Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 décembre 2018

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24 February 2010

La revanche des populistes américains


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Depuis près d'un an, une profonde grogne secoue l'opinion publique américaine. Cela a débuté en février 2009 avec la question des bonus versés aux dirigeants des grandes entreprises et la grogne n'a cessé de prendre de l'ampleur. Ce qui est évident, c'est que les Américains en général ne sont pas satisfaits de la façon dont ils sont gouvernés. Ils doutent de l'avenir de l'Amérique. Cette grogne a pris l'aspect d'une révolte populiste qui tire tous azimuts sur différentes cibles, parfois contradictoires. Dans le processus, personne n'échappe à la critique, que ce soit les grandes compagnies, Wall Street, les gouvernements locaux, l'administration fédérale, les membres du congrès ou le président Obama.

Cette révolte populiste prend d'abord son origine dans la crise financière et économique qui a frappé l'Amérique en 2008. Dans la foulée des bulles immobilières et boursières du début du nouveau millénaire, les Américains avaient déduit que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. L'éclatement de la bulle immobilière puis la crise qui s'ensuivit furent un mauvais réveil. Ils découvrirent alors que certains avaient profité honteusement du système et que plusieurs institutions n'avaient pas joué leur rôle de chien de garde. Au lieu de se blâmer personnellement pour leurs problèmes, ils cherchèrent donc des coupables.

Après avoir blâmé le monde des affaires, la grogne se tourna contre les gouvernements locaux et leurs représentants à Washington. Au plan strictement politique, la présente colère semble être d'abord dirigée contre le parti démocrate. Après tout, les démocrates ont subi deux défaites importantes en novembre 2009 au New Jersey et en Virginie. Et plus récemment, Scott Brown enlevait, contre toute attente, le siège détenu pendant 47 ans par le sénateur Kennedy au Massachussetts.

Mais le problème est plus large. Un sondage révélait la semaine dernière que 63 % des Américains considèrent que la plupart des membres du congrès ne devaient pas être réélus. Ce taux d'insatisfaction est plus élevé que celui de 1994, année marquée par un véritable raz-de-marée républicain. Mais cette fièvre contestataire ne se limite pas au parti démocrate. Le même sondage dévoilait que 56 % des Américains pensent que leurs représentants républicains ne devraient pas non plus être réélus. Même le président Obama n'échappe pas à la vindicte populaire. Si 44 % affirment qu'il mérite d'être réélu, 52 % disent le contraire.

Comme l'élection-surprise de Scott Brown l'a démontré, la loyauté traditionnelle des Américains à l'égard des partis politiques ne tient plus sous l'effet de la présente révolte. En janvier, plus de 40 % des Américains se disaient indépendants, du jamais vu depuis que les partis politiques américains existent. D'ailleurs conscient de la situation, Brown n'a pas fait campagne en tant que républicain, mais comme un homme du peuple, et il a ensuite décrit sa victoire comme celle des indépendants.

Le Tea Party a été lancé il y a à peine un an. D'abord dirigé contre les bonus accordés aux dirigeants de Wall Street, puis contre l'aide aux constructeurs d'automobiles, le nouveau parti s'en est ensuite pris au plan d'Obama de venir en aide aux riches propriétaires incapables de payer leurs hypothèques. Le nouveau parti joue sur le fait que la majorité des Américains se voient comme des gens qui respecteraient les règles, mais qui seraient victimes de politiques irresponsables bénéficiant d'abord aux riches. Le paradoxe ici découle du fait que les personnes qui veulent payer moins de taxes et qui accusent le gouvernement fédéral et le congrès d'être responsables des larges déficits et de la dette nationale sont les mêmes qui ne veulent pas que ce dernier coupe dans les programmes qui les affectent.

L'engouement pour le nouveau Tea Party reflète la colère et le pessimisme grandissant des Américains ordinaires. Ils ont perdu confiance en leurs institutions politiques. Ils ont le sentiment que leur gouvernement ne les écoute pas. La colère a pris une telle ampleur que le nouveau parti devance même dans les sondages, avec 41 % des intentions de vote, les démocrates et les républicains qui obtiennent respectivement 35 % et 28 % des appuis des électeurs potentiels.

Dans ce contexte, beaucoup de politiciens de carrière se sentent menacés par un mouvement qu'ils ne comprennent pas toujours. C'est le cas du sénateur McCain. Plusieurs autres membres du congrès choisissent tout simplement de ne pas se représenter.

Les révoltes populistes aux États-Unis surviennent habituellement en période de crises économique ou politique graves. De tels mouvements ont marqué les années 1890, 1930 et 1950. Le mouvement de Ross Perot en 1992 reflétait aussi un certain mécontentement populaire. Bien que les révoltes populistes soient marquées par une touche démagogique, elles représentent un aspect positif au plan démocratique. Elles rappellent aux deux grands partis la nécessité de rester connectés à leurs concitoyens et aux gouvernements, qu'ils sont d'abord les gouvernements du peuple. Bien plus, ces mouvements peuvent avoir des effets progressistes. La loi de sécurité sociale de 1935 est née d'un tel mouvement. L'avenir nous dira ce qui sortira de la présente révolte populiste.



Dernière modification: 2013-03-21 15:28:31

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