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26 February 2011

La gestion de la crise égyptienne : un succès éclatant pour Obama


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Peu d'observateurs de la scène égyptienne croyaient qu'une révolution dans le pays des pharaons était possible. La société égyptienne se distingue depuis des siècles par son attitude respectueuse de l'autorité et sa remarquable stabilité politique. Dans l'imaginaire populaire, les Égyptiens sont un peuple passif, soumis à la religion et respectueux de l'ordre hiérarchique.

Mais le 25 janvier, tout a basculé, alors que les Égyptiens ordinaires sont descendus dans la rue pour prendre en main leur destin. L'Égypte a été frappée par un véritable tsunami politique. Aussi, pour certains observateurs, les événements extraordinaires survenus sur la place Tahrir se comparent aisément avec ceux de la place Tiananmen en 1989, ceux de la chute du mur de Berlin en 1989, ou encore ceux entourant l'effondrement en 1991 de l'Union soviétique.

Ces dernières semaines, l'administration Obama s'est attirée les foudres de certains experts en politique étrangère pour ses tergiversations et ses présumés messages contradictoires concernant la crise égyptienne. Obama fut aussi critiqué par les libéraux pour sa lenteur à embrasser le mouvement des réformes démocratiques. Finalement, il souleva l'ire des conservateurs, tel Newt Ginrich, pour avoir largué un vieil allié et ouvert ainsi potentiellement la porte du pouvoir égyptien aux Frères musulmans.

Pour ma part, je considère que les critiques envers Obama sont non fondées et que ce dernier a géré admirablement la crise égyptienne. Nous n'avons qu'à regarder les précédents historiques et à comparer la réaction d'Obama avec celles de certains de ses prédécesseurs qui ont été aux prises avec des crises similaires.

Ronald Reagan a pris trois années avant de larguer le président Marcos en 1986 et de positionner les États-Unis derrière le mouvement démocratique philippin. De même, cela a pris 18 mois à Bill Clinton pour donner son appui au mouvement démocratique indonésien contre la dictature de Suharto. En comparaison, Obama se démarque par une rapidité de décision. Si Obama avait été aussi hésitant qu'il lui est reproché, il aurait parié sur la stabilité du régime égyptien.

Après tout, les États-Unis ont développé avec l'Égypte un partenariat vieux de 35 ans qui en fait sa principale alliée au Moyen-Orient, en dehors d'Israël. Si les États-Unis fournissent 1,3 milliard $ d'aide militaire par année à l'Égypte, en contrepartie, cette dernière fournit une importante assistance logistique et représente une source de renseignement indispensable pour les États-Unis. Dans la gestion du dossier égyptien, l'administration Obama marchait donc sur des oeufs.

Face à la crise égyptienne, Obama était confronté à un dilemme cornélien: comment ne pas sacrifier un équilibre fragile établi de longue date au Moyen-Orient, tout en supportant le vent de réformes qui soufflait sur l'Égypte; comment concilier la promotion de la démocratie avec le soutien traditionnel des États-Unis à l'Égypte; comment équilibrer les idéaux démocratiques américains avec les intérêts stratégiques des États-Unis dans la région. Décidément, la crise égyptienne représente jusqu'à maintenant l'un des problèmes les plus complexes auxquels Obama a eu à faire face.

La crise égyptienne soulève une question théorique que les spécialistes ont depuis longtemps débattue: une Égypte démocratique adopterait-elle le modèle européen ou celui de l'islam radical? En d'autres mots, l'administration Obama fut directement confrontée à partir du 25 janvier à l'épineuse question de savoir si la démocratie pouvait fonctionner dans le monde arabe, surtout dans son épicentre égyptien, centre de la renaissance arabe. Pour les Arabes, tout était de savoir si le discours du Caire d'Obama en juin 2009, sur la possibilité d'instaurer la démocratie au Moyen-Orient, était ou non un discours creux.

Dans la perspective arabe, un fossé grandissant se creusait entre les idéaux démocratiques auxquels Obama déclarait souscrire et son comportement sur le terrain. Depuis deux ans, la crédibilité du président américain s'effritait rapidement. Si en juin 2009, seulement 15 % des Arabes affirmaient être découragés par la performance d'Obama, ils étaient 63 % à l'être en 2010 selon un sondage de la Brookings Institution. Au cours des trois dernières semaines, les Égyptiens dans la rue demandèrent simplement à Obama d'être conséquent avec lui-même.

Le président Obama naviguait pour le moins dans des eaux troubles. Après tout, l'Égypte est un joueur clé dans la région. L'administration Obama a su adopter un discours mesuré qui encourageait les réformes démocratiques tout en évitant de semer le chaos. Pour ce faire, l'administration Obama a tenu un discours pondéré bâti sur la nécessité de procéder à des réformes dans le cadre d'une transition ordonnée afin d'éviter le chaos et le vide politique. Par-dessus tout, il a appelé les deux parties à éviter la violence. Ce faisant, Obama a démontré qu'il était conséquent avec lui-même, qu'il était sérieux lorsqu'il parlait de réformes démocratiques et qu'il n'était pas simplement à la remorque des événements.

Entre-temps, Obama a su rallier derrière lui les élites politiques à Washington. Dans la mise en place d'une stratégie de sortie pour Moubarak et afin de ne pas laisser la porte ouverte aux extrémistes, Obama fit appel aux dirigeants du Congrès. Il reçut ainsi l'appui de sénateurs influents tels que John Kerry et John McCain. De plus, le sénat américain adoptait le 10 février une résolution unanime de soutien à la stratégie d'Obama en appelant Moubarak à procéder immédiatement à un transfert ordonné et pacifique du pouvoir à un gouvernement provisoire, en coordination avec l'opposition.

Contrairement à certains de ses prédécesseurs, Obama a su rapidement se positionner du bon côté de l'histoire. Dans une situation extrêmement fluide où le déroulement des événements est incertain, Obama était conscient que plusieurs éléments échappaient au contrôle des États-Unis et que ces derniers ne disposaient que d'un nombre limité d'options. En dépit de cela, tel un funambule, Obama s'est prêté à un exercice de haute voltige et a passé le test avec brio. Toutefois, la vraie difficulté viendra dans les prochains mois alors que l'administration américaine devra s'assurer que l'Égypte ne suive pas le chemin pris par l'Iran en 1979 et qu'un État de droit et démocratique soit mis en place.



Dernière modification: 2013-03-21 14:27:06

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