22 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

26 février 2011

La gestion de la crise égyptienne : un succès éclatant pour Obama


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2018
Élections de mi-mandat aux États-Unis

juillet
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

juin
2018
Tenue d’un sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un

mars
2018
Intensification d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

décembre
2017
Annonce du président américain Donald Trump sur Jérusalem

septembre
2017
Ouragans sur les Caraïbes

août
2017
Déferlement des ouragans Harvey et Irma sur le sud des États-Unis

janvier
2017
Adoption d’un décret exécutif sur l’immigration aux États-Unis

janvier
2017
Assermentation de Donald Trump à la présidence des États-Unis

novembre
2016
Élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis

septembre
2016
Apparition de l'ouragan Matthew

juin
2016
Attentat meurtrier dans une boîte de nuit d'Orlando, aux États-Unis

mars
2016
Début de la visite du président américain Barack Obama à Cuba

janvier
2016
Dévoilement de données confirmant l'établissement d'un record de chaleur en 2015

octobre
2015
Signature du Partenariat transpacifique à Atlanta, aux États-Unis

décembre
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

novembre
2014
Entente entre les États-Unis et la Chine sur la lutte aux changements climatiques

septembre
2014
Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

novembre
2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Peu d'observateurs de la scène égyptienne croyaient qu'une révolution dans le pays des pharaons était possible. La société égyptienne se distingue depuis des siècles par son attitude respectueuse de l'autorité et sa remarquable stabilité politique. Dans l'imaginaire populaire, les Égyptiens sont un peuple passif, soumis à la religion et respectueux de l'ordre hiérarchique.

Mais le 25 janvier, tout a basculé, alors que les Égyptiens ordinaires sont descendus dans la rue pour prendre en main leur destin. L'Égypte a été frappée par un véritable tsunami politique. Aussi, pour certains observateurs, les événements extraordinaires survenus sur la place Tahrir se comparent aisément avec ceux de la place Tiananmen en 1989, ceux de la chute du mur de Berlin en 1989, ou encore ceux entourant l'effondrement en 1991 de l'Union soviétique.

Ces dernières semaines, l'administration Obama s'est attirée les foudres de certains experts en politique étrangère pour ses tergiversations et ses présumés messages contradictoires concernant la crise égyptienne. Obama fut aussi critiqué par les libéraux pour sa lenteur à embrasser le mouvement des réformes démocratiques. Finalement, il souleva l'ire des conservateurs, tel Newt Ginrich, pour avoir largué un vieil allié et ouvert ainsi potentiellement la porte du pouvoir égyptien aux Frères musulmans.

Pour ma part, je considère que les critiques envers Obama sont non fondées et que ce dernier a géré admirablement la crise égyptienne. Nous n'avons qu'à regarder les précédents historiques et à comparer la réaction d'Obama avec celles de certains de ses prédécesseurs qui ont été aux prises avec des crises similaires.

Ronald Reagan a pris trois années avant de larguer le président Marcos en 1986 et de positionner les États-Unis derrière le mouvement démocratique philippin. De même, cela a pris 18 mois à Bill Clinton pour donner son appui au mouvement démocratique indonésien contre la dictature de Suharto. En comparaison, Obama se démarque par une rapidité de décision. Si Obama avait été aussi hésitant qu'il lui est reproché, il aurait parié sur la stabilité du régime égyptien.

Après tout, les États-Unis ont développé avec l'Égypte un partenariat vieux de 35 ans qui en fait sa principale alliée au Moyen-Orient, en dehors d'Israël. Si les États-Unis fournissent 1,3 milliard $ d'aide militaire par année à l'Égypte, en contrepartie, cette dernière fournit une importante assistance logistique et représente une source de renseignement indispensable pour les États-Unis. Dans la gestion du dossier égyptien, l'administration Obama marchait donc sur des oeufs.

Face à la crise égyptienne, Obama était confronté à un dilemme cornélien: comment ne pas sacrifier un équilibre fragile établi de longue date au Moyen-Orient, tout en supportant le vent de réformes qui soufflait sur l'Égypte; comment concilier la promotion de la démocratie avec le soutien traditionnel des États-Unis à l'Égypte; comment équilibrer les idéaux démocratiques américains avec les intérêts stratégiques des États-Unis dans la région. Décidément, la crise égyptienne représente jusqu'à maintenant l'un des problèmes les plus complexes auxquels Obama a eu à faire face.

