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27 October 2012

La présidentielle 2012 : une élection déterminante


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

November
2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

À chaque élection présidentielle, les Américains voient les candidats démocrate et républicain affirmer que cette élection représente le choix le plus important de leur vie. Malgré cela, les observateurs de la scène politique américaine sont à même de déceler depuis un siècle trois grandes élections déterminantes ou critiques : l'élection de 1932 avec le New Deal de F. D. Roosevelt, celle de 1964 avec la Grande Société de Lyndon B. Johnson, et celle de 1980 avec la révolution conservatrice de Ronald Reagan. L'élection de 2012 a tous les ingrédients pour être une élection déterminante.

Plusieurs éléments sont nécessaires pour rendre une élection décisive. Il faut d'abord que l'électorat soit confronté à deux visions diamétralement opposées sur un nombre important de dossiers. Il faut aussi qu'il y ait une polarisation des débats pour amener les électeurs à croire que les États-Unis sont à la croisée des chemins.

Depuis plus de deux ans, en fait depuis l'émergence du Tea Party en 2010, les États-Unis n'ont jamais été aussi polarisés. Deux visions diamétralement opposées s'affrontent. Que ce soit Obama ou Romney qui l'emporte, le candidat vainqueur pourra déterminer l'orientation du pays pour au moins une génération.

Prenons d'abord le cas de la Cour suprême. À l'heure actuelle, la Cour est divisée entre quatre juges conservateurs, quatre juges libéraux et un modéré. Or, quatre juges ont plus de 80 ans. Ceci signifie que le prochain président pourra nommer un, deux ou trois nouveaux juges et ainsi faire pencher pour longtemps la Cour selon son orientation politique et idéologique.

En ce qui concerne la santé, le président Obama présente une vision diamétralement opposée à celle du gouverneur Romney. Avec Obama, les Américains sont assurés que toute la population bénéficiera d'une couverture des soins de santé. En contrepartie, Romney promet d'abolir le programme d'Obamacare et de réduire le programme de Medicare et de le transférer aux États.

La question de la dette est un énorme boulet pour l'économie américaine. Les deux candidats promettent de s'y attaquer. Toutefois, alors qu'Obama présente une approche balancée comportant à la fois une réduction de programmes et une hausse d'impôts pour les plus nantis, Romney propose de nouvelles réductions d'impôts qui vont essentiellement profiter aux plus riches jointe à une réduction dramatique des programmes gouvernementaux.

Par rapport à la politique de relance économique, le président Obama propose d'investir massivement dans l'éducation, dans les énergies nouvelles et dans les travaux publics. Pour sa part, le gouverneur Romney s'en remet entièrement à l'entreprise privée à qui il promet de réduire de 10 % les taxes pour les inciter à investir dans la croissance économique.

La métamorphosede Romney dansces trois débats estce qu'on appelait aux États-Unis la « surprise d'octobre », pour décrire un événement.

Dans le dossier de la condition féminine, Obama souscrit à la parité salariale entre les hommes et les femmes, le droit à l'avortement et la couverture médicale concernant les contraceptifs. Pour Romney, les salaires doivent être déterminés par le marché, l'avortement doit être restreint au cas de viol et d'inceste et la couverture des contraceptifs doit être déterminée par les employeurs et les compagnies d'assurance.

Sur la question épineuse des immigrants illégaux, la différence entre les deux candidats ne peut pas être plus marquée. Alors qu'Obama est pour le Dream Act, un projet de loi permettant d'octroyer un statut de résidents permanents aux immigrants mineurs sans papiers qui ont terminé leurs études secondaires aux États-Unis, Romney proposait le printemps dernier de déporter les 12 millions d'immigrants illégaux vivant aux États-Unis.

La politique étrangère est un autre domaine où Obama et Romney diffèrent considérablement. L'approche de Barack Obama repose sur une vision réaliste et une approche multilatérale, dans la lignée de George F. Kennan, Henry Kissinger et Brent Scrowcroft. En contrepartie, une victoire de Romney signifierait un retour en force des néoconservateurs et de l'approche unilatérale à la George W. Bush.

Tout observateur le moindrement attentif à la scène politique américaine pourrait noter que le contraste que je viens de peindre ne concorde pas avec les déclarations faites par Romney au cours des trois débats présidentiels. Et il aura raison. La métamorphose de Romney dans ces trois débats est ce qu'on appelait aux États-Unis la « surprise d'octobre », pour décrire un événement, un imprévu, qui vient marquer la campagne présidentielle.

Ce qui s'est passé en réalité, c'est que l'équipe Romney a constaté à la fin de septembre que leur campagne était dans un cul-de-sac et qu'Obama allait remporter les élections dans un raz-de-marée. Il fallait d'urgence changer de stratégie et trouver une façon de présenter Mitt Romney comme une alternative crédible à Barack Obama.

L'équipe Romney a compris que pour gagner, il fallait rejoindre les indécis, les modérés. Après tout, toute élection se gagne au centre. Il fallait donc que le candidat républicain change son discours pour rejoindre cette frange de l'électorat qui va en fin de compte déterminer les résultats de l'élection. Romney a donc abandonné ses sorties extrémistes du printemps dernier pour adopter des positions largement calquées sur celles de Barack Obama.

Le président Obama fut ainsi décontenancé par l'attitude Romney lors du premier débat. Il est difficile de se positionner vis-à-vis un adversaire qui affirme constamment être d'accord avec vous. Mais Obama avait noté le virage à 180 degrés effectué par Romney. Il identifia un symptôme pour une telle attitude : la romnésie.

La stratégie de Romney a fonctionné à merveille. Il devint perçu par une importante portion de l'électorat américain comme une alternative plausible à Barack Obama. Le président Obama pouvait gagner les deux derniers débats, les sondages montraient que la lutte était devenue très serrée.

Si jamais Mitt Romney l'emportait, nous serions en droit de nous demander lequel Mitt Romney deviendrait président. Pour ma part, je considère qu'une victoire de Romney serait saluée comme une victoire de la droite américaine et du Tea party. Le futur président deviendrait l'otage des éléments radicaux de son parti qui lui demanderaient des comptes. C'est pourquoi l'élection de 2012 est si critique pour l'avenir des États-Unis.



Dernière modification: 2013-03-19 09:11:18

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