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7 février 2012

La Chine : organes à vendre sur demande


Marie-Hélène Brault
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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La problématique de la pénurie chronique d'organes à l'échelle planétaire est bien connue. Comme l'écart entre l'offre et la demande d'organes ou de tissus humains ne cesse d'augmenter, l'insuffisance créée devient intéressante pour le commerce illégal. Depuis plusieurs années, c'est particulièrement sur le continent asiatique que la situation s'avère des plus alarmantes. Plus précisément, le trafic d'organes en Chine est actuellement en constante évolution, ce qui fait en sorte que les Américains d'origine asiatique et de riches japonais seraient de plus en plus nombreux à prendre le chemin des hôpitaux chinois pour s'y faire opérer (1).

En tête de liste

La Chine exécute plus de condamnés que n'importe quel autres pays dans le monde pour de nombreux délits, comme les crimes politiques ou économiques par exemple. Les dons d'organes volontaires sont rares du fait que les citoyens respectent des croyances selon lesquelles les corps doivent rester intacts après le décès. Ainsi, le prélèvement sur les condamnés à mort constitue la source première pour le trafic d'organes. En effet, il y a environ 90 % des organes dans le monde qui sont transplantés en Chine seulement et plus de 65 % de ces organes proviennent des prisonniers chinois condamnés à mort (2).

Plus particulièrement, en 2008, on estime que 1 718 prisonniers ont été tués, ce qui représenterait 72 % des exécutions mondiales (3). Cela s'explique principalement par la fait que les autorités chinoises coordonneraient les dates des exécutions afin que les demandes d'organes ou de tissus humains soient comblées le plus rapidement et le plus efficacement possible (4).

Normes bafouées

Face à cette problématique, le gouvernement chinois a instauré plusieurs modifications législatives. En ce sens, il a promulgué une loi en 2006, qui est en fait un règlement provisoire, interdisant toute vente d'organes humains. Théoriquement, il devrait y avoir une permission écrite des donateurs, autorisant la transplantation de leurs organes, pour que l'opération soit légale depuis son instauration (5).

En 2000 seulement, plus de 5 000 greffes de reins auraient été effectuées en Chine, pays où une telle opération coûte près de 6 000 $ pour les résidents chinois, et de 10 000 $ à 50 000 $ pour les ressortissants étrangers (6). C'est la raison pour laquelle, en 2007, une nouvelle loi chinoise sur les greffes a été instaurée. Elle exige que les transplantations soient réalisées uniquement dans les hôpitaux inscrits. Cela fait en sorte que les patients chinois doivent maintenant avoir un accès prioritaire à la transplantation d'organes sur les étrangers (7).

Toutefois, en Chine, il y a un grand écart entre l'établissement de la législation et son exécution. Même avec ces changements de lois majeurs, «dans ce pays où législatif, économique et judiciaire ne font qu'un (8)», l'abus se poursuit.

Un travail d'équipe

Pour leur part, certains hôpitaux profitent de la situation étant donné les profits que le trafic d'organes peut leur rapporter. En Chine, de nombreux centres de greffes et d'hôpitaux sont en fait «des institutions militaires financées par des receveurs d'organes», car ces centres «fonctionnent indépendamment du ministère de la Santé (9)». Donc, au final, les fonds amassés grâce aux greffes d'organes financent directement le budget global de l'armée.

Comme l'armée a un accès direct aux prisons, les opérations sont discrètes et échappent à la loi. De cette façon, il est difficile pour le ministère de la Santé de contrôler le trafic, mais aussi les échanges entre les militaires et les hôpitaux. Les soldats se retrouvent donc à être au service des centres de santé pour l'approvisionnement d'organes et de tissus, ce qui fait en sorte que le trafic est profitable, et ce, autant pour une institution que pour l'autre. D'ailleurs, plusieurs des receveurs étrangers disent que, lorsqu'ils ont reçu une greffe dans un hôpital civil, les personnes qui réalisaient l'opération faisaient partie du personnel de l'armée (10).

Selon le témoignage d'un ancien médecin de la prison de Tianjin, au nord-est de la Chine, les responsables d'une prison sont payés environ 37 dollars par cadavre pour avertir les hôpitaux des exécutions (11). Puis, une fois que les spécialistes de la santé ont vérifié le groupe tissulaire des prisonniers, ceux-ci sont exécutés et immédiatement transportés dans des ambulances, où leurs organes seront prélevés dans les deux minutes suivantes.

Prix concurrentiels

En outre, la clientèle visée semble avoir une accessibilité grandissante aux informations en ce qui concerne la vente d'organes en Chine. Par l'intermédiaire de plusieurs sites internet vantant les mérites de la rapidité à laquelle les transplantations sont réalisées, on y voit aussi le prix moindre qui en est demandé. Par exemple, le site Internet China International Transplantation Assistant indique qu'après une semaine, il est possible de trouver un don d'un donneur approprié (12). Il est aussi spécifié que si jamais quelque chose ne va pas avec l'organe du donneur, le patient aura l'option d'en choisir un autre et pourra ainsi à nouveau être opéré, en une semaine seulement.

Même que les montants requis, par organe, sont clairement annoncés sur la plupart des sites, afin de démontrer aux futurs acheteurs que les prix demandés sont bien concurrentiels. En moyenne, sur le marché chinois, une cornée coûterait environ 5 000 $, tandis que pour un rein il faut débourser 20 000 $ et pas moins de 40 000 $ pour un foie (13). Évidemment, comme dans n'importe quel marché lucratif, la rareté fait gonfler les prix. Par le fait même, plus un organe est indispensable à la vie d'un humain, plus il est dispendieux.

Somme toute, le trafic d'organes est un marché en pleine expansion. L'écart grandissant entre les inégalités fait profiter les plus riches au détriment de plus démunis, ce qui démontre bien que les règles du marché font parfois régresser les droits des humains, et ce, spécialement lorsque la vie de certains d'entre eux en dépend.




Références:

(1) AMNESTY INTERNATIONAL, «Trafic d'organes : le nouveau «business» chinois», 10 mai 2002, http://www.amnestyinternational.be/doc/s-informer/... trafic-d-organes-le-nouveau, (page consultée le 1er février 2012).

(2) BBC NEWS, «China admits death row organ use», 26 août 2009, http://news.bbc.co.uk/2/hi/8222732.stm, (page consultée le 1er février 2012).

(3) LE FIGARO. FR, «Chine : les condamnés à mort fournissent 65% des greffons», 28 août 2009, http://www.lefigaro.fr/international/2009/08/26/01... -chine-les-condamnes-a-mort-fournissent-65-des-gre... (page consultée le 2 février 2012).

(4) OLRY, Christophe, «Les condamnés à mort chinois : des réservoirs d'organes ?», Futura-Sciences, [En ligne], http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/vie-1/d/l... (page consultée le 2 février 2012).

(5) MATAS, David, «Prélèvements meurtriers», [En ligne], 31 janvier 2007, http://organharvestinvestigation.net/report0701/re... (page consultée le 1er février 2012).

(6) KILGOUR, David, «Prélèvement d'organes sur des prisonniers du Falun Gong en Chine», 3 décembre 2009, http://www.david-kilgour.com/2009/Dec_03_2009_03.php, (page consultée le 2 février 2012).

(7) AMNESTY INTERNATIONAL, op.cit.

(8) L'EXPRESS, «Prélèvement sauvage d'organes sur des opposants chinois», 9 décembre 2009, http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sante/pr... (page consultée le 1er février 2012).

(9) MATAS, op.cit.

(10) Loc.cit

(11) AMNESTY INTERNATIONAL, op.cit.

(12) MATAS, op.cit.

(13) AMNESTY INTERNATIONAL, op.cit.

Dernière modification: 2012-02-13 08:09:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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