La crise égyptienne soulève une question théorique que les spécialistes ont depuis longtemps débattue: une Égypte démocratique adopterait-elle le modèle européen ou celui de l'islam radical? En d'autres mots, l'administration Obama fut directement confrontée à partir du 25 janvier à l'épineuse question de savoir si la démocratie pouvait fonctionner dans le monde arabe, surtout dans son épicentre égyptien, centre de la renaissance arabe. Pour les Arabes, tout était de savoir si le discours du Caire d'Obama en juin 2009, sur la possibilité d'instaurer la démocratie au Moyen-Orient, était ou non un discours creux.

Dans la perspective arabe, un fossé grandissant se creusait entre les idéaux démocratiques auxquels Obama déclarait souscrire et son comportement sur le terrain. Depuis deux ans, la crédibilité du président américain s'effritait rapidement. Si en juin 2009, seulement 15 % des Arabes affirmaient être découragés par la performance d'Obama, ils étaient 63 % à l'être en 2010 selon un sondage de la Brookings Institution. Au cours des trois dernières semaines, les Égyptiens dans la rue demandèrent simplement à Obama d'être conséquent avec lui-même.

Le président Obama naviguait pour le moins dans des eaux troubles. Après tout, l'Égypte est un joueur clé dans la région. L'administration Obama a su adopter un discours mesuré qui encourageait les réformes démocratiques tout en évitant de semer le chaos. Pour ce faire, l'administration Obama a tenu un discours pondéré bâti sur la nécessité de procéder à des réformes dans le cadre d'une transition ordonnée afin d'éviter le chaos et le vide politique. Par-dessus tout, il a appelé les deux parties à éviter la violence. Ce faisant, Obama a démontré qu'il était conséquent avec lui-même, qu'il était sérieux lorsqu'il parlait de réformes démocratiques et qu'il n'était pas simplement à la remorque des événements.

Entre-temps, Obama a su rallier derrière lui les élites politiques à Washington. Dans la mise en place d'une stratégie de sortie pour Moubarak et afin de ne pas laisser la porte ouverte aux extrémistes, Obama fit appel aux dirigeants du Congrès. Il reçut ainsi l'appui de sénateurs influents tels que John Kerry et John McCain. De plus, le sénat américain adoptait le 10 février une résolution unanime de soutien à la stratégie d'Obama en appelant Moubarak à procéder immédiatement à un transfert ordonné et pacifique du pouvoir à un gouvernement provisoire, en coordination avec l'opposition.

Contrairement à certains de ses prédécesseurs, Obama a su rapidement se positionner du bon côté de l'histoire. Dans une situation extrêmement fluide où le déroulement des événements est incertain, Obama était conscient que plusieurs éléments échappaient au contrôle des États-Unis et que ces derniers ne disposaient que d'un nombre limité d'options. En dépit de cela, tel un funambule, Obama s'est prêté à un exercice de haute voltige et a passé le test avec brio. Toutefois, la vraie difficulté viendra dans les prochains mois alors que l'administration américaine devra s'assurer que l'Égypte ne suive pas le chemin pris par l'Iran en 1979 et qu'un État de droit et démocratique soit mis en place.



Dernière modification: 2013-03-21 14:27:06

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Harris se démarque lors du premier débat à l'investiture démocrate
>septembre 2019


L'extrême gauche aux États-Unis à l'ère Trump? Plutôt marginale
>avril 2019


Les élections de mi-mandat, ou la ruée vers l'or au pays des droits et libertés
>mars 2019


Joe Biden comme antidote au syndrome McGovern
>mars 2019


Présidentielle américaine de 2020 : une nouvelle stratégie démocrate, la clé face à Trump ?
>mars 2019


La Californie brûle à petit feu, ou plutôt à grands feux!
>février 2019


Qui a tué le Weekly Standard?
>février 2019


Le président Trump frappe encore sur Twitter
>février 2019


La persistance du racisme aux États-Unis
>février 2019


For the land of the free...mais l'est-ce vraiment?
>février 2019


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019