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18 mars 2013

La relation Belgrade-Pristina sous pression européenne


Julie Pernet-Beauchamp
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
2008
Déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo

mars
2003
Assassinat du premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic

février
2003
Proclamation de la création de l'État de Serbie-et-Monténégro

février
2002
Début du procès de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic

octobre
2000
Démission du président de la République fédérale de Yougoslavie, Slobodan Milosevic

décembre
1995
Signature à Paris d'un accord de paix en Bosnie-et-Herzégovine

juillet
1995
Début d’un massacre à Srebrenica, en Bosnie-et-Herzégovine

mars
1992
Référendum sur l'indépendance de la Bosnie-et-Herzégovine

juin
1991
Proclamation d'indépendance de la Croatie

mai
1980
Décès du maréchal Tito en Yougoslavie

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

octobre
1954
Signature d'un accord sur le statut de Trieste

octobre
1949
Fin de la guerre civile en Grèce

octobre
1947
Annonce de la fondation du Kominform

Le 6 février 2013, le président de la Serbie, Tomislav Nikolic, et la présidente du Kosovo, Atifete Jahjaga, effectuent une rencontre avec la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, à Bruxelles. Le but premier de cette réunion est de normaliser la relation entre ces deux pays afin que la Serbie puisse adhérer à l'Union européenne. Par contre, le projet se trouve dans l'impasse puisque la Serbie refuse de reconnaître l'indépendance du Kosovo proclamée le 17 février 2008 (1).

Une longue relation conflictuelle

Les relations entre ces deux États sont très tendues depuis les évènements entourant l'indépendance du Kosovo qui était une province de la Serbie dont la population est majoritairement albanaise. Effectivement, une étude antérieure des faits permet d'expliquer l'évolution du conflit.

De manière plus précise, le conflit débute avec l'ascension politique de Slobodan Milosevic dans le milieu des années 1980. Ce dernier contribua à la désintégration de la Yougoslavie composée entre autres du Kosovo, alors une province autonome. En novembre 1989, Milosevic utilise son poste de président de la Ligne communiste de Serbie afin d'opérer la reprise en main du Kosovo (2). Il propose donc de priver celui-ci d'une grande partie de son autonomie comprenant le contrôle de la police, de l'éducation, de la politique économique et d'abroger son droit de veto. En mars 1989, malgré que la majorité des délégués albanais se soient abstenus et malgré l'absence du quorum requis du tiers des voix, le statut d'autonomie du Kosovo est supprimé et l'Assemblée du Kosovo est suspendue en juillet 1990 (3).

En 1998, les tensions entre les Kosovars et les Serbes ont déclenché la Guerre du Kosovo en Yougoslavie (4). L'armée yougoslave, composée de la population serbe qui est en minorité et appuyée par Milosevic, s'oppose à l'Armée de libération du Kosovo, composée de la majorité albanaise, et qui reçoit le soutien de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) (5).

Devant les bombardements de villes albanophones et l'exode de la population albanaise, l'Organisation des Nations unies (ONU) adopte la résolution 1160 qui condamne l'usage abusif de la force par les policiers serbes (6). Six mois plus tard, l'ONU adopte la résolution 1199 qui fait monter le ton, car elle affirme que la situation du Kosovo constitue « [...] une menace pour la paix et la sécurité dans la région [...] (7)». En fait, le Conseil de sécurité voulait obtenir un cessez-le-feu et un retrait des forces serbes.

Finalement, le 10 juin 1999, la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies autorise le déploiement militaire et civil dans la province serbe du Kosovo, dans le cadre d'une opération de maintien de la paix (8). Cette résolution permet la création de la Mission d'administration intermédiaire des Nations unies au Kosovo qui est l'équivalent d'un gouvernement intermédiaire en attendant que la situation se régule (9).

Les tensions subsistent néanmoins et, en 2008, la Serbie refuse de reconnaître la proclamation unilatérale d'indépendance du Kosovo. Cela explique l'absence de relations jusqu'en 2011. De plus, la communauté internationale demeure divisée relativement à ce conflit (10). Depuis ce temps, les rapports sont sous la tutelle de l'Union européenne. De ce fait, plusieurs rencontres ont été mises en place afin d'améliorer la relation entre Serbes et Kosovars.

Le 2 juillet 2011, plusieurs accords techniques sont achevés à l'égard de la liberté de circulation, de la reconnaissance mutuelle des diplômes et de l'état civil. Par la suite, le 2 septembre 2011, le cadastre, qui est un document dressant l'état de la propriété frontière, ainsi que les tampons douaniers sont négociés. Puis, le 2 décembre 2011, la gestion intégrée des frontières est discutée. Finalement, les forums régionaux représentent le coeur de la rencontre du 24 février 2011 (11).

