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11 décembre 2012

L'Ébola, une maladie négligée


Lysandre Beauchemin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
1986
Renversement du président Tito Okello en Ouganda

mai
1981
Départ de l'armée tanzanienne de l'Ouganda

avril
1979
Renversement du dictateur ougandais Idi Amin Dada

novembre
1978
Invasion de la Tanzanie par l'Ouganda

juillet
1976
Raid israélien sur Entebbe, en Ouganda

janvier
1971
Renversement du gouvernement de Milton Obote en Ouganda

juillet
1969
Début du voyage du pape Paul VI en Ouganda

avril
1966
Accession de Milton Obote à la présidence de l'Ouganda

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

Encore une fois, l'Afrique est flagellée par une épidémie de fièvre hémorragique. Effectivement, l'Ouganda a été frappée par une seconde crise d'Ébola en novembre 2012. Il s'agit d'une deuxième phase au cours de la même année, la première ayant éclaté en juillet et faisant 17 morts (1). Cette maladie est particulièrement agressive et même mortelle.

Des éclatements sporadiques

La première forme d'Ébola a été observée en 1976 lors de deux épidémies simultanées, l'une située à Nzara au Soudan et l'autre à Yambuku en République démocratique du Congo (RDC). Le virus Ébola porte d'ailleurs le nom de la rivière qui est située dans la localité de Yambuku. Cette première épidémie a infecté 602 personnes dans ces deux pays, dont 431 en moururent (2). Le taux de mortalité pour cette période correspond à 71,6 %.

Il existe plusieurs souches à cette maladie : Côte d'Ivoire, Reston, Bundibugyo, Soudan et Zaïre. Ces trois dernières sont les plus mortelles, car elles présentent des symptômes de fièvres hémorragiques entraînant la mort dans 50 % à 90 % des cas. Quant à l'espèce de Reston, elle a été identifiée aux Philippines, mais n'a jamais causé la mort à un homme jusqu'à présent (3).

La souche Zaïre est la plus fatale d'entre toutes, notamment avec ses épidémies de 2003 ayant un taux de mortalité de 90 % (4). Depuis sa première apparition, elle a tué 1098 personnes dans plusieurs pays tels qu'en RDC, au Congo-Brazzaville, au Gabon et en Afrique du Sud. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) dénombre 22 épidémies uniquement sur le continent africain depuis 1976. Étrangement, le virus s'est volatilisé entre les années 1979 et 1994.

Par ailleurs, une grande inquiétude des spécialistes réside dans le fait que les crises sont épisodiques. Elles éclatent, puis disparaissent sans contrôle notable des acteurs. Contrairement à la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919, l'Ébola tue trop rapidement son porteur avant de se propager, ce qui expliquerait que seul le continent africain en est gravement atteint.

En ce sens, l'origine des flambées est difficile à expliquer. Le réservoir naturel du virus semble résider dans les forêts tropicales d'Afrique et d'Asie, mais cela n'a pas encore été prouvé scientifiquement. Différentes théories cherchent à expliquer la forme initiale du pathogène. Les rongeurs, les chauves-souris, les primates (gorilles et chimpanzés spécifiquement) et les plantes ont passé sous la loupe des chercheurs (5). Mais aucun de ceux-ci n'est en mesure de prouver l'origine du pathogène.

Un virus terriblement meurtrier

Plus précisément, l'Ébola est composé de sept protéines, et la rapidité avec laquelle il détruit tous les organes et tissus du corps humain explique sa renommée de « requin moléculaire (6) ». Parmi les signes avant-coureurs, on connait de fortes hémorragies internes et externes, une brusque montée de température, des douleurs musculaires, des vomissements, de la diarrhée, des tremblements et des convulsions. La personne malade succombera en quelques jours à la suite d'un choc cardio-respiratoire (7).

Cette description de Christelle Vauloup explique l'intensité des symptômes de ce fléau africain : « Même le coeur saigne. Ses muscles s'amollissent. Le sang s'écoule dans les cavités cardiaques puis sort, comme d'une éponge, du muscle cardiaque à chaque battement de c?ur en inondant la cavité thoracique (8). »

Les principales causes de transmissions se font par un contact étroit avec les liquides corporels du malade, soit par les vomissements, le sang, la sueur, le sperme, les selles et la salive. En ce sens, les membres du personnel médical doivent prendre de hautes précautions lorsqu'ils manipulent les malades.

De plus, certains rites funéraires menacent la vie des proches et amis du défunt, puisqu'ils sont directement en contact avec le cadavre porteur du virus (9). Il devient toutefois difficile de sensibiliser et d'éduquer les populations à ce sujet en raison de leur appartenance culturelle.

