommet africain pour trouver une solution notamment aux problèmes frontaliers entre le Tchad et le Soudan. Il reçoit la visite de nombreux dignitaires, dont le premier ministre britannique Tony Blair, le président français Jacques Chirac et beaucoup d'autres.

Grâce à l'ouverture dont fait preuve Mouammar Khadafi, les relations entre l'Occident et la Libye ont grandement évolué. Le président affirme même qu' « il entend jouer un rôle majeur dans la pacification du monde et la création d'un Moyen-Orient sans armes de destruction massive »(7).




Références:

(1) Institut de Stratégie Comparée. III-A. Le Raid aérien El Dorado Canyon, Libye, 1986. http://www.stratisc.org/act_glackin_DEA%20Composite_4. html. 2000. Page consultée le 19 février 2006.

(2) Wikipédia. Libye. http://fr.wikipedia.org/wiki/Libye#La_R.C3.A9volution _de_1969. 16 février 2006. Page consultée le 19 février 2006.

(3) Institut de Stratégie Comparée. III-A. Le Raid aérien El Dorado Canyon, Libye, 1986. http://www.stratisc.org/act_glackin_DEA%20Composite_4. html. 2000. Page consultée le 19 février 2006.

(4) Institut de Stratégie Comparée. III-A. Le Raid aérien El Dorado Canyon, Libye, 1986. http://www.stratisc.org/act_glackin_DEA%20Composite_4. html. 2000. Page consultée le 19 février 2006.

(5) David Ignatius. « Bombing Kadhafi Worked ». Washington Post. 13 juillet 1986. P. B5, cité dans Institut de Stratégie Comparée. III-A. Le Raid aérien El Dorado Canyon, Libye, 1986. http://www.stratisc.org/act_glackin_ DEA%20Composite_4. html. 2000. Page consultée le 19 février 2006.

(6) Cyberscopie. (sans titre). http://www.cyberscopie.info/pages/art_archives /art10_archi.html. septembre 2001. Page consultée le 19 février 2006.

(7) Wikipédia. Mouammar Kadhafi. http://fr.wikipedia.org/wiki/Kadhafi. 11 février 2006. Page consultée le 19 février 2006.

BBC News. Country profile :Libya. http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/ country_profiles/819291.stm. 3 janvier 2006. Page consultée le 19 février 2006.

Dernière modification: 2007-05-04 08:12:43.0

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 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 10.7 2015    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension