Une fois tous les six ans, le premier dimanche de juillet, les
États-Unis du
Mexique tiennent une élection
fédérale. La dernière s'est déroulée ler juillet 2012. Elle s'est soldée par la victoire d'Enrique Pena Nieto du Parti
révolutionnaire institutionnel. Censé incarner le nouveau visage du parti, Nieto n'est pas entré en fonction, le 1er décembre 2012, sans quelques contestations.
Résultats électoraux controversés
Après 12 années d'absence, qui ont fait suite à 71 ans de
gouvernance, le Parti
révolutionnaire institutionnel (PRI) revient au pouvoir, avec à sa tête Enrique Pena Nieto qui a remporté la victoire avec 38,2% des voix (1). Plusieurs crient à la manigance et réfutent ces résultats électoraux, mais le présdient Nieto entre tout de même en fonction.
Bien des facteurs stratégiques peuvent expliquer l'arrivée au pouvoir de cet homme, pourtant issu d'un parti controversé par son long passé de corruption (2). Plusieurs s'entendent pour dire que le physique de ce personnage en est un. Nieto est charismatique et très soigné. Dans un pays où l'image est parmi les plus grandes priorités, il s'agit là d'un atout. Le plus grand empire radiotélévisé d'Amérique latine, Televisa, a d'ailleurs facilité la victoire de Nieto en signant un contrat secret avec le PRI, lui assurant une couverture favorable au niveau national dès 2005. Considérant que la distribution des chaînes par ce groupe atteint 95% des foyers mexicains et que celles-ci sont regardées par 70% de la population, c'est un facteur non-négligeable (3).
Le
Mexique a également une lourde histoire liée aux cartels de drogue. L'ancien
président, Felipe Calderon, leur avait déclaré la guerre, ce qui avait plongé le pays dans un bain de sang. Durant sa présidence, plus de 50 000 personnes sont décédées dans la guerre à la drogue, ce qui a fait monter l'aversion de la population envers Calderon (4).
L'avènement de Nieto au pouvoir est donc une sorte de réconfort pour les Mexicains, qui s'inquiètent pour leur sécurité. En effet, lorsque le PRI était au pouvoir, « les cartels menaient leurs guerres internes discrètement et n'attaquaient jamais les forces de l'État. Il y avait une compréhension tacite selon laquelle le
gouvernement n'entraveraient pas leurs activités tant et aussi longtemps qu'ils se feraient discrets, à l'exception d'une importante saisie occasionnelle de drogue pour garder les Américains heureux (5). » En retour, les cartels s'assuraient que le PRI reste au pouvoir. Bien que cet arrangement était pour le moins douteux, les victimes étaient peu nombreuses. Les Mexicains voient donc l'arrivée de Nieto comme un soulagement par rapport à leurs inquiétudes grandissantes et croient, à tort ou à raison, qu'il pourra rétablir la paix (6).
Discours d'assermentation nouveau genre
Le 1er décembre 2012, conformément à l'article 87 de la
Constitution mexicaine, le
président Enrique Pena Nieto a prêté serment devant le Congrès (7). Lors de la cérémonie d'assermentation, Nieto a pris la parole afin de partager sa vision du
Mexique pour les six prochaines années. Dans son discours, il a promis de rétablir la paix et la sécurité ainsi que de se concentrer sur la prospérité économique du pays (8).
Dans un discours très détaillé, il a abordé le sujet de la création d'un programme intégré de prévention de la criminalité ainsi que celui de la fin du patronage et de l'achat de postes d'enseignants, qui régissent le système public d'éducation. Il a également intégré la sécurité comme axe transversal dans toutes ses politiques, en promettant de veiller à ce que « les routes et les villes redeviennent des zones de paix dans lesquelles les Mexicains pourront circuler en toute sécurité sans peur de perdre leur liberté ou leur vie (9) ».
Pourtant, tous ne sont pas du même avis. Durant son discours, des émeutes ont éclaté dans les rues et les membres gauchistes du Congrès ont tenu en chambre des discours de protestations, suspendant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Imposition consommée. Le
Mexique est en deuil. » Ricardo Monreal, membre du Congrès, décrit cette journée en deux mots : restauration et retour au passé (10). Pour sa part, le Parti
révolutionnaire institutionnel, connu pour sa corruption et ses élections truquées, dit s'être réinventé sans aucun trucage ou corruption. L'avenir nous dira s'il a raison.