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14 février 2012

Présidentielle finlandaise: un conservateur comme chef d'État


Marc-Olivier Dansereau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Premier président conservateur depuis 1982, Sauli Niinistö a été élu le 5 février 2012 à la suite du deuxième tour de scrutin(1). Il devient ainsi le douzième président depuis la création de la République finlandaise. Ce dernier aura de grands souliers à chausser, car l'ancienne présidente Tarja Halonen était très populaire, elle qui avait obtenu deux mandats de suite.

Sauli Niinistö: un mandat solide

Au premier tour, c'est le candidat de la Coalition nationale, Sauli Niinistö, et celui de la Ligue verte, Pekka Haavisto, qui sont arrivés en tête avec respectivement 37% et 18,8% des votes (2). Ils étaient opposés au candidat du Parti du Centre, Paavo Väyrynen, et à celui du Parti des Finlandais, Timo Soini, avec respectivement 17,5% et 9,4% des voix(3). Une légère baisse du taux de participation a été observée. Par rapport à 2006, celui-ci est passé de 73,9% à 72,7%(4).

Au deuxième tour, Niinistö, qui a été ministre des Finances de 1996 à 2003(5), a remporté l'élection présidentielle par une écrasante majorité. En effet, le candidat de 63 ans a eu la confiance de 62,6% des électeurs finlandais, son rival Pekka Haavisto ne récoltant que 37,4% des voix(6).

Idéologies diversifiées

La Finlande sera donc présidée par un conservateur pour les six prochaines années. Effectivement, Sauli Niinistö est un homme de droite, considéré comme davantage du côté des employeurs que des syndicats(7). Croyant que chacun doit assumer les responsabilités de sa propre vie, il est loin d'être un socialiste comme les derniers présidents finlandais. Toutefois, il ne faut pas généraliser. Conscient des plus démunis, il ne croit pas non plus que chacun peut prendre soin de soi-même.

Tout comme Sauli Niinistö, son rival Pekka Haavisto est un pro-européen, contrairement aux perdants du premier tour. Par contre, ses valeurs sont complètement différentes. Homosexuel affirmé, Haavisto est un politicien de gauche, mais avec certaines réserves. En effet, il n'a pas proposé la fermeture d'usines nucléaires et il est pour le commerce de fourrure(8). Son implication pour l'écologie et pour la justice internationale est néanmoins incontestable. Il a travaillé au sein du Programme des Nations unies pour l'environnement et il était représentant spécial de l'Union européenne pour la négociation de paix en 2005 au Darfour(9).

Les deux autres candidats au premier tour, Paavo Väyrynen et Timo Soini, étaient contre les politiques de l'Union européenne, surtout celles concernant l'aide financière aux pays touchés par la crise de la zone euro. S'opposant à l'avortement, au mariage homosexuel et à l'immigration incontrôlée, Timo Soini est plus à droite que Sauli Niinistö(10). Pour ce qui en est de Paavo Väyrynen, il prônait plutôt une idéologie politique centriste. De plus, il a toujours été contre le fait que la Finlande ait l'euro comme monnaie(11).

La crise de la zone euro au coeur des débats

Gagnant de 34 sièges sur 200 aux élections législatives d'avril 2011(12), les conservateurs du Parti des Finlandais, avec leur europhobie, sont une preuve de la montée de l'insatisfaction des Finlandais face aux décisions de l'Union européenne. C'est autour de cette grogne populaire que le débat du premier tour de la présidentielle a tourné. Ayant toujours la cote de AAA malgré les récentes décotes effectuées par Standard & Poors auprès de plusieurs pays européens(13), les Finlandais ont peur d'écoper pour les erreurs des pays qui sont impliqués dans la crise de la zone euro. Timo Soini, chef du Parti des Finlandais, a déclaré qu'il souhaite voir la Grèce exclue de l'Union européenne et souhaite même voir son pays sortir de cette union(14). La crise de la zone euro est donc la principale inquiétude chez les Finlandais, ce qui est tout à fait compréhensible, car 45% du PIB finlandais est relié aux exportations en Europe(15).

Malheureusement pour Timo Soini, ses membres ont relancé des débats controversés et révolus à connotation raciste ou, par exemple, ont fait des déclarations contre le mariage homosexuel et l'avortement(16). C'est ce qui explique la montée du Parti centriste, qui a presque réussi à franchir le deuxième tour. Finalement, les électeurs ont choisi deux candidats pro-européens pour le deuxième tour, mais la Coalition nationale, grande gagnante, est considérée beaucoup plus sceptique sur le sujet que la Ligue verte(17).

Un autre débat, beaucoup moins médiatisé, est celui de l'appartenance de la Finlande à l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Avec 68% des Finlandais contre l'adhésion à l'OTAN, ce thème est un véritable terrain miné pour les différents partis(18). Aucun parti n'a voulu affirmer qu'il était en faveur de cette adhésion, malgré la déclaration de Niinistö sur le fait de vouloir, avec le gouvernement finlandais, se pencher sur cette question épineuse. Cette déclaration a attiré à son auteur les foudres des autres candidats qui, voyant bien la peur des Finlandais d'adhérer à ce traité, en ont profité pour essayer de couler le favori à l'élection présidentielle(19).

Deuxième tour faible en rebondissement

Les candidats ayant des programmes semblables et pratiquement la même opinion sur la place de la Finlande dans l'Union européenne, les thèmes des débats du deuxième tour ont plutôt tourné vers leur vie personnelle. L'accident mortel de la femme de Niinistö en 1995 et sa survie au tsunami en Thaïlande, en 2004, ont attiré la sympathie de l'électorat, tandis que sa relation avec une reine de beauté devenue par la suite députée est mal vu par la population(20). De son côté, Haavisto a gagné le respect de la population grâce à son ouverture face à sa relation homosexuelle avec Antonio Flores. Il faut dire aussi que les dés étaient pratiquement joués, rare étant les politologues qui donnaient une chance à Haavisto de battre Niinistö au deuxième tour.

Soulignons le fait que le président finlandais est élu pour un mandat de six ans, renouvelable une seule fois. Il dirige la politique étrangère et la défense du pays avec la collaboration du gouvernement, mais son pouvoir sur les affaires intérieures du pays est nul. Depuis le 21 octobre 2011, ce n'est plus le président qui représente le pays à l'Union européenne mais bien le premier ministre. Enfin, les conflits entre le chef d'État et le Parlement sont tranchés par ce dernier.




Références:

(1) COURRIER INTERNATIONAL, La Finlande élit un gouvernement conservateur,6 février 2012,http://www.courrierinternational.com/breve/20... page consulté le 10 février 2012.

(2) LE NOUVEL OBSERVATEUR, Présidentielle en Finlande : deux candidats pro-européens au deuxième tour,22 janvier 2012,http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120122... page consultée le 10 février 2012.

(3) Ibid.

(4) Ibid. <... Les conservateurs finlandais remportent la présidentielle, 6 février 2012,http://www.euractiv.fr/conservateurs-finlanda... consultée le 10 février 2012.

(6) HELSINGIN SANOMAT, Niinistö received a very strong mandat from the people, 6 février 2012,http://www.hs.fi/english/article/PRESIDENTIAL... consultée le 10 février 2012.

(7) Ibid.

(8) LE FIGARO, Le populisme ne gagne pas en Finlande, 5 février 2012,http://www.lefigaro.fr/international/2012/02/... consultée le 10 février 2012.

(9) YAHOO, L'écologiste PekkaHaavisto, candidat atypique à la présidence, 5 février 2012,http://fr.news.yahoo.com/l%C3%A9cologiste-pek... consultée le 10 février 2012.

(10) LE FIGARO, Le populisme...op.cit.

(11) PRESSEUROP, L'eurosceptisme n'est pas fini, 8 février 2012, http://www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/149... page consultée le 10 février 2012.

(12) HELSINGIN SANOMAT, EU and euro scepticism in alive and well in Finland, 5 février 2012, http://www.hs.fi/english/article/PRESIDENTIAL+ELEC... page consultée le 10 février 2012.

(13) LE MONDE,Avec la France, neuf pays de la zone euro voient leur note dégradée par S&P, 13 janvier 2012,http://www.lemonde.fr/crise-financiere/articl... page consultée le 10 février 2012.

(14) LE FIGARO, En Finlande, l'euro s'invite dans la présidentielle, 20 janvier 2012, http://www.lefigaro.fr/international/2012/01/20/01... page consultée le 10 février 2012.

(15) EURONEWS, Finlande: la crise de la dette au c?ur de la campagne, 20 janvier 2012, http://fr.euronews.net/2012/01/20/finlande-la-cris... page consultée le 10 février 2012.

(16) LE FIGARO, En Finlande...op.cit.

(17) HELSINGIN SANOMAT, EU and euro...op.cit.

(18) FONDATION ROBERT SCHUMAN, « Le conservateur SauliNinnistö, grand favori de l'élection présidentielle finlandaise», Corinne Deloy,http://www.robert-schuman.eu/print_oee.php?num=746, page consultée le 10 février 2012.

(19) VOICI LA FINLANDE, La Finlande en campagne présidentielle, décembre 2011,http://voicilafinlande.fi/Public/default.aspx... page consultée le 10 février 2012.

(20) LE TEMPS, Présidentielle finlandaise, le gay et le conservateur, 4 février 2012,http://letemps.ch/Page/Uuid/dd0aba1c-4eab-11e... consultée le 10 février 2012.

Dernière modification: 2012-03-08 07:56:30

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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