L'Union européenne comme modératrice

Depuis 2012, le dialogue est entré dans une phase plus «politique». Effectivement, la chef de la diplomatie européenne a organisé 4 rencontres entre le président de la Serbie et la présidente du Kosovo. La première réunion s'est déroulée le 6 février 2013 (12). Les négociations portent sur la mise en oeuvre d'une unité de police kosovare consacrée à la protection du patrimoine orthodoxe au Kosovo, la mise en oeuvre d'un fonds de développement pour le nord du Kosovo et celle de l'accord sur la gestion intégrée des frontières et la désignation d'officiers de liaison (13).

Des rencontres illusoires

Pour les Serbes et les Kosovars, la rencontre du 6 février 2013 était avant tout symbolique. Selon les observateurs, le président serbe n'avait nullement l'intention de rencontrer la présidente du Kosovo. C'est seulement dans l'optique où les Européens ont utilisé le processus d'admission de la Serbie à l'Union européenne comme argument qu'il a accepté de prendre part au processus d'amélioration des relations entre la Serbie et le Kosovo. Effectivement, dans un contexte de crise économique en Serbie, l'adhésion à l'Union européenne doit devenir une priorité importante et doit aboutir à l'aide de rencontres protocolaires avec la représentante du Kosovo (14). D'autre part, Catherine Ashton qualifie, de manière étonnante, les rencontres comme «des avancées significatives (15)».

Pour le moment, le contexte politique entre la Serbie et le Kosovo demeure instable. Effectivement, le président ne cesse de rappeler en conférence de presse que jamais Belgrade ne reconnaîtrait l'indépendance du Kosovo (16). Pendant ce temps, les Serbes du nord du Kosovo veulent exprimer leur mécontentement à la Serbie et à l'Union européenne en effectuant un référendum afin de dénoncer les dernières concessions qu'ils ont prescrites au Kosovo (17).




Références:

1) RADIO FRANCE INTERNATIONAL, «Une poignée de main serbo-kosovo sous pression européenne», 7 février 2013, http://www.rfi.fr/europe/20130207-une-poignee-main... (page consultée le 18 mars 2013)

2) GOUËSET, Catherine, «Chronologie de la guerre au Kosovo (1989-1999)», 16 juillet 2007, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/chro... (page consultée le 18 mars 2013)

3) RADIO-CANADA, «La guerre du Kosovo», 22 juillet 2010, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (page consultée le 18 mars 2013)

4) RADIO FRANCE INTERNATIONAL, «Kosovo : cinq ans d'indépendance et semi souveraineté», 16 février 2013, http://www.rfi.fr/europe/20130214-kosovo-cinq-ans-... (page consultée le 18 mars 2013)

5) FLORENT, Jacques, Atlas : socio-économique des pays du monde 2013, Paris, Larousse 2013, p. 97.

6) LE MONDE DIPLOMATIQUE, «La résolution 1160», aucune, http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/kosovo/reso1160-fr, (page consultée le 18 mars 2013)

7) RADIO-CANADA, op. cit.

8) RIA NOVOSTI, «Kosovo : Moscou appelle à respecter la résolution 1244 de l'ONU», 27 septembre 2011, http://fr.rian.ru/world/20110927/191259362.html, (page consultée le 18 mars 2013)

9) RIVERIN TACHÉ, Hugo, «La mission intérimaire des Nations unies au Kosovo», Perspective monde, 2 octobre 2005, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (page consultée le 18 mars 2013)

10) LE POINT.FR, «Kosovo : l'indépendance divise la communauté internationale», 18 février 2008, http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2008-02-18/... (page consultée le 18 mars 2013)

11) MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, «Présentation du Kosovo», 14 février 2013, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/ko... (page consultée le 18 mars 2013)

12) RADIO FRANCE INTERNATIONAL, «Une poignée de main serbo-kosovare sous pression», 7 février 2013, http://www.rfi.fr/europe/20130207-une-poignee-main... (page consultée le 18 mars 2013)

13) MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, op. cit.

14) RADIO FRANCE INTERNATIONAL, op. cit.

15) MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, op. cit.

16) RADIO FRANCE INTERNATIONAL, op. cit.

17) LE FIGARO.FR,«Les serbes du Kosovo détient Belgrade», 15 février 2012, http://www.lefigaro.fr/international/2012/02/14/01... (page consultée le 18 mars 2013)

Dernière modification: 2013-03-25 08:39:11

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