Des chercheurs ont prouvé que la maladie se transmet d'animaux à humains, par exemple la chauve-souris peut contaminer un humain. D'autres chercheurs, cette fois-ci canadiens, ont fait une étude sur l'hypothèse de la transmission du virus par voies respiratoires. Les résultants ont été concluants : « l'étude montre que des cochons infectés ont contaminé des macaques avec cette fièvre hémorragique mortelle, sans aucun contact direct (10) ». Ces nouveaux constats éveillent des appréhensions dans les pays particulièrement sensibles à l'Ébola.

Interventions limitées

L'une des grandes problématiques liées à ces épidémies est la faible capacité d'agir des acteurs. Certes, les ministères de la Santé des gouvernements en place, l'OMS et Médecins Sans Frontières sont les premiers interpelés pour affronter la crise, mais leurs actions restent limitées. Puisqu'il n'existe ni traitement ni vaccin contre cette maladie, leur fonction est de limiter le drame selon leurs champs de compétence.

Les gouvernements ont tenté d'avertir et de sensibiliser la population sur le sujet. Par exemple, le président ougandais Yoweri Museveni a immédiatement prévenu sa population en juillet dernier. « Je vous appelle à être vigilants, évitez de serrer des mains, ne vous chargez pas d'enterrer quelqu'un décédé de symptômes ressemblants à Ebola, mais appelez les travailleurs de santé car ils savent comment faire. Évitez la promiscuité parce que la maladie peut aussi se transmettre sexuellement (11) », a-t-il expliqué. D'autres types d'actions peuvent être entreprises par les États telles que les restrictions de voyage et de commerce dans les pays infectés.

L'aide des organisations internationales est principalement technique. En plus d'apporter des professionnels sur le terrain, elles fournissent du matériel médical et promulguent les soins afin de soulager les symptômes des malades. Si tout contact a été évité précautionneusement, le virus disparaitra faute de ne pouvoir trouver un nouvel hôte où poursuivre son évolution. L'utilisation de la quarantaine devient la seule intervention tangible pour le corps médical (12).

La recherche semble être une solution, mais l'Ébola ne gagne pas la priorité ni les fonds monétaires nécessaires. Jusqu'à ce jour, les vaccins sont seulement expérimentaux. Cette maladie du Tiers-monde suscite peu d'espoir puisque les obstacles sont grands.

La barrière la plus épineuse reste toutefois un manque évident de volonté politique nationale et internationale. En Ouganda, comme dans la plupart des pays subsahariens, le secteur de la santé n'est pas une priorité. Il est par conséquent peu financé et mal adapté (13). Le continent africain de même que la communauté internationale sont davantage préoccupés par l'expansion du VIH/SIDA qui correspond à l'Objectif 6 du Millénaire pour le développement (ODM). Il reste peu de temps d'ici la date butoir des ODM, et tous les yeux sont rivés vers cet objectif.




Références:

(1) NAU, Jean-Yves. « Ouganda : les bons conseils de Museveni pour éviter l'Ébola », 31 juillet 2012, [En ligne], http://www.slateafrique.com/91997/ebola-alerte-rou... (Page consultée le 2 décembre 2012).

(2) ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ. « Fièvre hémorragique à virus Ébola », aout 2012, [En ligne], http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs103/fr/, (Page consultée le 2 décembre 2012).

(3) NEWS MEDICAL. « What is Ebola? », 2012, [En ligne], http://www.news-medical.net/health/What-is-Ebola.aspx, (Page consultée le 2 décembre 2012).

(4) ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ. Op. Cit.

(5) NEWS MEDICAL. Op. Cit.

(6) VAULOUP, Christelle. « Virus Ébola », 2012, [En ligne], http://virus-ebola.com/accueil/, (Page consultée le 2 décembre 2012).

(7) CHAPELLIER, Yves. « Le virus Ébola est de retour en Afrique »,¬ La-croix.com, 7 juillet 2012, [En ligne], http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde... (Page consultée le 2 décembre 2012).

(8) VAULOUP, Christelle. Op. Cit.

(9) ENCYCLOPÉDIE DE L'AGORA. « Fièvre hémorragique Ébola », 01 avril 2012, [En ligne], http://agora.qc.ca/dossiers/Fievre_hemorragique_Ebola, (Page consultée le 2 décembre 2012).

(10) SLATE AFRIQUE. « Comment le virus Ébola se transmet par les airs », 16 novembre 2012, [En ligne], http://www.slateafrique.com/98397/ebola-frappe-nou... (Page consultée le 2 décembre 2012).

(11) NAU, Jean-Yves. Op. Cit.

(12) VAULOUP, Christelle. Op. Cit.

(13) CHAPELLIER, Yves. Op. Cit.

Dernière modification: 2012-12-17 08:27:27

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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