Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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26 November 2011

Le système d'éducation supérieure en crise aux États-Unis


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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À la fin du 19e siècle, le système d'éducation universitaire américain s'était forgé la réputation méritée d'être le meilleur au monde. Ce système a été à la base de l'avancée technologique et de la prospérité économique des États-Unis au cours du 20e siècle. Le pays s'était alors doté non seulement des meilleurs universités et laboratoires au monde, mais il formait génération après génération les étudiants les plus scolarisés. Les États-Unis avaient par conséquence la main-d'oeuvre la plus qualifiée du monde. Or tout cela est remis en question, aujourd'hui, avec la crise qui frappe les universités américaines.

Bien entendu, cette crise ne touche pas les fleurons que sont Harvard, Stanford, Princeton ou Yale. Ces dernières accueillent la crème des étudiants américains et elles disposent d'importantes fondations. Mais il en va autrement des universités publiques et des collèges et universités privés dont la renommée est moins grande.

La crise des universités découle de deux facteurs qui, en se superposant, amplifie le phénomène. Il y a d'abord la crise économique qui frappe particulièrement la classe moyenne. Beaucoup de travailleurs ont perdu leur emploi depuis 2008 et lorsqu'ils en retrouvent un, il est souvent moins bien rémunéré que leur emploi précédent. L'Américain moyen a donc moins de revenu et est moins en mesure de payer des études universitaires à ses enfants à une période où ces dernières deviennent de plus en plus dispendieuses.

Le deuxième facteur découle de la même crise. Les finances publiques américaines sont en lambeaux. Partout, il faut couper. Le gouvernement fédéral a réduit ses subventions aux universités et les prêts accordés aux étudiants. La situation des États est encore pire. Les gouvernements des États qui sont la principale source de financement des universités font face à une crise financière majeure qui est amplifiée par le mouvement du Tea Party. Par conséquence, les universités sont confrontées à un gouffre financier.

En 2010-2011, les frais de scolarité dans une université publique sont 3,6 fois plus élevés qu'ils l'étaient en 1980-1981. Ainsi, il en coûte 12 650 $ pour étudier à l'université du Michigan. La plupart des grandes universités publiques chargent des frais de scolarité similaires. À ces coûts, il faut ajouter les dépenses en logement, nourriture, livres et services étudiants.

Pour un étudiant qui désire s'inscrire dans une université d'un autre État, les coûts deviennent prohibitifs. Par exemple, les frais de scolarité d'un étudiant qui n'est pas originaire de l'État varient de 24 100 $ à l'université de Virginie, à 37 800 $ à l'université de la Caroline du Nord et à 50 350 $ à l'université du Michigan. Les étudiants deviennent donc moins mobiles. Et ces coûts sont appelés à augmenter l'an prochain avec les coupures adoptées par le gouvernement fédéral et ceux des États.

Prenons l'exemple de l'université de la Californie avec ses 10 campus, dont Berkeley, et ses 220 000 étudiants. Cette université a subi en 2010-2011 des coupures de 650 millions de dollars, soit 20 %, de sa subvention de l'État. Elle doit donc majorer en 2011-2012 les frais de scolarité en conséquence qui sont déjà à 13 200 $. Pour la première fois de son histoire, cette université recevra plus de revenus en provenance des frais de scolarité que des subventions de l'État. La baisse de revenus menace d'éroder la qualité des programmes qui y sont offerts. D'ailleurs, les meilleurs professeurs quittent l'université pour aller dans des universités privées qui leur offrent de meilleures conditions salariales et de travail.

La même histoire se répète en Floride, à New York et dans les autres États. Ainsi, dans l'État de Washington, le budget des universités s'est vu amputer de 770 millions de dollars en 2009-2010 et d'un autre 500 millions en 2010-2011. Ces coupures ont eu pour conséquences que maintenant les frais de scolarité comptent pour 65 % des revenus des universités publiques de cet État, soit le ratio inverse d'il y a 20 ans.

Plusieurs universités et collèges privés sont confrontés à une situation similaire. En ce qui les concerne, ce sont les parents qui ne sont plus en mesure de payer. Par conséquent, ils doivent baisser les frais de scolarité et couper dans les programmes qui sont offerts. Ainsi, l'université de Seton Hall, une université catholique du New Jersey qui est situé à 30 minutes de New York et à proximité de l'université Rutgers, a réduit ses frais de scolarité à 12 500 $, soit une baisse de 61 % pour les meilleurs de ses 5300 étudiants. Ces derniers doivent s'inscrire avant le 15 décembre et s'engager pour quatre ans. Les autres étudiants doivent payer 33 500 $. Le cas de Seton Hall n'est pas unique. Le collège Lincoln en Illinois a baissé ses frais de 24 %, soit de 23 000 à 17 000 $, alors que l'université de Charleston en Virginie occidentale a baissé de 22 % ses frais de scolarité, soit de 5500 $ sur 25 500 $.

Les États-Unis, qui se classaient jusqu'au début des années 1990 au premier rang mondial quant au pourcentage de personnes de 25 à 34 ans possédant une formation universitaire, ont glissé au 12e rang sur les 36 pays les plus développés. Alors que le pourcentage des jeunes Américains obtenant une formation universitaire stagne à 40 % depuis plus d'une génération, il atteint maintenant 60 % dans des pays comme la Corée du Sud.

Or, il appert, selon le bureau du travail américain, qu'un travailleur possédant un diplôme universitaire obtient un salaire supérieur de 87 % à celui qui n'en a pas. Mais la formation universitaire va au-delà des avantages personnels. Le président Obama a déclaré récemment que l'économie américaine, pour rester compétitive, avait besoin non seulement de remplacer les travailleurs diplômés qui prennent leur retraite, mais aussi d'ajouter au cours des prochains dix ans 22 millions de nouveaux travailleurs ayant une formation universitaire.

Il est difficile de voir comment les États-Unis, compte tenu de la présente crise dans ses universités, pourront relever ce défi.



Dernière modification: 2013-03-21 14:50:14

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